Santé

La piste d'un accident de laboratoire toujours étudiée pour trouver l'origine du Covid-19

Temps de lecture : 2 min

La provenance du virus SARS-CoV-2 est une des grandes questions qui agite le monde scientifique.

Le coronavirus, s’il circule principalement chez les chauves-souris, subit parfois un transfert zoonotique, qui engendre des épidémies chez l'espèce humaine. | Rigel via Unsplash
Le coronavirus, s’il circule principalement chez les chauves-souris, subit parfois un transfert zoonotique, qui engendre des épidémies chez l'espèce humaine. | Rigel via Unsplash

Alors que la course au vaccin contre le Covid-19 accélère, la question de l'origine du SARS-CoV-2, le virus responsable du Covid-19, n'est toujours pas élucidée. Étienne Decroly, virologue et directeur de recherche au CNRS, s'exprime sur le sujet dans un entretien donné pour CNRS Le Journal.

Le SARS-CoV-2 est le troisième coronavirus humain responsable d'un syndrome respiratoire sévère apparu au cours de ces vingt dernières années. Avant lui, le SARS-CoV avait émergé en 2003, suivi dix ans plus tard par le MERS-CoV. Le coronavirus, s'il circule principalement chez les chauves-souris, subit parfois un transfert zoonotique, qui engendre des épidémies chez l'espèce humaine. Aujourd'hui, le Covid-19 est hautement transmissible entre les êtres humains et il est primordial de comprendre la façon dont le SARS-CoV-2 est devenu une zoonose, explique Étienne Decroly.

S'il est aujourd'hui établi au sein de la communauté scientifique que le Covid-19 nous vient de la chauve-souris, le virologue souligne cependant qu'«aucune épidémie liée à la transmission directe de la chauve-souris à l'homme n'ayant été démontrée à ce jour, on pense que la transmission à l'humain doit plutôt s'effectuer via une espèce hôte intermédiaire». Au début de la crise sanitaire, certain·es imaginaient que le pangolin était le responsable de la propagation du virus. Cette piste a depuis été abandonnée par la plupart des équipes de recherche.

Le dernier intermédiaire animal avant la contamination humaine n'ayant à ce jour pas encore été trouvé, certains scientifiques envisagent l'idée que le SARS-CoV-2 pourrait être le résultat d'un accident de laboratoire ou même d'origine synthétique. Étienne Decroly rappelle d'ailleurs que «le SARS-CoV qui a émergé en 2003 est sorti au moins quatre fois de laboratoires lors d'expérimentations».

La potentielle dangerosité des expérimentations

Pour le directeur de recherche au CNRS, le fait même que les scientifiques s'interrogent sur l'origine naturelle ou non du virus devrait mener «à une reflexion critique sur les outils et les méthodes de reconstruction de virus actuellement à l'œuvre dans les laboratoires de recherche». En effet, n'importe quel laboratoire a aujourd'hui la capacité de synthétiser une séquence génétique et de créer un virus fonctionnel en quelques semaines seulement.

Bien sûr, des normes internationales encadrent les travaux de recherche qui étudient des virus à potentiel pandémique, mais «des accidents peuvent toujours se produire et il est important de se questionner sur la dangerosité potentielle des expérimentations».

Bien que le virologue «ne prône pas une interdiction pure et simple» de ce genre de recherches, il appelle néanmoins les scientifiques à questionner plus strictement le risque et la pertinence sociale et éthique de leurs travaux, malgré le climat de compétition dans lequel baigne le monde de la recherche.

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