Santé

Jusqu'où peut aller la surveillance de la santé des salariés?

Temps de lecture : 2 min

Plus de prévention, moins de liberté: les bons et les mauvais côtés des nouvelles technologies.

Les montres et patchs connectés peuvent aider à détecter les premiers signes de maladies | Luke Chesser via Unsplash 
Les montres et patchs connectés peuvent aider à détecter les premiers signes de maladies | Luke Chesser via Unsplash 

Il y a douze ans, Surendar Magar est hospitalisé et s'interroge: comment améliorer la surveillance des patient·es après leur sortie de l'hôpital? De cette interrogation naît LifeSignals. Il s'agit d'un système de surveillance miniature constitué d'un patch fin collé à la poitrine équipé d'un biocapteur capable d’enregistrer de nombreux signaux vitaux tels que le rythme cardiaque, la température, la tension, la posture et même l’activité électrique du cœur.

Avant la pandémie mondiale du Covid-19, l’intention derrière le patch était claire: aider les médecins à surveiller efficacement leur patientèle. Mais le patch commence à intéresser une autre clientèle: les employeurs. LifeSignals travaille maintenant avec une dizaine d’entreprises et s'apprête à présenter un dispositif adapté à la surveillance des salarié·es pour détecter plus rapidement les employé·es symptomatiques et les encourager au télétravail. Le patch transmet aux employé·es leurs données personnelles sur une application, les employeurs centralisent l'information au sein de leur département santé.

Le cas d'école Ford

Comme on peut le lire sur le site de la BBC, la surveillance de la santé des employé·es n’est pas nouvelle, ce sont les moyens qui évoluent.

En 1913, c'est déjà le cas chez Ford. Afin d’encourager à travailler plus efficacement, l'entreprise augmente les salaires non sans contrepartie, celle d’adopter un style de vie plus sain. À l'époque, pas de patchs ou de montres connectées mais des «détectives» sont chargés de la surveillance des employé·es concerné·es, ils frappent à la porte des habitations sans prévenir, interrogent les voisins... Jugé en mauvaise santé, un employé peut subir une réduction de salaire. Sept ans plus tard, le système est abandonné pour plusieurs raisons dont la grogne des employé·es.

Cela n'empêche en rien qu'au XXIe siècle, la surveillance de la santé des salarié·es se met progressivement en place. En 2013, BP America, l’équivalent d’EDF en France, commence à fournir des bracelets FitBit à ses employé·es. Les bracelets sont capables d’enregistrer les efforts physiques, la qualité du sommeil, le niveau de fatigue, la localisation. Cette année, à Dubaï, 5.000 ouvriers du bâtiment portent des équipements capables d’enregistrer leur activité cardiovasculaire ainsi que la qualité de leur sommeil. Il est assez facile d’imaginer les bénéfices de tels équipement pour les ressources humaines: moins d’arrêts de travail, des pathologies détectées à temps comme l’obésité et le diabète.

Dérives

En revanche, on voit aussi facilement les dérives que peut prendre une telle surveillance: une «mauvaise» condition physique pourrait justifier un refus de promotion. Pour Ivan Manokha, chercheur à Oxford spécialisé dans la surveillance numérique, une question éthique se pose: «Quand le corps des travailleurs devient un sujet d'attention en plus de leur labeur, le problème n’est pas simplement la violation de la vie privée du travailleur mais aussi l’objectivation croissante des employés.» Il imagine aussi qu'un tel système de surveillance n'arrangerait pas les niveaux de stress et d'anxiété au travail.

En Europe, la loi RGPD peut apporter une certaine protection aux travailleurs et travailleuses puisqu’elle s'opposerait à la vente de telles données par les entreprises. En revanche, quand est-il du sort des employé·es qui refuseraient de se soumettre à un tel système?

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