Société

Comment racontera-t-on l'histoire de 2020?

Temps de lecture : 2 min

Il n'y a pas que la pandémie mondiale et le confinement à raconter.

Et bonne année! | Markus Winkler via Unsplash 
Et bonne année! | Markus Winkler via Unsplash 

Si jamais un·e historien·ne lit ces quelques lignes dans le futur, sachez que peu, si ce n’est aucun d’entre nous, n’avions vu venir l’année 2020. Sauf peut-être quelques épidémiologistes qui avaient noté dès le 31 décembre 2019 que les autorités chinoises à Wuhan rapportaient les premiers cas d’une maladie inconnue. À l’heure de la rédaction de cet article, 1.527.740 personnes sont décédées du Covid-19 et 66 millions de personnes ont été diagnostiquées positives dans le monde.

Suzannah Lipscomb, professeure d’histoire à l’université de Roehampton revient sur cette année particulière pour le magazine History Today. Elle la résume notamment comme celle de la perte d’être chers, celle d'un confinement partagé par le monde, de l’accroissement des inégalités, de l’augmentation de la violence domestique, de la pauvreté, du chômage avec une question: qu’en retiendront les historien·nes de demain?

Cette année est aussi celle de Black Lives Matter rappelle l’historienne –ou du moins d’un regain du mouvement et d'un supplément d’attention suite au décès de George Floyd, tué sous les coups de policiers américains à Minneapolis. Pourtant, alors même que certaines manifestations ont donné l’occasion aux militant·es de remettre en question la présence de symboles de l’époque coloniale, plusieurs gouvernements, en France comme en Angleterre, affirment leur opposition au déboulonnement des statues.

Suzannah Lipscomb soupçonne que les futur·es historien·es risquent de regarder cette année avec attention pour le Covid mais également pour une autre forme de contamination: celle d’une «pandémie autocratique» -terme de l’économiste Amartya Sen.

Bien qu'une pandémie de telle ampleur justifie une intervention accrue de l’État, certains pays en ont profité pour accentuer une dérive autoritaire, explique l'historienne. En Pologne, le président Andrzej Duda, opposé à la liberté de la presse, au droit des personnes LGBT a été réélu. Au Venezuela, le gouvernement Maduro est accusé d'organiser des «disparitions forcées». En Inde, le système de santé est mis à mal par la pandémie et le gouvernement pratique des détentions préventives des opposant·es ainsi qu’une restriction des droits des Musulman·es. Les Nigérian·nes, elles et eux, protestent contre la violence policière. De nombreuses ONG alertent sur l’internement des Ouïghours en Chine.

Certains présidents se rendent indétrônables. En Côte D’Ivoire, Alassane Outtara a annoncé qu’il resterait pour un troisième mandat. La population russe a accepté que Poutine puisse rester au pouvoir jusqu’en 2036. En Biélorussie, une partie de la population manifeste contre le maintien au pouvoir d’Alexandre Lukashenko, en place depuis 1994.

«Peut-être que les futur·es historien·nes pointeront du doigt l’augmentation du travail des enfants en 2020», continue l'historienne. 1.56 millions d’enfants sont exploités dans les productions de cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire. En République démocratique du Congo, des milliers d’enfants sont utilisés dans les mines de cobalt pour forer le lithium nécessaire aux batteries de nos smartphones.

Ou peut-être que les futur·es historien·nes retiendront la fissure d’une partie de la glace arctique canadienne causée par une vague de chaleur en Sibérie que les scientifiques ne prévoyaient pas avant 2100.

Suzannah Lipscomb estime en tout cas que le Brexit pourrait être quasiment absent des livres d'histoires, devenant anecdotique face au reste de l'actualité.

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