Culture

Pénétrez au coeur de la «Prison Valley»

Temps de lecture : 2 min

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«Quelque part dans le Colorado, une ville paumée. Canon City.» Le décor est planté, le road-movie peut commencer. Guidé par la voix du co-réalisateur, David Dufresne, le spectateur/internaute évolue à travers les routes désertes, les villes glauques et les motels orange flashy. Présenté comme une expérience «sans équivalent», le webdocumentaire Prison Valley nous embarque à la rencontre d'une ville qui aurait pu devenir la mecque du cinéma dans les années 50 et s'est convertie en un véritable «complexe prisonnier» avec 13 prisons et 16% de sa population incarcérée. Une ville qui ne connaît pas la crise par la privatisation de l'univers carcéral et l'emploi qu'elle engendre dehors. Et «on ne va pas rendre leur liberté aux prisonniers pendant une récession».

Le thème est sans aucun doute digne d'intérêt. Le privé en prison n'est pas un thème propre aux Etats-Unis. En France, la construction récente de grands ensembles avec délégation de services au privé contraint au parallèle avec Prison Valley. Sa sortie, jeudi, pourrait également marquer la découverte par le grand public d'un genre pour l'instant confiné dans un cercle restreint.

Le webdocumentaire est «à la croisée du cinéma documentaire, de la photographie et de l'interactivité». En gros, sur Prison Valley, le site offre libre choix à l'internaute de suivre les 60 minutes de récit linéaire, à travers des vidéos, interviews et diaporamas, ou de les interrompre au cours de l'histoire. Un côté jeu-vidéo à la Titanic: adventure out of time lorsque l'on revient vers notre QG: la chambre de motel (reproduction à l'identique de celle des réalisateurs). Là, une masse d'informations impressionnante est disponible pour ceux qui voudraient creuser le sujet: statistiques, comparaisons internationales... Et la possibilité de chatter avec les protagonistes du film, entres autres: un membre du syndicat des gardiens de prison, une épouse de détenu ou le shérif du Comté.

Si les pauses peuvent parfois être un peu frustrantes pour ceux qui s'attendent à un docu, les ressources à disposition sont impressionnantes et les prouesses techniques -notamment pour la participation du spectateur- sont incontestables.

Entrer dans le film

«L'internaute au cœur du débat», c'est justement ce que les producteurs d'Upian et les réalisateurs David Dufresne et Philippe Brault présentent comme LA valeur ajoutée de Prison Valley par rapport à un documentaire ou un... CD-Rom (oui, cette relique des années 90). Des forums sont mis en place sur des thèmes prédéfinis: «partenariat public/privé» ou encore «le travail des prisonniers». Et des liens établis pour que ça «tweet», «like» et «comment» sur les réseaux sociaux. Un pari qui peut vite capoter si les protagonistes du film ne se coordonnent pas avec le décalage horaire ou si les internautes n'accrochent pas. En tout cas, l'argument marketing fonctionne. Et a certainement contribué à l'obtention d'un budget de 230.000 euros, uniquement pour la partie web.

Car Prison Valley, au-delà du webdocumentaire à suivre à partir de jeudi, c'est aussi un documentaire diffusé sur Arte le 12 juin, un livre publié en septembre, une application iPhone, la bande originale du chanteur hip-hop Toty et un blog.

La bande d'annonce du webdocu:

 

À LIRE ÉGALEMENT SUR SLATE : Aux Etats-Unis, le système pénitenciaire est une industrie lucrative

Photo de une: carte postale du webdocumentaire Prison Valley

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