Politique / Société

La fanbase de Nicolas Sarkozy est toujours bien vivante

Temps de lecture : 6 min

Sur Facebook, les groupes de soutien à l'ancien président rassemblent plusieurs milliers de fans. Ils y partagent leurs souvenirs de meeting, des montages photos et leur espoir de revoir un jour leur «sauveur» à l'Élysée.

Nicolas Sarkozy avec ses supporters et supportrices, en mai 2012. | Claude Paris/ AFP POOL / AFP
Nicolas Sarkozy avec ses supporters et supportrices, en mai 2012. | Claude Paris/ AFP POOL / AFP

«Jamais je ne critiquerais Nicolas. C'est un Dieu. Alors les jaloux je vous em***. Vive Sarko», écrit Nicole, sexagénaire à la retraite, dans un groupe Facebook en soutien à l'ancien président de la République. Une grande communauté de fans de Nicolas Sarkozy vit sur le réseau social, où les membres lui vouent parfois un vrai culte.

Paul, Bayonnais lui aussi retraité, le considère tout simplement comme «le meilleur président» de la Ve République. Liliane liste les qualités de son héros: il possède un «grand charisme, du dynamisme, du pragmatisme, de l'humanisme, de l'autorité, de la stature, de l'envergure, une résistance à toute épreuve… Bref, il est meilleur que les autres.» Même dix ans après son passage à l'Élysée, l'ancien président continue de fasciner.

Le «sauveur» de la France?

«C'est le seul qui peut sauver le pays!», commente Liliane, retraitée. Sur le groupe Facebook «Sarkozyquement votre», réunissant plus de 10.000 membres, chacun·e partage le même constat: la France aurait été gérée de manière catastrophique depuis le mandat de Nicolas Sarkozy et personne d'autre que lui ne serait capable de redresser la barre. «Il est le seul qui puisse faire quelque chose pour nous, notre pays. On vivait mieux pendant la période de son quinquennat que sous celui de Hollande et de Macron», croit savoir Marie-Christine.

Photomontage réalisé par des fans de Nicolas Sarkozy. | Capture d'écran via Facebook

Pour Arnaud Mercier, enseignant-chercheur à l'université Paris II Panthéon-Assas, spécialisé en communication politique, le succès que rencontre Nicolas Sarkozy auprès de ce public est en grande partie dû à «une certaine idée de l'âge d'or».

«Chez certains fans, Nicolas Sarkozy est associé à une époque où tout allait mieux pour la France et pour la droite. Ce n'est pas étonnant que des gens entretiennent cette image-là, à mi-chemin entre un discours d'espoir pour l'avenirNicolas Sarkozy devenant leur unique recours, et de nostalgie porté par le “c'était mieux avant”.»

Et le professeur de continuer son analyse: «C'était un personnage romanesque, ce Rastignac qui ne cachait rien de ses ambitions! À l'époque, Nicolas Sarkozy a fasciné bien au-delà de son camp politique. Je trouve ça normal qu'il ait gardé un noyau dur qui reste attaché à cette image qui les a scotchés dès le départ. C'est on ne peut plus logique.»

Une star et ses groupies

Sur Facebook, les sarkozystes échangent des montages photos de leur idole, partagent les derniers potins sur sa vie privée et se remémorent leurs meilleurs souvenirs avec l'ancien maire de Neuilly, comme s'il s'agissait d'une pop star. «Mon mari et moi sommes allés à ses meetings à Marseille et à Châteauneuf-du-Pape. J'ai fait une photo quand il a fendu la foule au pied de l'estrade, c'était la folie», s'émeut Doriane.

Certains ne manquaient aucun de ses meetings, comme Jean-Paul. L'ancien parfumeur, aujourd'hui retraité en Auvergne, s'est retrouvé de nombreuses fois dans le TGV direction Paris, poussé par son admiration pour Nicolas Sarkozy, pour assister à ses rassemblements de campagne électorale. «Je vibrais quand j'y allais», se souvient l'Auvergnat.

Publication d'une fan de l'ex-président sur l'un des groupes de soutien. | Capture d'écran via Facebook

Discussion de fans sur l'un des groupes de soutien. | Capture d'écran via Facebook

Jean-Paul est allé jusqu'à écrire un essai sur la «pensée unique tant décriée par Nicolas Sarkozy». Il a lui-même édité ce texte aux allures de fanfiction. Un chapitre de son ouvrage est consacré à l'ancien président, il en dévoile une partie sur plusieurs groupes sarkozystes: «[Nicolas Sarkozy] était là, devant moi, un peu perdu, les yeux hagards, livide, usé, exténué, dégoulinant de transpiration après s'être donné encore une fois si intensément lors de son dernier meeting [...]. Cette phrase, je lui souffle, dans l'intimité de cet après meeting, mon cœur la lui crie fortement, profondément…»

«Je savais que ça allait être lui. Ça a été un coup de foudre.»
Jean-Paul, fan

Entre deux souvenirs de meeting, Jean-Marc publie des photos de Nicolas Sarkozy accompagné de Carla Bruni, sa femme. Les tourtereaux prennent un verre, courent ensemble, échangent des regards complices... «Je suis une fan!», commente Yvette, tandis que Josiane met en avant la sportivité de «son» président.

Cette admiration pour le couple Bruni-Sarkozy n'étonne pas Arnaud Mercier. «Sarkozy a tout fait pour que sa relation avec Carla Bruni soit une relation glamour, commente le professeur. Il a quand même annoncé officiellement son idylle avec la mannequin-chanteuse à travers à un reportage de Paris Match en direct de Disneyland

«On a besoin d'un guide»

«Depuis ce jour où je l'ai vu débattre avec Le Pen et Tariq Ramadan [en 2003, ndlr], je savais que ça allait être lui. Ça a été un coup de foudre», rembobine Jean-Paul. S'il se défend d'être un «sarkozydolâtre», l'Auvergnat admet ne croire «qu'en lui». Nicolas Sarkozy représente son «idéal». «C'est lui qui m'a éclairé. En politique, on a besoin d'un guide. Il n'y a que lui pour remplir ce rôle», estime-t-il, en vantant les qualités de leadership de sa coqueluche.

Photomontage publié sur l'un des groupes de soutien. | Capture d'écran via Facebook

Comme pour finir de montrer sa dévotion envers sa star, Jean-Paul fait état de son rôle de référent régional lors de la campagne de Sarkozy pour les primaires de la droite, en 2017. «Je conserverai ce rôle de référent à vie», assure-t-il, malgré la défaite de son favori au premier tour, derrière Alain Juppé et François Fillon.

«J'ai vu que c'était un monsieur qui ne se prenait pas la tête, un homme simple, à la portée de tout le monde. Depuis, je ne l'ai jamais lâché.»
Muriel, fan

De son côté, Muriel ne souhaite pas forcément le retour de son homme politique préféré, bien qu'elle serait contente de le revoir à l'Élysée. La sexagénaire s'inquiète des effets que cela pourrait avoir sur la santé. «Je me fais du souci pour l'homme, plus que la politique, confie-t-elle. Les gens ne méritent pas qu'il s'esquinte la santé pour eux, ils l'ont traîné dans la boue!», s'insurge-t-elle, en faisant référence aux nombreux scandales auxquels Nicolas Sarkozy a été mêlé.

Cette ancienne diamantaire n'aurait croisé la route de l'ex-président qu'une seule fois, il y a vingt ans, mais se souvient pourtant de cette rencontre comme si c'était hier. Elle raconte être tombée sur lui lorsqu'il habitait à Neuilly-sur-Seine (92). À cette époque, Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur et il logeait, assure Muriel, dans un immeuble gardienné par son cousin. «[Nicolas Sarkozy] descendait les poubelles. Je lui ai dit que sa tête me disait quelque chose, mais je ne me rappelais plus où je l'avais vu», rembobine-t-elle. S'en serait suivi une discussion «sur la pluie et le beau temps» qui lui a laissé un souvenir impérissable. «Je l'ai trouvé chaleureux et gentil. Je ne suis pas tombée amoureuse, mais j'ai vu que c'était un monsieur qui ne se prenait pas la tête, un homme simple, à la portée de tout le monde. Depuis, je ne l'ai jamais lâché.»

«Ça fait plusieurs fois que Nicolas Sarkozy pense que son retour en politique est possible, notamment parce que ce genre de fans existent, analyse Arnaud Mercier. Mais il a subi claque sur claque, parce qu'il y a une différence entre la nostalgie laissée chez les fans absolus, qui ont toujours aimé son style et ses propos, et l'écrasante majorité de la population. On sait très bien que François Hollande a gagné en partie grâce à l'exaspération et la fatigue d'une partie de l'électorat qui avait voté Nicolas Sarkozy.»

Commentaires racistes

Ces groupes Facebook dans lesquels les groupies de Sarkozy se retrouvent sont des lieux de débats sur l'actualité en général, qui n'ont parfois rien à voir avec Nicolas Sarkozy. Sous le partage d'un article du Figaro, traitant des relations franco-turques après que le président Erdoğan a mis en doute la «santé mentale» de son homologue français, les commentaires parfois xénophobes, voire carrément racistes, vont bon train. «Renvoyer tous les Turcs de France dans leur pays», préconise Martine. «Oh oui, cela fera de la place, et des économies», abonde Annie. «La France aux Français!!!! Ras-le-bol de tous ces étrangers…», écrit Jérôme.

Pas facile de modérer ces centaines de commentaires. «Je vous prie de croire que c'est difficile de gérer un groupe, car les gens sont indisciplinés!», fait valoir Marie-Claire, administratrice de plusieurs gros groupes de soutien à Nicolas Sarkozy. «Ils ne mettent pas que des articles sur Nicolas et je passe mon temps à les supprimer malgré les nombreux rappels! Une page de soutien, c'est du soutien, point barre.»

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