Monde

Une nuit avec des soutiens français de Donald Trump

Temps de lecture : 5 min

Confinement oblige, beaucoup ont suivi la soirée électorale américaine depuis chez eux. Et dès le début, ils croyaient dur comme fer en la victoire de leur champion.

Des supporters de Trump suivent la soirée électorale en Californie, dans un bar de West Hollywood, le 3 novembre 2020. | Valerie Macon / AFP
Des supporters de Trump suivent la soirée électorale en Californie, dans un bar de West Hollywood, le 3 novembre 2020. | Valerie Macon / AFP

Leur candidat était donné perdant dans tous les sondages. Et pourtant, au milieu de la nuit, l'espoir était encore permis pour les soutiens français de Donald Trump. Pas de grands rassemblements cette fois. C'était chacun chez soi, en raison du confinement. «Je suis la nuit électorale devant CNN», nous explique en début de soirée Julian, étudiant en Affaires publiques à Paris. Avant d'ajouter, rieur: «Mais c'est juste parce que je n'ai pas accès à Fox News!»

Il passe son confinement en Normandie, sa région d'origine. Cette nuit-là, le jeune homme suit les résultats minute par minute. Sur un groupe WhatsApp, les messages fusent: il réunit des Républicains de différentes nationalités vivant à l'étranger. «On suit tout ça ensemble, on se transmet les infos.»

Dès la campagne de 2016, Julian a trouvé en Donald Trump une figure politique rafraîchissante. «D'un point de vue français, Donald Trump apporte une vision un peu plus portée sur la défense des libertés individuelles, ce qu'on ne trouve pas dans le paysage politique ici. Par gaullisme ou par socialisme, la droite et la gauche ne se sont pas du tout penchées sur cette question des libertés individuelles», commente-t-il. Ce supporter farouche du président américain ne s'aventure pas trop vite dans les pronostics. Il dit néanmoins regretter le traitement dont a été victime le candidat sortant: «Donald Trump a beaucoup été caricaturé par les médias français et américains.»

Des supporters patriotes

Si Julian a facilement accepté de partager son point de vue, convaincre des soutiens de Donald Trump de parler à un média dit «mainstream» n'est toutefois pas chose aisée. Comme aux États-Unis, la plupart des soutiens français du président américain ont développé une méfiance tenace à l'encontre des journalistes. «Tous anti-Trump», disent certains. Beaucoup craignent que leur parole soit caricaturée, exploitée, moquée.

«C'est trop compliqué de dire qu'on soutient Trump en France.»
Thomas, trentenaire

Thomas* a préféré garder l'anonymat. «C'est trop compliqué de dire qu'on soutient Trump en France. Je n'ai pas envie que ça puisse avoir des répercussions sur ma vie professionnelle.» La trentaine, il dit être originaire de la classe moyenne. Il a grandi en banlieue, d'une mère française et d'un père algérien. «Mais malgré toute la propagande progressiste, je ne suis pas tombé dans le socialisme. Je suis français avant tout», lance-t-il.

Thomas se présente comme un amoureux de la France et de son histoire. À la tête d'une chaîne YouTube, il dit regretter le déclin de son pays dont il aimerait qu'il retrouve «sa grandeur». Chez le président américain, il trouve donc ce qu'il recherche ici en France: «Donald Trump représente une ligne patriote. Celle de la souveraineté nationale.»

«Donald Trump n'a rien à voir avec l'extrême droite française»

La nuit électorale, il la suit devant des lives YouTube puisque, dit-il, «tout se passe sur internet». Sur l'un de ces lives, le rappeur d'extrême droite Kroc Blanc, connu pour des textes virulents sur l'islam notamment, semble certain de la victoire de Donald Trump. «Les médias auront mal au c... demain», s'amuse-t-il. Sur une autre chaîne, Pierre-Yves Rougeyron, issu de la droite souverainiste, a lui aussi organisé une soirée spéciale. Il est notamment connu pour être le président de l'association Les amis d'Éric Zemmour. Sur son live YouTube, il conclut une analyse de la politique de Trump par ces mots: «Qu'on le veuille ou non, cet homme n'a pas fait de guerre majeure. Mais a-t-il résisté? C'est sûr.»

La proximité des soutiens de Donald Trump avec la droite souverainiste est régulièrement soulignée dans les médias. Mais depuis sa Normandie natale, Julian refuse qu'on associe Donald Trump à certaines figures de la droite dure: «Le parti de Marine Le Pen est un parti fondé par d'anciens collaborationnistes, d'anciens pro-Vichy. Donald Trump n'a rien à voir avec ça. C'est juste un milliardaire new-yorkais, un conservateur. Il sait très bien que l'extrême droite française a un passé très lourd. C'est d'ailleurs pour ça qu'il n'a pas reçu Marine Le Pen quand elle s'était invitée au pied de la Trump Tower en 2016!»

De rares figures françaises pro-Trump

Parmi les figures françaises pro-Trump, Philippe Karsenty est l'un des rares à prendre publiquement la parole en France. À quelques heures des premiers résultats, c'est dans le taxi en route pour la chaîne France Info, où il interviendra comme porte-parole français des Republicans in France, qu'il fait part de sa méfiance envers les médias: «Ils vous racontent à longueur de journée que les électeurs de Trump sont des débiles, avec un flingue dans la poche, à boire de la bière. Ça, c'est une propagande des médias, c'est caricatural.»

Cet ancien élu Les Républicains de Neuilly-sur-Seine s'était notamment fait remarquer après l'incendie de Notre-Dame, lorsqu'il avait mis en doute sur Fox News l'hypothèse d'un incendie accidentel. Sur la question de l'élection américaine, il n'hésite pas à évoquer une cabale médiatique, d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique. Elle serait même à l'origine des faibles résultats de son candidat dans les sondages.

«Quand un institut de sondage vous appelle, vous vous imaginez répondre que vous êtes débile? La propagande médiatique est tellement forte contre Trump que les gens préfèrent se taire. C'est ce qu'on appelle les shy voters, les votants timides.» D'après lui, aucun doute: comme en 2016, les sondages vont se tromper. «Il est 20h30, et je vous le dis: Donald Trump ne perdra ni le Texas, ni l'Ohio, ni la Floride.»

Plusieurs heures plus tard, vers 4 heures du matin, les premiers résultats électoraux tombent. L'État de la Floride devrait être gagné par Donald Trump. C'est un coup de massue pour les Démocrates. Cette victoire permet au candidat républicain de garder toutes ses chances de remporter la bataille pour la Maison-Blanche.

«Il est 20h30, et je vous le dis: Donald Trump ne perdra ni le Texas, ni l'Ohio, ni la Floride.»
Philippe Karsenty, soutien de Donald Trump

C'est le début d'une longue nuit. «Pour l'instant, c'est Trump qui vire en tête, constate Thomas. Il ne manque plus que le Texas et l'Ohio. Pour moi, c'est fait. À 8 heures, les journaux pourront titrer sur la victoire de Donald Trump.» Du côté de Julian, membre des Republican Overseas, on se veut plus prudent: «La Floride est très probablement gagnée. Mais tout le monde reste très attentif et on ne crie pas victoire trop tôt.»

À 5 heures du matin, il est encore impossible de dire qui est le gagnant de cette élection. Ni vague bleue, ni vague rouge. Mais les soutiens de Donald Trump sont au moins certains d'une chose: leur candidat a réussi, une fois de plus, à créer la surprise. Il vient officiellement de gagner la Floride. «C'est peu étonnant car la base électorale de Donald Trump est très solide, confie Julian. J'avais envisagé ce scénario en tout cas.» Plus les heures avancent, et plus le scénario de 2016 semble se reproduire: il avait vu la victoire de Donald Trump.

* Le prénom a été changé.

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

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