Société

Mon père était le sosie de Giscard

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] La ressemblance était tellement frappante qu'on peut supposer que, derrière les apparences aristocratiques, VGE était un juif comme vous et moi.

Le monde doit savoir. | Ninian Reid via Flickr
Le monde doit savoir. | Ninian Reid via Flickr

Mon père ressemblait tellement à Giscard que, par exemple, quand nous partions en week-end, il arrivait souvent qu'on nous klaxonna sur l'autoroute. Ou alors de la banquette arrière, on nous désignait du doigt pendant que le conducteur, alerté par les cris des passagers, jetait des petits coups d'œil de travers afin d'en avoir le cœur net.

C'était que mon père était le portrait craché de Giscard. Même hauteur de taille, même front dégarni, la même aristocratie du visage qui lui conférait une sorte d'élégance naturelle, la même expression de la bouche où constamment perçait un sourire en demi-coin, le même nez allongé, une similarité tellement manifeste que mon père aurait pu le remplacer à n'importe quel dîner officiel sans que personne ne remarque rien.

Ce qui ne pouvait pas manquer d'étonner. Parce qu'enfin, que pouvait-il bien avoir de commun entre mon père, né à Anvers d'un père russe de confession juive et d'une mère juive allemande, et ce noble de Valéry dont la généalogie se perdait dans les dédales de l'histoire de France? Mon arrière-grand-père devait être chiffonnier, rabbin ou tailleur tandis que chez les Giscard, on enquillait les postes de ministre, de juriste ou d'historien.

La seule explication que j'ai pu trouver à cette ressemblance des plus troublantes est que Valéry Giscard d'Estaing aura toute sa vie menti aux Français. Nullement d'ascendance aristocratique, il était le digne fils d'une boutiquière et d'un boucher casher, Schlomo Desteinovisch que ce dernier, originaire d'Odessa, raccourcit en Destein quand il émigra à Paris au début du siècle dernier.

Oui, et je mesure le poids de scandale d'une pareille révélation, son degré d'infamie, mais selon toute vraisemblance, l'homme qui présida à la destinée de la France entre 1974 et 1981, était un juif comme vous et moi. Un juif peut-être honteux mais un juif tout de même.

Un juif tellement assuré que si jamais il gardait le nom hérité de son père, ses chances de marquer l'histoire de France seraient réduites à néant, si bien qu'il décida d'en changer en chargeant lourdement la barque. Afin de brouiller les pistes, non seulement il fit évoluer son nom de Destein en d'Estaing mais pour être bien certain que jamais on ne retrouvât trace de ses origines sémites, il lui joignit un deuxième nom qui respirait bon les bocages picards et les plages normandes –ainsi naquit Giscard. Après quoi, il lui suffira de choisir un prénom extravagamment français pour que jamais personne n'imaginât que derrière ce nom à rallonge se dissimulait un infâme représentant de la race hébraïque dont l'ascendance remontait jusqu'à Moïse, voire même avant.

Un coup de maître. En l'espace d'une nuit, Vania Destein devint Valéry Giscard d'Estaing. Toutefois, l'inquiétude demeurait vivace chez le nouveau converti. Et si jamais son physique le trahissait et révélait l'étendue de sa supercherie? Ce front qu'il portait avec l'arrogance propre à son peuple ne pouvait-il pas à tout moment révéler à un regard averti ses origines nécessairement ashkénazes? Quelle humiliation, cela serait.

Destein désormais d'Estaing eut alors cette idée géniale: parler avec une telle obséquiosité que d'emblée elle lui conférerait une certification d'origine contrôlée, la certitude que la personne qui s'exprimât de la sorte ne pouvait appartenir qu'à une lignée dont les racines épousaient le destin même de l'histoire de France. Giscard cessa de parler et se mit à chuinter. La boucle était bouclée. Jamais personne ne découvrirait la vérité.

C'était sans compter mon père dont on peut supposer, à constater leur frappante ressemblance, qu'ils étaient au moins cousins germains. VGE et Stabilovitsch, même combat. Quand la nouvelle parvint aux oreilles de Valéry, ce fut la panique totale. Il pensa au meurtre, au suicide, à l'exil en Israël. Il fallut toute la force de conviction d'Anémone pour le dissuader de s'embarquer pour le premier navire en direction d'Haïfa. Après tout, ce Stabilovitsch n'était pour ainsi dire personne, un juif déplumé dont la vie consistait à jouer aux échecs et à se plaindre de perpétuels maux de tête. Il ne viendrait à l'idée de personne de lier le destin de cet arriviste avec celui d'un homme destiné aux plus hautes fonctions du pays.

L'affaire en resta là.

Jusqu'au jour où parut dans Slate, le papier de son rejeton, qui le premier révéla à des Français incrédules l'insoutenable vérité…

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