Monde

Désarmemement nucléaire, le succès d'Obama

Daniel Vernet, mis à jour le 13.04.2010 à 2 h 30

Il reste beaucoup à faire, mais le président américain parvient à infléchir la politique de défense des Etats-Unis.

En moins de huit jours, Barack Obama a marqué trois points vers la réalisation de son objectif: diminuer l'importance des armes nucléaires dans les relations internationales. Le 8 avril, il a signé à Prague avec son collègue russe Dmitri Medvedev le nouveau traité Start sur la limitation des armes stratégiques. C'est le premier succès diplomatique de sa présidence. Le même jour, à Washington, la Nuclear Posture Review (nouvelle doctrine nucléaire américaine) était rendue publique. Et le président chinois Hu Jinbao annonçait qu'il participerait avec plus d'une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement au sommet sur la sécurité nucléaire que Barack Obama organise pour la première fois dans la capitale des Etats-Unis.

Prolifération nucléaire et terrorisme

Ces trois événements devraient marquer un nouveau départ pour la diplomatie américaine qui, depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président, avait été marquée par quelques grands discours mais peu de réalisations. Le traité Start devrait être le prélude à la relance (reset) des relations Moscou-Washington; le sommet nucléaire permet d'embarquer la Chine dans une initiative américaine; et si tout va bien, la communauté internationale pourrait se mettre d'accord pour exercer de nouvelles pressions sur l'Iran pour que ce pays renonce à l'aspect militaire de son programme nucléaire. Car l'idée sous-jacente à toute cette activité est qu'un des dangers principaux qui menacent la paix n'est plus la rivalité entre les puissances mais la prolifération nucléaire dans les Etats voyous et ses ramifications possibles avec le terrorisme international. Les premiers pas vers un désarmement nucléaire, pour ne pas parler de la vision à long terme d'un monde dénucléarisé, telle que l'a présentée Barack Obama l'année dernière à Prague, sont supposés donner le bon exemple aux pays tentés par la prolifération. La conférence de révision du Traité de non prolifération (TNP) qui aura lieu au mois de mai sera l'occasion d'insister sur les trois «piliers» de ce texte, c'est-à-dire la réduction des armements pour les puissances nucléaires, le droit à l'utilisation du nucléaire civil et la non-prolifération des armes nucléaires. Les Etats-Unis seront en mesure de souligner qu'ils attachent une égale importance à ces trois dimensions. En effet, le traité Start est censé limiter les arsenaux des deux grandes puissances nucléaires; la nouvelle posture nucléaire des Etats-Unis limite les conditions d'utilisation de l'arme nucléaire, et si de nouvelles sanctions doivent être appliquées contre l'Iran, c'est parce que ce pays refuse à la fois d'accepter les offres de coopération internationale dans le nucléaire civil et de renoncer à son programme militaire.

Un manque d'ambition?

A y regarder de plus près, les choses ne sont toutefois pas aussi claires. Les experts notent que loin d'inaugurer une nouvelle ère, le traité Start reproduit le modèle des accords de la guerre froide. Ce n'est pas un traité de «désarmement», tout au plus un texte sur la «réduction», voire sur la simple «maîtrise», des armements. Les plafonds qu'ils prévoient ne sont pas aussi ambitieux que les chiffres bruts le laisseraient penser, par rapport aux accords précédents. Enfin, il n'est pas du tout sûr que la ratification par le Congrès soit une simple formalité.

Quant à la Nuclear Posture Review, elle ne va pas aussi loin que l'auraient souhaité les partisans du désarmement qui ont soutenu Barack Obama. Si elle met fin à certaines ambigüités contenues dans la «doctrine Bush» de 2002 –ambigüités qui sont traditionnellement une des composantes de la dissuasion nucléaire–, elle déclare que  le «rôle fondamental» des armes nucléaires est de dissuader le nucléaire, et non pas leur «seul rôle», comme le demandaient les plus militants. Les Etats-Unis s'engagent d'autre part à ne pas développer d'armes nucléaires «nouvelles», sans préciser le sens de ce terme, et à ne pas employer l'arme nucléaire contre des Etat non nucléaires, à l'exception des Etats qui ne sont pas partie au TNP (Corée du Nord, par exemple) ou qui violeraient les engagements pris dans la cadre du TNP (Iran).

La Nuclear Posture Review est un compromis entre les partisans du désarmement nucléaire et les traditionnalistes. Elle ne prête pas le flanc à la critique de la droite prompte à dénoncer la politique d'apaisement de Barack Obama, tout en donnant le signal d'une nouvelle approche. Ainsi que le note dans le New York Times un politologue proche des républicains, il s'agit, comme toujours, d'une «doctrine déclaratoire», c'est-à-dire l'expression de ce que les Etats-Unis sont disposés à rendre public et à l'avance sur les conditions dans lesquelles ils utiliseront l'arme nucléaire. Ce que déciderait le président américain dans des «circonstances extrêmes» où les «intérêts vitaux» des Etats-Unis (ou de leurs alliés) seraient menacés, est une autre histoire.

L'inflexion de la politique de défense américaine n'est donc pas décisive, mais elle est importante puisqu'elle place Barack Obama dans une situation favorable pour réaliser une des ambitions de sa présidence.

Daniel Vernet

À LIRE ÉGALEMENT SUR LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE: La nouvelle doctrine nucléaire d'Obama; Le désarmement nucléaire entre Moscou et Washington est inutile; Avec les défenses anti-missiles, fini la dissuasion; Quand Obama s'attaquait au Pentagone

Photo: Le 12 avril 2010 à Washington. REUTERS/Jim Young

Daniel Vernet
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