Monde / Culture

À Jérusalem, un ancien ministre d'extrême droite proposé à la direction du mémorial de la Shoah

Temps de lecture : 2 min

La nomination d'Effie Eitam à la tête du Yad Vashem a suscité la colère des historiens et des rescapés de la Shoah.

Des Juifs ultra-orthodoxes regardent les centaines de portraits de Juifs tués pendant la Shoah exposés dans le Hall des Noms de Yad Vashem, à Jérusalem, le 1er novembre 2005. | Menahem Kahana / AFP
Des Juifs ultra-orthodoxes regardent les centaines de portraits de Juifs tués pendant la Shoah exposés dans le Hall des Noms de Yad Vashem, à Jérusalem, le 1er novembre 2005. | Menahem Kahana / AFP

Depuis vingt-sept ans, Yad Vashem était dirigé par Avner Shalev, figure respectée et apolitique, qui avait fait du mémorial de la Shoah de Jérusalem un lieu central de la mémoire juive, et un centre de recherche et de documentation de premier plan. Désormais âgé de 81 ans, Shalev a annoncé récemment qu'il se retirerait de la direction du centre, laissant ouverte sa succession.

C'est ainsi que Ze'ev Elkin, le ministre israélien de l'Enseignement supérieur, a décidé, avec le soutien du Premier ministre Benyamin Netanyahou, de nommer comme nouveau directeur un politicien d'extrême droite: Effie Eitam. Naturellement, l'annonce a provoqué un tollé.

Colon israélien, général de brigade à la retraite et ancien ministre, Effie Eitam s'est illustré au cours des dernières années par ses déclarations belliqueuses, notamment à l'égard des Palestinien·nes, militant pour leur expulsion massive de la Cisjordanie occupée, et souhaitant interdire aux Arabes israélien·nes de participer à la politique de l'État, les qualifiant de cancer pour Israël.

Une tragédie pour Yad Vashem

«C'est plus qu'une erreur colossale –c'est une tragédie», a commenté Deborah E. Lipstadt, professeure de l'histoire juive moderne à l'université Emory d'Atlanta, autrice de plusieurs ouvrages de référence sur l'Holocauste.

Parmi la communauté universitaire, cette nomination a fait l'effet d'une déflagration, dont on prévoit déjà les «conséquences dévastatrices». C'est notamment le cas d'Israël Bartal, lui aussi professeur d'histoire juive à l'université hébraïque de Jérusalem et collaborateur de longue date de Yad Vashem, qui a annoncé qu'il mettrait fin à tout contact avec l'institut de recherches du mémorial: «Un institut dirigé par une personne ayant des opinions aussi extrêmes et des valeurs humaines aussi controversées ne sera jamais pris au sérieux au sein de la communauté universitaire mondiale», a-t-il tranché.

En dépit des vives protestations formulées de concert par des survivant·es de la Shoah, diverses organisations juives, des expert·es des études sur la Shoah et des personnalités issues du monde de la culture ayant signé une pétition contre la nomination d'Effie Eitam, un comité gouvernemental a approuvé cette dernière. Il ne lui reste plus désormais qu'à être validée par un vote du cabinet.

Jeux de pouvoir

Si la candidature d'Eitam est soutenue par le Likoud, le parti conservateur du Premier ministre Netanyahu, elle pourrait cependant être bloquée par Benny Gantz, qui dirige l'alliance Bleu et blanc, et pourrait refuser la majorité lors du vote du cabinet.

«On ne se sert pas de la Shoah pour faire de la politique, et c'est se servir de la Shoah pour faire de la politique», dénonce Deborah E. Lipstadt, qui considère que le gouvernement cherche à instrumentaliser Yad Vashem, alors même que l'antisémitisme et les discours négationnistes, notamment portés par l'extrême droite, prospèrent à travers le monde.

En 2018, Yad Vashem avait vivement critiqué le gouvernement israélien pour ses compromissions avec la Pologne, qui cherchait alors à faire passer une loi sur la mémoire de l'Holocauste, visant à criminaliser «l'attribution à la nation ou à l'État polonais, en dépit des faits, de crimes contre l'humanité». La nomination d'Eitam est vue comme une façon de rapprocher les deux institutions, tout en donnant au Yad Vashem une coloration sioniste.

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