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Faut-il vraiment que Tiger Woods se calme?

Michael Agger, mis à jour le 13.04.2010 à 2 h 32

Son expressivité a apporté un peu de fraîcheur à un sport qui en avait bien besoin.

Avant d'entamer la troisième et dernière journée de compétition, Tiger Woods est toujours dans le coup pour la victoire finale à la troisième place, à quatre coups du leader.

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Lors de la conférence de presse de Tiger Woods aux Masters d'Augusta, lundi 5 avril, un journaliste a demandé au golfeur s'il allait «être plus respectueux du jeu». Tiger a répondu:

Je vais effectivement tenter de me calmer et je ne vais évidemment plus être aussi excité quand je joue. Mais là aussi... je ne vais pas non plus être aussi exubérant qu'avant... l'un ne va pas sans l'autre. J'ai donc fait un choix conscient de tempérer mes impulsions négatives. Et par conséquent, je suis certain que mes impulsions positives en pâtiront aussi.

En d'autres termes, plus de poing serré. Ni de tope là avec son caddy. Plus de casquette jetée par terre, plus de grognements ni de corps penché en arrière tout en exécutant de double poing serré. Plus de petits pas qui se la pètent près du trou quand il sait que sa balle va y rentrer. Et aussi, sans doute, plus de club jeté dans les buissons ou dans la foule. Plus de blasphèmes après un mauvais coup.

Visiblement dans le secret, Nike a sorti hier une nouvelle pub avec Tiger:

 

C'est une sombre histoire, tournée en noir et blanc. Tiger nous regarde, le visage fermé pendant que les flashs d'un appareil photo lui illuminent le visage. La voix de son père décédé lui demande: «As-tu retenu quelque-chose?» Le spot en rappelle un autre de Nike mettant en scène Earl Woods, «Jamais», dans lequel Woods père explique comment il a formé Tiger à ignorer la distraction et à se discipliner mentalement. Le nouveau spot «Earl et Tiger» recadre brillamment le scandale Tiger. Notre héros est déchu, mais a retrouvé ses racines. Il est ce prodige brisé, mais toujours loyal, prêt à battre tous les records du golf. Son prochain défi : se conquérir lui-même.

C'est une campagne maline de la part de Nike, mais pourquoi y croire? Si Tiger met le putt gagnant au 18ème trou va-t-il vraiment s'arrêter et rester silencieux, depuis que la pudeur est son ultime récompense? Et s'il le fait, voudrons-nous le regarder?

Tiger a apporté de l'expressivité dans un jeu collé-monté. Pour comprendre la façon dont il a changé les choses, regardez simplement la réaction de Tom Watson à son chip gagnant du 17ème trou lors de l'U.S Open de 1982 (cosidéré comme le coup le plus fin de l'histoire du golf par ESPN). Watson fait un petit jogging élégant, qui ressemble plus à un signe de soulagement que d'enthousiasme. Traditionnellement, les golfeurs ont la gagne circonspecte. Ils tirent leurs casquettes, font un signe poli à la galerie, ou soulèvent leurs fers dans un court moment de triomphe. Après tout, ce que le jeu donne, le jeu reprend. Mieux vaut ne pas provoquer les dieux. Les poings de Tiger attisant la foule et ses claquements de mains victorieux voulaient dire autre chose: qu'il avait battu le golf.

En fonction de ce que nous avons, pour l'instant, à Augusta, Tiger est devenu plus humble et plus accessible. Il a salué ses fans durant l'entraînement. Auparavant, il ne faisait même pas attention au public et jouait pour les caméras de télévision. Tout green était pour lui un podium, et il était bien plus flamboyant que les robots professionnels qui l'ont suivi (à quelques exceptions près bien sûr, Phil Mickelson, John Daly, et d'autres). La PGA voudrait plus de fortes personnalités. La récente chronique de Jonathan Mahler en première page du New York Times Magazine, La bulle Tiger, rapportait un commentaire glacial du golfeur Harrison Frazar, membre du PGA Tour: «Les gens de la télé viennent nous voir de temps en temps pour nous dire ce dont nous avons besoin. Nous avons besoin de plus d'émotion. Nous avons besoin de la gestuelle de ce type, de ses poings en l'air, de ses cabrioles quand il réussit un putt».

Certes, Harrison Frazar et ses collègues n'ont pas été entraînés pour sauter en l'air. L'opulent tour de golf que Tiger a aidé à construire récompense la cohérence. Le type qui peut abattre des coups gagnants, semaine après semaine, est celui qui peut en vivre. Ils ont un lien raffiné avec le jeu. Ils ne vont pas commencer à sauter partout comme un vulgaire receveur de base-ball parce que leur putt arrive dans le  trou. Ils ont vu trop de balles en ressortir. Tiger, parmi les nombreux dons qui le font planer au-dessus de ses pairs, a cette capacité à s'enflammer après un coup remarquable, puis de reprendre son souffle pour faire ensuite calmement rouler sa balle au beau milieu du fairway.

Il a aussi, comme il a confessé lundi, une tendance aux jurons obscènes quand il manque un coup. Tiger ressent le besoin d'arrêter les insultes pour nous montrer comme il a changé, qu'il ne se mesure pas au golf et qu'il n'est plus cet expert en fille à marins. Mais Tiger ne devrait peut-être pas  tant chercher à se dominer. Un vernis de bonnes manières s'étale sur le golf, nulle part ailleurs autant qu'aux Masters. Mais le jeu que forgeait Tiger n'était pas le même que jouait Ben Hogan. Avec tout cet argent à la clé, le golf a attiré des athlètes plus forts, plus énergiques et plus intelligents, dans un ensemble global de talents. Ils sont en compétition l'un avec l'autre pour les avantages fractionnés de chaque tir. Certains sont de gentils garçons. Et d'autres sont d'avides têtes de nœud. Pourquoi vouloir prétendre qu'ils seraient tous le parfait cavalier d'un rallye du samedi soir?

Nous avons les conséquences de l'obligation de garder une façade de gendre idéal pour Tiger, le roi de la concentration. Maintenant, nous le voyons tenter de remonter ses pantalons à pinces. Les Masters aident Tiger à regagner de la respectabilité, un gentil sourire ou un amical geste de la main, de temps en temps. Mais le golf aurait bien besoin de se pervertir un peu, de s'encanailler, voire de s'inspirer des catcheurs professionnels. Tiger ne se contentait pas de jubiler et de jurer. Il montrait le golf comme un jeu difficile, cruel, où l'intimidation à son mot à dire, et où les neufs derniers trous du dimanche après-midi ressemblent plus à Mad Max qu'à une jolie petite promenade sous les azalées en fleur.

Ceux qui se languissent de l'ancien Tiger et de ses jurons n'auront peut-être pas à attendre trop longtemps. Après un mauvais drive sur le 11ème trou, lors du premier tour jeudi 8 avril, il a jeté nerveusement son club à ses pieds et a grommelé dans sa barbe. D'ici dimanche, ce même club aura peut-être arraché les azalées.

Michael Agger

Traduit par Peggy Sastre

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Photo: Tiger Woods au tournoi de Warwick Hills en 2009, REUTERS/Rebecca Cook

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