Société

Faudrait-il croire aux fantômes?

Temps de lecture : 2 min

Et pourquoi y croit-on.

Bouh. | Erik Müller via Unsplash 
Bouh. | Erik Müller via Unsplash 

Selon une étude YouGouv pour l'Obs, un tiers des Français·es (32 %) affirme croire aux fantômes et/ou aux esprits, 45% des Américain·es. À tort ou à raison, cela dépend des croyances. Mais en tous cas, il existe plusieurs pistes pour comprendre pourquoi nous croyons aux esprits.

Cela pourrait être lié aux fréquences sonores, explique l'astrophysicienne Sabrina Stierwalt. En effet, en dessous de 20 Hertz, les sons sont imperceptibles pour la plupart des humains, mais lors d'un concert où des fréquences à 17 Hertz avaient été intentionnellement diffusées, un quart des spectateurs et spectatrices ressentit un sentiment de malaise, de tristesse, certain·es furent parcouru·es de frissons ou de sentiments de peur. Dans la vie de tous les jours, ces fréquences peuvent être perçues lors de tremblements de terre, d'activité volcanique ou de foudre. Ce sont les mêmes qu'utilisent les grands animaux comme les éléphants, baleines et hippopotames pour communiquer et certaines activités humaines peuvent aussi en être à l'origine: moteur, turbine…

Dans un autre registre, en s'exposant à certaines formes de moisissures, le cerveau peut subir des dommages neurologiques provoquant démence ou peurs irrationnelles. Est-ce une coïncidence si ce sont les maisons les plus abandonnées et sales que nous soupçonnons d'être l'antre d'activité paranormale, s'interroge Sabrina Stierwalt? Par ailleurs, l'empoisonnement au monoxyde de carbone peut être à l'origine d'hallucinations auditives.

La croyance peut aussi être contagieuse suggère l'astrophysicienne, grâce au pouvoir de la suggestion liée à la confiance qu'on place dans le ressenti des autres. Et surtout, on aime particulièrement se faire peur car notre cerveau en profite pour relâcher de la dopamine, neurotransmetteur associé au plaisir. En quelle quantité? Cela vous rend plus ou moins susceptible d'apprécier les films d'horreur.

Une certaine idée de la morale

Croire en l'existence des esprits est aussi une manière de croire en la vie après la mort, une croyance qui s'inscrit dans une longue tradition humaine qui transcende toutes les cultures. En 601 après J-C, le Pape Gregoire Ier envoya ses missionnaires christianiser le rite païen de Samain qui deviendra la Toussaint, nous apprend l'anthropologue Tok Thompson. Aussi appelé «All Hallows' Day» en anglais et la veille se disant «evening» ou «eve», la contraction donna progressivement «Halloween».

Par la suite, les rites païens de communication avec les morts prirent une toute importance dans la religion chrétienne. Ceux qui voyaient des fantômes étaient invités par le pape à célébrer des messes car il était persuadé que leurs âmes avaient besoin d'être guidées vers le paradis. L'église catholique prévoyait alors la possibilité de racheter ses péchés grâce à la vente d'«indulgences» (moments de pardon) ce qui mena à terme à la division avec le protestantisme. Les fantômes devinrent alors l'apanage de la religion catholique pour les pays protestants. Au XIXe siècle apparu ensuite le Spiritualisme basé sur la possibilité de converser avec les esprits.

Ces croyances ne se limitent pas au monde chrétien, bien au contraire. En Asie, croire aux esprits n'est pas rare. A Taïwan, l'écrasante majorité des habitant·es affirment avoir déjà vu un fantôme.

Souvent dans les récits, si les fantômes errent, c'est pour une bonne raison rappelle l'anthropologue: «Les apparitions sont souvent le rappel que l'éthique et la morale transcendent nos vies et qu'un écart peut devenir un lourd fardeau spirituel.» Mais les histoires de fantômes sont aussi pleines d'espoir: celui d'une vie après la mort, d'une chance de revoir celles et ceux qui sont déjà parti·es. Alors après tout, pourquoi pas.

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