Culture

«Parks and Recreation» est la série feel good dont nous avons besoin

Temps de lecture : 6 min

La série culte est enfin disponible en France, et elle n'aurait pas pu tomber à un meilleur moment.

L'humour et la détermination de Leslie Knope est clairement ce qu'il nous fallait. | Capture d'écran via YouTube
L'humour et la détermination de Leslie Knope est clairement ce qu'il nous fallait. | Capture d'écran via YouTube

Les bonnes nouvelles sont particulièrement rares en 2020, alors permettez-nous de savourer celle-là: Parks and Recreation, la série culte de NBC est enfin de retour en France, disponible en intégralité sur Canal+ et Salto après un bref passage sur nos écrans il y a quelques années.

Et cette comédie, qui fait incontestablement partie des meilleures séries du XXIe siècle, n'aurait pas pu mieux tomber.

Une comédie optimiste

Ce qui caractérise avant tout Parks and Recreation, c'est son irrémédiable optimisme (vous savez, ce truc qui semble avoir disparu depuis huit mois?). Créée par Mike Schur et Greg Daniels, anciens producteurs de The Office, cette sitcom cultissime utilise elle aussi le format du mockumentaire, et suit une équipe d'employés municipaux américains de la petite ville fictive de Pawnee, dans l'Indiana.

Alors que The Office s'intéressait à la médiocrité d'une petite entreprise de vente de papier, Parks and Rec nous emmène dans le département des parcs et loisirs d'une ville de taille moyenne: on retrouve donc l'idée d'un quotidien commun et peu glamour, propice à la comédie.

On lui doit le concept de «treat yo'self», une fête annuelle qui consiste à se faire plaisir en s'accordant tous les luxes les plus extravagants.

Mais là où The Office déclinait avec brio la patte très méchante et cynique de sa version originale britannique, la création de Schur et Daniels, elle, fait le pari d'une positivité à toute épreuve.

À travers ses sept saisons, Parks and Recreation sublime la banalité et célèbre les joies ordinaires, comme développer une amitié inattendue avec certains collègues, chanter du Cyndi Lauper au bureau, jouer à des jeux d'arcade ou manger un petit-déjeuner à n'importe quelle heure de la journée.

Chaque épisode de la série contient son lot de déclarations d'amour ou d'amitié, de gestes réconfortants et d'actes d'altruisme désintéressés. C'est aussi à Parks and Rec que l'on doit le concept de «treat yo'self», une fête annuelle célébrée par Tom et Donna qui consiste à se faire plaisir en s'accordant tous les luxes les plus extravagants –exactement le genre de célébration dont on aurait bien besoin en ce moment.

Ce qui fait le charme d'une petite ville, ce sont aussi ses habitant·es un peu bizarres, ses traditions et coutumes un peu fantasques que personne ne daignerait remettre en question. Et comme Twin Peaks avant elle, Parks and Rec l'a parfaitement compris –Pawnee n'a peut-être pas de Log Lady, mais sa plus grande célébrité locale est un mini-cheval vénéré de tous, nommé Li'l Sebastian.

Le célèbre Li'l Sebastian. | via GIPHY

De Perd Hapley, le présentateur télé qui ne connaît pas le second degré, à Jean-Ralphio, l'arnaqueur toujours fourré dans les pires combines, la série dresse une galerie de personnages secondaires singuliers et bizarrement attachants.

Quant aux héros, Tom Haverford, April Ludgate, Andy Dwyer, Donna Meagle ou encore Ron Swanson, ils sont tous excentriques et pleins de cœur à leur manière. Mais le cœur battant de la série, c'est évidemment Leslie Knope.

Leslie Knope. | via GIPHY

Une héroïne féministe

C'est avec Amy Poehler en tête que Mike Schur commence à écrire le personnage de Leslie, directrice adjointe du service des parcs de Pawnee, et base la série autour d'elle. Comme pour de nombreuses sitcoms, les débuts de Parks and Recreation sont un peu maladroits, et la série met une bonne saison à trouver son rythme.

Leslie est au départ interprétée comme une fonctionnaire un peu écervelée, plus irritante qu'attachante. Mais les scénaristes réalisent rapidement leur erreur, et dès la saison 2, Leslie évolue pour se transformer en une femme politique beaucoup plus nuancée; brillante et passionnée par son travail.

Une constante reste: son enthousiasme de l'extrême et sa disposition solaire, qui n'enlèvent rien à sa détermination. Car Leslie peut se montrer redoutable avec ses adversaires politiques (et particulièrement effrayante lorsqu'elle a mangé trop de sucre).

Grande admiratrice d'Hillary Clinton, Madeleine Albright et Nancy Pelosi, Leslie a pour ambition de devenir la première femme présidente des États-Unis. Aucun obstacle ne semble trop grand pour elle, et elle passe la série à se battre pour améliorer la ville de Pawnee et la vie de ses habitant·es.

Prônant des valeurs féministes, elle est extrêmement loyale et valorise tout particulièrement ses amitiés féminines, notamment à travers le Galentine's day, une fête annuelle qu'elle organise à la veille de la Saint-Valentin pour célébrer les femmes de sa vie. Dans la saison 4, outrée par le fait que les scouts de la ville excluent les petites filles, Leslie crée également son propre mouvement, les «déesses de Pawnee», où elle enseigne à ses recrues la science politique et l'art de câliner des chiots.

Une série qui redonne foi en la politique

L'un de ses plus grands exploits a lieu dans la saison 6, lorsqu'elle se lance dans un filibuster –une forme d'obstruction parlementaire toute américaine qui consiste à prendre en otage le temps de parole pour éviter qu'une loi ne passe.

Pendant une soirée entière, Leslie, qui était censée célébrer l'anniversaire de son mari, reste debout face à l'assemblée sans s'arrêter de parler, afin de défendre le droit de vote de certain·nes citoyen·nes de Pawnee. Cet excellent épisode rend en fait hommage à Wendy Davis, une Démocrate du Texas qui, en 2013, a suscité l'admiration du pays après avoir tenu un filibuster pendant onze heures, afin de bloquer une loi anti-avortement.

Tous les conflits sont à petite échelle dans Parks and Recreation, mais ils permettent de souligner l'importance de la politique locale. Coupures budgétaires, qualité de l'eau ou encore organisation d'un festival local: les employé·es du département de Ron et Leslie doivent sans cesse affronter de nouveaux challenges et se démènent pour offrir à la population de Pawnee la meilleure vie possible. Entre un shutdown du gouvernement, des visites diplomatiques un peu foireuses, ou des conseils citoyens qui se passent rarement bien, la série explore de façon comique les nombreux aspects, même les plus futiles, de la vie politique américaine.

Pensée comme une sorte de «The West Wing comique», Parks and Rec peut effectivement se targuer du même optimisme que la série culte d'Aaron Sorkin –et ce n'est pas un hasard si elles partagent toutes les deux un même acteur, l'inimitable Rob Lowe. La série prend un tournant crucial à la fin de la saison 2 avec l'arrivée de son personnage, Chris Traeger, un contrôleur de gestion excessivement chaleureux (vous commencez à repérer le thème récurrent?). À ses côtés, Adam Scott dans le rôle de Ben Wyatt, qui deviendra un des meilleurs personnages de la série, et l'intérêt romantique de Leslie.

Une place au Panthéon de la pop culture

Si on aime autant Parks and Rec, c'est aussi pour ses adorables romances. Il y a les couples tellement absurdes qu'ils fonctionnent à merveille (Andy et April), les couples divinement toxiques (Ron et les multiples Tammys), mais c'est évidemment le couple de Ben et Leslie qui s'est vite transformé en duo iconique de la série (et de la pop culture).

Contrairement à beaucoup des couples les plus célèbres du petit écran, Leslie et Ben restent un duo solide pendant presque l'intégralité de la série, sans tension ni conflit. Au contraire, c'est leur soutien indéfectible l'un pour l'autre qui les rend si touchants. Même leur période Will they won't they (la phase de tension sexuelle où l'on se demande quand le couple finira ensemble) dure assez peu longtemps, les scénaristes ayant vite réalisé que leur union pouvait mener vers un terrain comique et émotionnel fertile (comment oublier la scène où Leslie offre une réplique du trône de fer à Ben pour leur anniversaire de mariage?).

Presque six ans après sa conclusion, la série de Mike Schur et Greg Daniels reste une source illimitée de GIFs et de mèmes, et un incontournable de la pop culture. Véritable vivier de talents comiques, la série concentre un des meilleurs castings du petit écran, et a propulsé certains acteurs comme Aziz Ansari ou Aubrey Plaza au rang de stars. La trajectoire la plus spectaculaire est sans aucun doute celle de Chris Pratt, qui grâce au rôle d'Andy, adorable nounours un peu bête, s'est transformé en héros de blockbusters comme Les Gardiens de la Galaxie et Jurassic World.

Grâce à son pedigree comique issu du Saturday Night Live, la série a également fait la part belle à des caméos d'exception, comme Fred Armisen, Will Forte, Andy Samberg, ou encore Jon Hamm, sans oublier les apparitions d'acteurs et actrices réelles de la vie politique américaine comme Newt Gingrich, John McCain, Michelle Obama, et même... un certain Joe Biden.

Après une réunion Zoom enregistrée pendant le confinement, Amy Poehler et les créateurs ont exprimé leur envie de relancer la série. Et pour une fois, c'est un projet de revival que l'on soutient amplement.

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