Monde

«Biden ne fera rien pour nous»: de Hong Kong à Taïwan, ces fans de Trump déçus

Temps de lecture : 6 min

Tout au long de son mandat, Donald Trump a amassé un bon nombre de supporters en Asie de l'Est, qui ne sont pas prêts à le laisser partir.

Des drapeaux américains brandis dans une manfiestation à Hong Kong le 28 novembre 2019. | Nicolas Asfouri / AFP
Des drapeaux américains brandis dans une manfiestation à Hong Kong le 28 novembre 2019. | Nicolas Asfouri / AFP

Plus concerné que jamais par le futur de l'Oncle Sam, le monde entier suivait assidument l'élection américaine du 3 novembre dernier. La présidence de Donald Trump a mis au défi la plupart des codes et relations établies entre les sept continents, et l'Asie de l'Est est incontestablement l'une des premières régions touchées par ces chamboulements.

Pour n'en citer que quelques-uns, le président américain s'est lancé dans une guerre commerciale avec la Chine et a renoué avec la redoutée Corée du Nord. Après des semaines de comptages et de débats, il est maintenant acquis que Joe Biden prendra la tête du pays dès 2021. Ce résultat est loin de faire l'unanimité en Asie de l'Est.

«L'Asie de l'Est garde un souvenir très mitigé des quatre ans de Trump, et regarde l'arrivée de Biden de la même manière, confirme Xiaobo Lu, professeur de sciences politiques à l'université de Columbia. Trump a complètement chamboulé la région, il y a gagné de nombreux supporters, et il est impossible de faire marche arrière.»

Repousser l'impérialisme chinois

Dans la région, les premiers fans de Donald Trump se trouvent à Hong Kong et à Taïwan. Si ces populations supportent les politiques unilatérales et imprévisibles du président américain, c'est bien parce qu'elles repoussent l'impérialisme chinois qui menace la souveraineté de leurs territoires.

«Beaucoup d'habitants de Taïwan et de Hong Kong admirent Trump pour sa fermeté avec la Chine, explique le professeur Xiaobo Lu. C'est la mentalité du “ce qui est mauvais pour le Parti communiste chinois est inévitablement bon pour nous”.»

Le mandat de Trump a régionalement été apprécié pour ses positions fortes face à la Chine. Sa politique la plus notable est sans aucun doute la guerre commerciale lancée en 2018, qui semble bénéficier au reste de l'Asie de l'Est plus qu'aux deux concernés.

L'imposition de sanctions importantes sur les technologies chinoises telles Huawei, ZTE et TikTok est aussi à souligner. Dépassant les mesures économiques, le cabinet de Trump a dénoncé à de nombreuses reprises l'expansion chinoise en mer de Chine méridionale. Et c'est sans compter son support explicite aux manifestations prodémocratie à Hong Kong.

Difficile d'oublier les nombreux rassemblements pro-Trump qui ont eu lieu cette année à Hong Kong. Depuis le début des manifestations antigouvernementales en mars 2019, les slogans appelant le président américain à l'aide n'ont pas cessé.

«Trump se présentait en vrai ennemi, Biden risque d'être faible face à la Chine.»
Boris, étudiant hongkongais

«Président Trump, s'il vous plaît, libérez Hong Kong», «Président Trump, rendons sa grandeur à Hong Kong», pouvait-on lire sur des pancartes lors de nombreux rassemblements. Il n'était pas rare de voir des drapeaux américains brandis, l'hymne du pays chanté, et des représentations flatteuses de Donald Trump exposées.

«Quand Biden a été élu, j'étais très frustré, explique Boris, un étudiant hongkongais. Les politiques de Trump ont été bien plus efficaces contre la Chine que ne le seront jamais celles de Biden. Trump se présentait en vrai ennemi, Biden risque d'être faible face à la Chine. Je voulais que des politiques fortes continuent, mais je crois que Biden ne fera rien pour nous.»

À Taïwan, c'est presque la même histoire. Les tensions entre l'île, qui se déclare indépendante, et la Chine continentale, qui voit Taïwan comme «une province inséparable», ont escaladé depuis le début des manifestations à Hong Kong.

«Après avoir vu ce qu'il s'est passé à Hong Kong en 2019, la société taïwanaise ne croit plus à la formule un pays, deux systèmes proposée par la Chine, explique le docteur Sean Kenji Starrs, professeur assistant à l'université City U. Ils veulent défendre leur indépendance et les États-Unis sont un excellent allié pour ça. Trump a bien joué le jeu: il a accepté un appel téléphonique de la présidente Tsai Ing-Wen en 2016. C'est le premier président américain à faire ça depuis 1979.»

Plus récemment, les États-Unis ont vendu quelques milliards de dollars d'armes à Taïwan, continuant cette escalade des tensions. Considérée comme une provocation, Beijing a appelé les États-Unis à annuler cette vente «pour éviter de porter davantage préjudice aux relations» entre les deux pays.

Il est clair que ces quatre dernières années, Donald Trump a réussi à se former un vrai comité de soutien à Hong Kong et Taïwan.

Un impérialisme en vaut mieux qu'un autre

Plus que Taïwan et Hong Kong, la Corée du Sud et le Japon s'accordent aussi sur le fait qu'une hégémonie américaine, même sous Trump, est plus avantageuse pour eux qu'une suprématie chinoise. Il est vrai que les deux pays ont été économiquement avantagés depuis le début de la guerre commerciale, et qu'ils ont pu continuer à étendre leur soft-power dans la région.

«Il faut partir du principe que le sexisme et le racisme de Trump ne sont pas un énorme problème, explique Sean Kenji Starrs. D'abord, beaucoup pensent que ça ne concerne que les affaires internes américaines. Ensuite, le racisme et le sexisme sont des choses assez communes en Asie de l'Est. Au contraire, le fait que Trump ne rentre pas dans le moule “libéral internationaliste” permet aux pays de croire qu'ils peuvent l'utiliser comme arme contre la Chine.»

Pepe the Frog dans une manifestation à Hong Kong le 28 novembre 2019. | Anthony Wallace / AFP

D'après Xiaobo Lu, les pays d'Asie de l'Est auraient des intérêts qu'ils considèrent comme étant «plus matériels» que d'autres, s'identifiant donc davantage à l'Amérique de Trump qu'à la Chine de Xi Jinping.

Cependant, le professeur rappelle que repousser l'avancée chinoise est un consensus bipartisan à Washington. Républicains comme Démocrates se sont accordés sur la question. Il semblerait donc peu probable que Biden ne continue pas ce combat.

La menace nord-coréenne

Depuis janvier 2016 avec l'arrestation de l'étudiant américain Otto Warmbier, Donald Trump a dû gérer de nombreuses situations de crise avec la Corée du Nord. Avec Kim Jong-un, un leader aussi imprévisible que lui, ce n'était pas forcément gagné. Pourtant, les deux leaders semblent avoir tissé des liens uniques au fil des années. Si beaucoup moquent les lettres et compliments qu'ils se sont échangés, il faudra malgré tout retenir que Trump aura apaisé les tensions qui menaçaient la région.

«Trump est le premier président américain en fonction à rencontrer un membre de la dynastie Kim. C'est quelque chose de très important et ça a considérablement contribué à l'apaisement des tensions, explique Sean Kenji Starrs. Moon Jae-in, le président sud-coréen, a d'ailleurs nommé Trump pour un prix Nobel de la paix.»

«Biden a régulièrement attaqué Trump sur ses relations “trop amicales” avec Kim Jong-un.»
Sean Kenji Starrs, université City U

Cet apaisement a particulièrement profité à la Corée du Sud et au Japon. Les tensions militaires constamment rappelées par les lancements de missiles se sont amoindries, permettant aux deux pays de se recentrer sur leurs problèmes internes.

Jeong Woo Kim, un étudiant de l'Institut supérieur coréen des sciences et de la technologie, aurait voulu que Trump soit réélu pour un nouveau mandat: «Trump a une personnalité forte, et elle est efficace avec Kim Jong-un. Mais je suis sûr que Biden ne fera rien pour conserver ces relations et trouvera des excuses pour relancer les tensions. Il utilisera les droits de l'homme ou quelque chose comme ça… et ça pourrait nous mettre en danger.»

En Corée du Sud, l'apaisement des tensions avec la Corée du Nord sur le long terme aurait pu ouvrir de nombreuses discussions, incluant celle sur la fin du service militaire obligatoire pour les hommes. Pendant près de deux ans, ces derniers doivent abandonner la vie civile au profit de leur patrie. Et cette pratique est de plus en plus contestée dans le pays. Pourtant, son abolition semble mal partie avec Joe Biden.

«Biden a régulièrement attaqué Trump sur ses relations “trop amicales” avec Kim Jong-un, confirme Sean Kenji Starrs. Biden a une approche beaucoup plus agressive avec le leader coréen, et bien sûr ça inquiète Séoul et Tokyo

Newsletters

Des petits Britanniques reproduisent les jeux de «Squid Game» et font réagir les autorités

Des petits Britanniques reproduisent les jeux de «Squid Game» et font réagir les autorités

Une équipe de protection de l'éducation exhorte les parents à ne pas autoriser leurs enfants à regarder la série Netflix.

Une femme violée dans un train en Pennsylvanie sous le regard des passagers passifs

Une femme violée dans un train en Pennsylvanie sous le regard des passagers passifs

L'agression a duré huit minutes, selon les caméras de vidéo surveillance, sans que personne n'intervienne.

Les scénarios d'une Allemagne post-Angela Merkel

Les scénarios d'une Allemagne post-Angela Merkel

Tandis que l'actuelle chancelière cédera bientôt sa place, l'avenir de la politique allemande au sein de l'Union européenne fait l'objet de nombreux débats et incertitudes.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio