Société

Moi aussi, je voudrais être confiné!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Chanceux de ne pas vivre en France en ce moment, je rêve d'attestation de sortie et de distance kilométrique à respecter.

Dieu que la France me manque... | Jose Antonio Gallego Vázquez via Unsplash
Dieu que la France me manque... | Jose Antonio Gallego Vázquez via Unsplash

J'ai un peu honte à le dire mais je vis en un endroit où le virus circule si doucettement que parfois je me demande si j'habite toujours sur Terre. Ici, nul couvre-feu, reconfinement ou services d'urgences au bord de la rupture. Le virus est bien là mais il se fait discret, tout étant par ailleurs une question d'échelle.

Le port du masque est exigé dans les transports en commun; seulement recommandé partout ailleurs. Bien que peu fréquentés, les magasins demeurent ouverts et manger dans un restaurant est encore possible. La vie scolaire suit son cours même si elle a dû s'adapter aux défis imposés par le virus. Bref, ce n'est pas la vie d'avant mais comparé à la situation en France, c'est comme si je vivais au milieu du jardin d'Éden.

Tout juste si je n'en éprouve pas une sorte de sentiment de culpabilité mêlé à une pointe de jalousie. Attestation de déplacement! Voilà un jargon juridique dont je ne me lasse pas. Tout juste si je ne me rends pas sur le site du ministère de l'Intérieur pour voir à quoi cela peut bien ressembler, une attestation de déplacement. D'ailleurs le concept même me semble irréel, tout droit tiré d'un roman de Kafka.

Quoi, pour sortir de chez soi, il faut posséder un papier qui atteste que vous êtes bien celui que vous prétendez être et que vous allez là ou vous devez aller et nulle part ailleurs? Moi, en pareil cas, il me faut juste demander l'autorisation à ma femme, laquelle généralement me l'accorde même si je suis également tenu de dire où je me rends. Et avec qui.

Il y a comme un parfum de film d'espionnage, quelque chose de follement espiègle comme si on était revenu à la belle époque de l'Allemagne de l'Est. Sortir sans ses papiers revient à risquer la déportation. Selon mon oncle, il apparaîtrait que des policiers rôdent dans les rues et vérifient au débotté votre identité, la raison pour laquelle vous avez osé sortir de chez vous, où vous allez, d'où vous venez, comment vous vous appelez, si vous portez bien votre masque, si vous avez eu votre bac avec mention, si vous avez bien tiré la chasse d'eau avant de sortir, et votre gel hydroalcoolique, vous l'avez au moins? Si vous ne l'avez pas, c'est trois jours en cellule de dégrisement.

Mais ce que je préfère, c'est la limitation de déplacement, le kilomètre que sous aucun prétexte, il ne faut jamais dépasser. Du coup dites-moi, les gens sortent avec leur mètre à mesurer? Ou bien, pour ceux qui sont munis d'un podomètre, sachant que par pas, ils parcourent une distance avoisinant les 83 centimètres, doivent-ils calculer combien de pas ils sont autorisés à faire avant de risquer le peloton d'exécution?

Et le flic, comment il vérifie que l'endroit où vous vous trouvez se trouve être distant de moins d'un kilomètre de votre domicile? Il effectue le chemin retour en vous traînant tout le long par l'oreille droite, comptant avec vous à voix haute le nombre de pas et si jamais vous avez dépassé le kilomètre, il appelle directement la fourrière?

Comment savoir que si je me trouve au 55, avenue de la République, sachant que j'habite au 124 de la rue Jaurès et que la statue du maréchal Joffre se situe à équidistance de la supérette de Madame Leblanc et du parc zoologique, je n'ai pas, pris dans mon envie de me dégourdir les jambes, outrepassé la distance autorisée, auquel cas dois-je me dénoncer à la gendarmerie la plus proche ou rentrer à cloche-pied chez moi? En fait, le plus simple c'est de sortir avec un compas en poche, non?

Dieu que la France me manque. Ce que j'aimerais me retrouver à Paris ces jours-ici. Ruser avec la police. Prétendre que je vais chez le boulanger alors que non pas du tout, je me rends au supermarché du coin de la rue acheter une baguette congelée. Jouer à l'idiot de service en disant à Monsieur le commissaire divisionnaire que j'étais sorti promener mon chien mais qu'on l'a embarqué au motif que sa signature sur son attestation de sortie ne correspondait pas à celle figurant à son médaillon pendu à son cou.

Afin de connaître le vertige de l'interdit, je suis allé calculer sur la carte jusqu'où je pourrais aller si pareille mesure était appliquée par ici. Le résultat m'a laissé un peu perplexe. Si j'en crois Google Maps, j'ai toutes les chances de finir dans l'eau, noyé dans les remous de l'océan Pacifique...

P.-S. Au curieux qui voudrait savoir où la bonne fortune m'a amené à vivre, pas besoin d'aller fouiner du côté de Wikipédia, je dirai tout. Faut juste me montrer l'attestation afférente!

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