Société

Après un attentat, la sobriété médiatique peut nous faire gagner la bataille de la communication

Temps de lecture : 2 min

[TRIBUNE] Face au terrorisme, il est nécessaire d'établir un livre blanc des «bonnes pratiques» à adopter dans la sphère médiatique.

Après un attentat, la parole des médias doit rassembler le peuple dans sa diversité. | Loïc Venance / AFP
Après un attentat, la parole des médias doit rassembler le peuple dans sa diversité. | Loïc Venance / AFP

Prendre une certaine hauteur de vue sur les attentats devient une nécessité impérieuse, notamment au sein des médias de masse… Aujourd'hui, nous sommes quelquefois frappés par un spectacle médiatique déshonorant quand surgit la violence froide du terrorisme. Les spasmes de confrontations du «tous contre tous» exprimés sur les écrans et dans la presse écrite nécessitent d'être mieux régulés dans les heures critiques suivant l'attentat.

Dans ce contexte, le monde universitaire doit mieux se saisir de la problématique en partenariat avec les acteurs médiatiques et politiques. Nous devons collectivement répondre à la situation d'attaques de nos valeurs par la sobriété lucide et non l'excitation contradictoire.

À ce titre, un livre blanc de «bonnes pratiques» à adopter dans la sphère médiatique dans ces moments sensibles serait d'une grande utilité afin de penser la communication sensible au-devant du péril barbare. Une parole qui ne doit pas diviser inutilement, mais rassembler le peuple dans sa diversité.

Dépassons les mots et simples épiphénomènes pour travailler ensemble sur du global en réfléchissant à l'ordre du discours à façonner.

Convaincu que la dignité républicaine entourant les cérémonies d'hommage à nos morts ne doit pas s'annuler dans l'espace médiatique par des propos de bas étages: «Guantanamo à la Française» (Ciotti), «islamo-gauchisme» faisant «des ravages à l'université» (Blanquer), «problème avec la communauté tchétchène en France» (Mélenchon), rumeur d'une menace de sanction de l'Éducation nationale contre Samuel Paty avec sa triste mort (montée en épingle par l'extrême droite), etc.

Alors que la construction de nos chaînes d'information en continu implique une accumulation de commentaires, narrations ou propos controversés parfois du même genre par une flopée de chroniqueurs ou «intellectuels médiatiques».

«Le terrorisme, c'est de la violence et de la communication», nous rappelle intelligemment Alain Bauer dans une récente interview. Si nous sommes en guerre contre le terrorisme, il serait utile de penser les moyens informationnels de réagir à ces attaques. Dépassons les mots et simples épiphénomènes pour travailler ensemble sur du global en réfléchissant à l'ordre du discours à façonner.

Il ne s'agit pas de manquer à réagir sur les plateaux TV ou dans les colonnes de la presse écrite avec intensité devant le fléau ou de légiférer sur la liberté d'expression, mais de garder en tête un juste équilibre grâce à des engagements normatifs durant les heures marquant «l'après attentat».

Cette «sobriété médiatique» permettra dans le temps long de progressivement diminuer les malsaines excitations médiatiques.

Les défis sociétaux du XXIe siècle, comme le terrorisme, nous questionnent en profondeur, il apparaît donc crucial de donner plus de place à l'expertise des chercheurs. La «persistance du déni» de la sphère politique est réelle concernant les possibilités de repenser l'action collective en dehors d'un cadre seulement technocratique.

Nous avons la conviction que la patrie des Lumières doit retrouver confiance en l'humanisme de ses universités et son potentiel de travail pour adapter au mieux la menace terroriste à notre société de l'information.

De nombreux autres pays, comme l'Espagne sous l'époque du terrorisme de l'ETA, avaient mené de différentes manières cet effort de réflexion. À titre d'exemple, le journaliste José Antonio Zarzalejos dans la série documentaire The Challenge: ETA nous rappelle que: «Un des plus grands débats dans la société espagnole fut: comment devons-nous traiter du point de vue médiatique les attentats terroristes? Devions-nous montrer des photos du terrorisme dans toute sa brutalité? Cela sociabilisait et propageait plus la terreur? Est-ce que cela servait à la cause du rejet du terrorisme ou ça créait plus de peur? Selon moi ça dépend de la phase historique dans laquelle on se trouve.»

Ainsi, nous exprimons avec force cet appel à produire nationalement un livre blanc sur les «bonnes pratiques» médiatiques dans la lutte contre le terrorisme via une commission d'experts universitaires pilotant ce projet et divers parties prenantes médiatiques et politiques. Un document essentiel pouvant servir de fondements à un engagement déclaratif des principaux médias de masse. Cette «sobriété médiatique» permettra dans le temps long de progressivement diminuer les malsaines excitations médiatiques.

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