Tech & internet / Économie

En solo face à une caméra: l'entretien d'embauche nouvelle génération

Temps de lecture : 2 min

Il vous faudra répondre à une série de questions prédéfinies, sans recruteur ni recruteuse face à vous.

Can We All Go via Unsplash
Can We All Go via Unsplash

Dans le marché du travail, le monde d'après, c'est ça. L'avènement du Covid-19 a nettement accéléré la mutation des entretiens d'embauche, résume le site de la BBC. Interroger les candidat·es via des interfaces vidéo comme Zoom ne suffisait pas: les recruteurs et recruteuses sont d'ores et déjà en train de passer à l'étape suivante, et certain·es ont même quelques années d'avance.

Pour passer l'entretien d'embauche de demain, il suffira de se placer devant sa webcam et de répondre à une série de questions préenregistrées, sans qu'aucun être humain ne soit là pour vous relancer ou vous apporter des précisions. Aux États-Unis, ce genre d'entretien qui n'en est plus un est connu sous le nom d'AVI, pour asynchronous video interview (entretien vidéo asynchrone). Les entreprises qui ont testé ce genre de dispositif en vantent l'efficacité, mais le manque total d'humanité de la démarche a de quoi mettre franchement mal à l'aise.

Jusqu'ici, l'AVI était principalement utilisée lors de la première phase de recrutement, en particulier dans des domaines comme l'industrie pharmaceutique, les nouvelles technologies, le business et la finance, raconte la BBC. Elle permet d'effectuer un premier tri entre postulant·es, afin de mettre immédiatement de côté celles et ceux qui ne correspondraient pas du tout au profil recherché.

D'après les dirigeant·es de HireVue, l'une des entreprises les plus en vue en matière d'AVI, cette technique serait actuellement utilisée par un tiers des 500 entreprises américaines réalisant le plus gros chiffre d'affaires. Cela représenterait déjà dix millions d'entretiens menés grâce à cette plateforme. Chez le concurrent Modern Hire, on dénombre vingt millions d'AVI déjà réalisés, avec une hausse de 40% d'utilisateurs et d'utilisatrices entre 2018 et 2019.

Pour les candidats et candidates, l'avantage principal réside dans le fait qu'il n'est plus nécessaire de se déplacer, ni même de fixer un rendez-vous. Il leur faut simplement trouver dans leur planning personnel un créneau au cours duquel il leur sera possible de réaliser un enregistrement vidéo de leurs réponses.

Une fois connecté·es à la plateforme d'entretien, les questions s'affichent directement sur l'écran. Ces questions peuvent être tout à fait basiques (présentation, description du parcours, motivations) ou plus personnelles, et les chargé·es de recrutement n'hésitent pas à proposer également de petits exercices ou des petits jeux permettant notamment d'évaluer la polyvalence ou la vivacité d'esprit des candidat·es.

À sens unique

La vidéo obtenue peut ensuite être visualisée et évaluée par la personne en charge du recrutement, mais il est également envisageable de faire appel à une intelligence artificielle pour cette étape. Dans ce cas, ce sont autant les expressions du visage que le vocabulaire employé qui entrent en ligne de compte. L'ensemble des critères étudiés est alors agrégé de façon à comparer ces personnes aux précédent·es occupant·es du poste convoité.

Pour les personnes qui postulent, les inconvénients sont nombreux. Le temps imparti pour chaque réponse est parfois très court, et il est impossible de le dépasser, même de quelques secondes. Il n'est pas toujours permis de réenregistrer sa réponse lorsqu'on n'a pas été satisfait·e de sa première prise. En outre, les discussions sur la masse salariale ou sur le contenu du poste à pourvoir ne sont plus envisageables à cette étape du recrutement. Humanité zéro.

Les spécialistes du genre commencent évidemment à prodiguer leurs conseils afin de réussir ce genre d'entretien: soyez vous-mêmes, imaginez qu'une personne en chair et en os est assise en face de vous... On imagine que des séances de coaching sur le thème «Réussir son AVI» sont en cours de préparation, voire déjà mises en place. Ce système déshumanisé, qui rend les procéssus d'embauche encore plus opaques que précédemment, n'est clairement pas là pour détendre les candidates et les candidats, et on peut même craindre qu'il ne contribue à accentuer certaines formes de discriminations.

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