Égalités / Société

Comme les femmes, les filles aussi peuvent être victimes de violences conjugales

Temps de lecture : 4 min

Des sales cons, on peut en rencontrer toute notre vie, même au début.

Les filles, jamais elles ne se disent que ce sont des violences conjugales. D'abord, conjugal, c'est quand on est marié, non? | Joshua Rawson-Harris via Unsplash
Les filles, jamais elles ne se disent que ce sont des violences conjugales. D'abord, conjugal, c'est quand on est marié, non? | Joshua Rawson-Harris via Unsplash

Pour une fois, je n'écrirai pas les «femmes» mais les «filles». Les filles, ces êtres flous à elles-mêmes, les filles qui se jugent plus adultes qu'elles ne sont et plus immatures aussi, sans doute parce qu'elles sont un mélange des deux. Les filles nous entendent-elles quand nous parlons des femmes?

Si je prends ma propre expérience, non. Elles nous entendent parler entre femmes de nos problèmes de femmes mais elles pensent qu'être une fille, c'est radicalement différent. Qu'elles sont radicalement différentes. Et qu'elles échapperont. Aux discriminations. Aux agressions. Aux viols. Aux coups.

Je viens de lire un récit remarquable, intitulé Il me tue cet amour. Marie Gervais, l'autrice, y raconte sa première histoire d'amour. Avec Thomas.

Une histoire passionnée parce que, l'amour à 17 ans, vous vous souvenez sur quel mode ça se vit. Une histoire fusionnelle. Avec ce Thomas donc, qui ressemble tellement à des mecs que j'ai connus. Qui ressemble au premier amour de ma meilleure amie en terminale. Un sale con, en fait. Avec des qualités, mais un sale con. Avec qui tu te retrouves embarquée dans une relation bizarre, dont tu n'oses pas trop parler. Ce récit m'a profondément troublée parce que je reconnaissais la fille, je reconnaissais le garçon, je reconnaissais l'histoire, mais elle ose y accoler l'étiquette de «violences conjugales». Parce que Thomas la cognait. Il la cognait, et ils se criaient dessus, et il lui criait dessus parce qu'il l'aimait tellement et qu'il la détestait de le pousser tellement à bout qu'il en vienne à faire ça.


Les violences conjugales, pour les filles, c'est un sujet de femmes. Les violences conjugales, ça concerne les plus vieilles. Les mamans. Celles qui restent avec ce type sans qu'on comprenne pourquoi. Mais les filles, jamais elles ne se disent que ce sont des violences conjugales. D'abord, conjugal, c'est quand on est marié, non? Rien à voir avec elles, donc. Et puis, elles se disent que ce sont des disputes parce qu'on s'aime tellement fort qu'on se fait du mal, qu'on a l'impression qu'on va exploser. Et ça, les filles, elles pensent que ça n'a rien à voir. Que personne ne peut comprendre qu'elles, elles vivent une histoire d'amour extraordinaire.

Accepter nos étiquettes

Pour les filles, aussi, ce n'est jamais un viol. Les filles, elles pensent que ce sont elles qui ne sont pas normales de ne pas éprouver du plaisir comme dans les films, elles pensent qu'elles devraient avoir envie tout le temps. Alors, pour masquer ce qu'elles pensent être un handicap, elles se forcent. Ça lui fait plaisir. Et puis, elles ont vraiment envie d'avoir envie même si en vrai, elles ont mal. Comment parler aux filles? Comment leur faire accepter nos étiquettes?

Elles font peur, nos étiquettes, mais elles sont puissantes parce qu'elles vont avec des outils pour comprendre et s'en sortir. Mais les filles, souvent, elles n'ont pas envie de s'en sortir parce qu'elles vivent une histoire d'amour de fou.

Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, avait senti depuis un moment qu'il manquait un moyen de s'adresser aux filles. Elle a poussé pour la création d'une structure d'accueil qui leur soit spécifiquement dédiée. Co-financée par la ville de Paris, de Bagnolet, Est-ensemble, le fond social européen, elle a ouvert il y a quelques mois à Bagnolet, au 79 bis avenue Gallieni.

Gérée par l'association Fit une femme un toit, elle s'adresse aux filles de 15 à 25 ans de Paris et alentours. Ça fait beaucoup de monde. Sa responsable, Amandine Maraval, fait le constat que les filles se détournent des structures pour les femmes, et en même temps que les missions locales et autres structures qui s'adressent aux jeunes ne sont pas formées à ces questions de violence, elles priorisent même souvent l'insertion professionnelle des garçons.

Donc voilà, les filles ont un endroit où aller parler en Île-de-France. Elles y trouveront des éducs spé, des psys, une juriste, une conseillère conjugale et familiale. Il manque encore un·e médecin. Elles pourront y parler violences intrafamiliales, viols, mariages forcés, cyber-harcèlement etc.

Les contacts: Le LAO POW'HER pour des jeunes femmes (93 et 75) - Association le FIT: l'équipe reste à disposition par téléphone au 01.71.29.50.02 du lundi au vendredi de 10h à 18h et de 18h à 20h en cas d'urgence. L'éducatrice, l'animatrice, la conseillère conjugale et familiale et la psychologue assurent des entretiens individuels et ont mis en place des ateliers collectifs à distance: [email protected]

Plus généralement, pour toutes les victimes, en cas d'urgence immédiate, contacter le 17 ou envoyer un sms au 114 (à condition d'avoir enregistré le numéro dans vos contacts). Pour discuter et s'informer: le 3919. Et pour les enfants, le 119.
Pour signaler une violence par tchat: https://www.service-public.fr/cmi.

En tant que personne extérieure, vous vous demandez que faire? Je vous conseille la lecture de cet excellent guide qui aide à parler aux femmes victimes. On y répète une chose que Nous Toutes dit également dans ses formations: on ne trouve que ce qu'on cherche.

La première chose à faire, la plus évidente (mais pas la plus simple), c'est de poser la question. «Êtes-vous / es-tu victime de violences?». Pour les professionnel·les, le fait de mettre une affiche sur le sujet dans le bureau indique aux femmes qu'elles peuvent parler ici. (Que vous soyez DRH, gynéco, infirmière scolaire, conseillère d'orientation, psy, etc. Formez-vous pour accueillir cette parole.) Poser la question des violences de manière systématique, sans discrimination, auprès de toutes les femmes, aiderait à faire passer le taux de repérage des violences de 6% à 30%.

Et comme outil, il y a l'indispensable violentomètre qu'on devrait toutes et tous avoir en tête.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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