France

Un lifting à 80 millions d'euros pour le Majestic

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 11.04.2010 à 10 h 59

C'est le coût de l'extention du célèbre hôtel de Cannes.

Dans la guerre des palaces qui n'a cessé de sévir dans la ville chère à Jean Cocteau et à Jean Marais, où est né à la fin de la drôle de guerre le festival de cinéma, le Majestic vient de se placer en pole position. Inauguré en 1926, doté alors de 250 chambres et riche de 180 tonnes de marbre, le grand hôtel certifié ISO 9001, classé 5 étoiles en septembre 2009, s'est agrandi d'une seconde aile grâce au rachat du bâtiment limitrophe de la banque de France: «C'est plus qu'une extension, c'est le chaînon manquant» indique Emmanuel Caux, gentleman élégant, DG du cinq étoiles surplombant la grande bleue.

Désormais, le palace et sa façade à la blancheur pâtissière, aux frises et corniches, se trouvent situés sur un seul immeuble, renforçant ainsi la symétrie, l'harmonie, l'équilibre qu'il n'avait jamais connu alors. Il a fallu deux ans de travaux gigantesques, une centaine d'artisans et 80 millions d'euros pour mener à bien cet agrandissement spectaculaire sur 10.000 mètres carrés, accompagné de la rénovation de la partie ancienne du site, soit sept étages - tout cela dans le style Art déco des années 30. Un défi. Songez que dans le sous-sol, les démolisseurs sont tombés sur une rivière souterraine: des menaces d'inondation permanente.

Renaud d'Hauteserre, l'architecte choisi par le groupe Barrière, le dit bien: «Nous avons fait ressemblant, mais différent.» Il faut observer qu'à Cannes l'attraction de la Croisette s'exerce grâce à son patrimoine architectural, ses façades Belle Époque et Années Folles qui racontent si bien son histoire. «Il y a là une continuité, une mémoire qu'il a fallu respecter» ajoute d'Hauteserre qui habite Cannes. Cela dit, l'immense majorité des 44 nouvelles suites et des deux impressionnantes penthouse des 6ème et 7ème étages jouissent d'une terrasse sur la mer et de belles loggias. Ce n'est pas le cas de la première aile.

Le talentueux décorateur et architecte d'intérieur Pascal Desprez, le mari de Mireille Darc, ajoute: «Ce que nous avons fait, c'est une évolution en douceur qui ne sacrifie pas l'âme du palace. Il fallait apporter de la nouveauté sans dénaturer l'esprit des lieux.»

À contempler l'ensemble majestueux, à vivre dans le Majestic 2010, on réalise qu'il a pris un singulier coup de jeune. De la douceur, de la chaleur et des prestations nouvelles dans un SPA Sisley aux cinq cabines (450 mètres carrés), une vaste salle de fitness et une «douche expérience» qui renouvelle par le son et les lumières le moment des ablutions, tout comme les jeux de lumière nocturnes qui combinent 16 millions de couleurs différentes afin de varier l'éclairage, selon les époques de l'année et les événements: oui, on va de surprises en étonnements.

Le clou de cette reconfiguration des lieux reste l'appartement exceptionnel de 450 mètres carrés, la suite Majestic au 6ème étage (30.000 euros). Associée à la suite Christian Dior, un étage plus bas, elle se transforme en un duplex de 900 mètres carrés. Un record pour la Croisette. Du jamais vu.

À la terrasse privée, nichée au sommet de l'hôtel, s'ajoutent un solarium et une piscine de 11 mètres de long sur le toit: la vue panoramique plonge sur la mer, les îles de Lérins, et le soir sur l'Estérel rougeoyant. Cette suite somptueuse décorée de bois aux tons chauds et de larges baies vitrées est pimentée de fantaisies high-tech, home cinéma, salon de coiffure privé et un butler à vous. Dans l'univers des palaces contemporains, cet appartement royal, impérial comme on dirait au Ritz de Paris, n'a pas d'équivalent en France - côté prix non plus: 36.000 euros la nuit. Pour le Festival 2010, un seul client l'a loué pour toute la durée de la manifestation. Qui? Secret d'hôtelier.

Côté réceptions et pôle d'affaires, le Majestic new look peut accueillir jusqu'à 2.000 personnes, avec une extension vers la plage privée B Sud et son célèbre ponton relié à une salle de restaurant en dur où se nourrir entre deux brasses coulées.

Au Fouquet's, installé en 2001, en lisière de la piscine turquoise, est venue s'adjoindre la Petite Maison de Nicole, succursale de la fameuse Petite Maison de Nice inventée par Nicole Rubi, la restauratrice nissarde qui draine tous les fins palais de la Baie des Anges et d'ailleurs - pas facile d'avoir une table en fin de semaine depuis que Nicolas Sarkozy, au terme d'un sommet international sur la Promenade des Anglais, a convié Andreï Medvedev, son homologue russe, à un dîner de plats canailles: la modeste enseigne est devenue une sorte d'institution, le Lipp niçois en mieux, côté vérité des réjouissances de bouche.

Dans le prolongement du Fouquet's, la Petite Maison de Nicole offre un éventail de saveurs méditerranéennes, artichauts violets en salade (14 euros), pissaladière (6 euros), beignets de fleurs de courgettes (12 euros), petits farcis niçois (13 euros), calamars frits (26 euros), rougets de roche en friture (24 euros), thon au citron, cébettes au piment (20 euros), loup de la pêche niçoise à l'huile d'olive (48 euros), la tarte aux fruits rouges du pays (12 euros) et un onctueux tiramisu (9 euros). Envoyée par le valeureux Bertrand Schmitt, ancien du Moulin de Mougins de Roger Vergé, chef du Majestic en titre, la cuisine est marquée par le sceau du terroir et de la mémoire, sans la course aux étoiles - c'est ce que souhaitent les pensionnaires du Majestic, fatigués des ritournelles des palaces internationaux. On voudrait que Nicole, la fée ravioli, soit plus souvent à Cannes.

Pour le groupe hôtelier et casinotier dirigé par Dominique Desseigne, très présent dans les 17 hôtels Barrière, le Majestic reste le navire amiral, le plus profitable de tous avec 30 millions d'euros de chiffre d'affaires. Aucun cinq étoiles en France n'a injecté 80 millions d'euros dans sa modernisation. Au Crillon, en piteux état, il faudra dépenser 40 millions d'euros dans le gigantesque chantier à venir.

C'est que depuis 1990, la ville de Cannes, avec deux millions de nuitées, s'est positionnée comme la seconde métropole de l'Hexagone pour les congrès, les festivals, le Midem, les multiples salons (immobiliers, électroniques...) et les réceptions internationales. Certaines manifestations attirent la bagatelle de 40.000 opérateurs, les tentes en dur sont disposées jusque sur les plages. Un envahissement. Aujourd'hui, le luxe hôtelier et le tourisme d'élite sont la vache à lait de la ville aux palmiers et jardins fleuris.

Que choisissez-vous? Le Carlton, le Martinez, le Majestic? C'est le trio magique: dans le Michelin 2010, c'est le Carlton qui se situe en première place - pour le moment. Pour le Festival de la mi-mai, la chambre au Majestic se négocie à partir de 900 euros la nuit, soit le tarif haute saison - 4.000 couverts par jour. Comment sélectionner son hôtel? Selon les prestations offertes, le SPA, la piscine privée, la plage, la beauté des lieux, les chaussures glacées par Berlutti (dans la suite Reine du Majestic), la vue panoramique et le service de grande maison, le point fort pour nombre d'habitués. Roger Bastoni, chef concierge du Majestic depuis 30 ans, connaît la quasi-totalité des habitués du Festival, leurs manies - et Dieu qu'elles sont surprenantes. Cela s'appelle l'amour du métier.

Nicolas de Rabaudy

Le Majestic. Boulevard de la Croisette 06400 Cannes. Tél. : 04 92 98 77 22. Chambres à partir de 165 euros selon la saison et les événements.

Photo: le Majestic

Nicolas de Rabaudy
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