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Pourquoi Trump a gagné en popularité parmi l'électorat latino

Temps de lecture : 5 min

Malgré la rhétorique raciste du président américain, des sondages montrent que 30% de l'électorat hispanique compte voter pour lui, un chiffre en augmentation par rapport à 2016.

Meeting de campagne de Donald Trump à Las Vegas, en février 2020. | Mario Tama / Getty Images / AFP
Meeting de campagne de Donald Trump à Las Vegas, en février 2020. | Mario Tama / Getty Images / AFP

Lors d'un récent meeting de campagne avec l'électorat latino à Phoenix en Arizona, le président Donald Trump a déclaré: «De nombreux Hispaniques américains sont venus ici pour poursuivre le rêve américain. Un vote pour les Républicains en novembre est un vote pour le rêve américain.»

Le mythe du petit entrepreneur qui réussit seul sans l'aide du gouvernement est revenu à plusieurs reprises pendant cet événement. C'est un des messages préférés de la campagne de Trump auprès de la population hispanique, et il marche bien auprès des hommes latinos de moins de 45 ans, qui sont 35% à soutenir Trump, contre 22% en 2016.

Malgré sa rhétorique raciste et les politiques anti-immigration de son administration, les sondages montrent qu'environ 30% de l'électorat hispanique s'apprête à voter pour lui, un chiffre en légère augmentation par rapport à 2016, lorsque 25% de cette population avait voté pour l'actuel président.

Une rhétorique raciste qui ne rebute pas

Les journalistes qui vont à la rencontre des diverses communautés hispaniques (environ 13% de l'électorat américain) à travers le pays entendent régulièrement ce refrain sur Trump, vu comme un symbole d'une réussite à laquelle ses fans aspirent. Malgré le chaos de la gestion de la crise du Covid-19, les mesures fiscales profitant aux plus riches et les séparations de familles de migrants, persiste donc l'image de Trump comme incarnation d'un certain rêve américain. Par ailleurs, le conservatisme religieux et l'opposition à l'avortement expliquent aussi l'affinité de certains Latinos et Latinas pour Trump, particulièrement chez les chrétiens évangéliques.

Ian Haney López, professeur de droit à l'université de Berkeley en Californie et coauteur d'une récente étude sur le vote latino, confirme que cet électorat est en moyenne plus réceptif à un certain discours optimiste sur les efforts individuels comme moyen d'avancer. Il explique aussi pourquoi la rhétorique raciste du président ne rebute pas plus de Latinos et Latinas.

«Trump utilise un langage conçu pour provoquer des peurs liées au racisme, mais il n'invoque pas directement la race», explique-t-il. Le président peut ainsi utiliser des mots comme «clandestin», «invasion», «illégal», «gangs» et «violeurs» pour dresser son électorat blanc contre les immigré·es, mais il le fait d'une façon indirecte, ce qui permet à certains Latinos et Latinas de s'y reconnaître aussi.

«Ce discours provoque une crise concernant ceux qui ont leur place dans ce pays et ceux qui ne l'ont pas. Le but est d'attiser la peur chez les Blancs, mais cela marche aussi chez certains Latinos. Les immigrés récents, qui parlent espagnol à la maison, ont plus tendance à entendre ce genre de discours et à se dire: “Je ne suis pas comme ça, je ne suis pas un des mauvais [immigrés], moi je vais réussir.”»

Sentiment d'appartenance

Après quatre ans de politique trumpienne, on aurait pu imaginer que le niveau de soutien de l'électorat latino pour son opposant démocrate, Joe Biden, se rapprocherait du niveau de soutien dont jouit ce dernier auprès de la population afro-américaine (environ 83%). Mais ce n'est le cas, même si environ 63% des Hispaniques soutiennent le candidat démocrate.

Pour comprendre cet électorat, Ian Haney López et Tory Gavito (de l'association Way to Win) ont interrogé plus de 1.000 Latinos et Latinas au sujet d'un message politique trumpien qui condamne «l'immigration clandestine venant de pays débordés par la drogue et les gangs» et défend «le plein financement de la police pour que nos communautés ne soient pas menacées par des gens qui refusent de suivre nos lois». Environ 60% des Blancs ont trouvé ce message convaincant, mais de façon quelque peu étonnante, le taux d'approbation était encore plus élevé parmi la communauté latino-américaine.

Ce paradoxe s'explique en partie par le fait que de nombreux Hispaniques se considèrent comme Blancs. Si dans les médias, il est souvent sous-entendu qu'ils sont des personnes racisées («personnes de couleur» est le terme utilisé aux États-Unis) cette catégorisation est en fait loin d'aller de soi. Parmi les personnes sondées par Ian Haney López et ses collègues, 25% se définissent comme des «personnes de couleur», alors que 32% se considèrent comme blanches et 28% contestent toute étiquette ethnique. Or le soutien pour le message trumpien était beaucoup plus fort chez les Hispaniques ne se considérant pas comme «de couleur».

Il faut préciser que dans le recensement officiel aux États-Unis, «latino» n'est pas une catégorie raciale. Les cinq catégories sont Noir, Blanc, Asiatique, Amérindien et Hawaïen/Polynésien. Hispanique est considéré comme une origine ethnique, et il peut donc y avoir des Latinos noirs, blancs ou asiatiques. Ceux et celles qui ont la peau claire choisissent ainsi de s'identifier ou non en tant que «personnes racisées».

Meeting de campagne de Donald Trump à Las Vegas, notamment avec l'électorat latino, en février 2020. | Mario Tama / Getty Images via AFP

Sur le terrain, l'engagement politique démocrate de la communauté latino-américaine est justement lié au sentiment d'appartenance à une minorité ethnique subissant des discriminations. Par exemple, en Arizona de nombreux jeunes d'origine mexicaine ont commencé à se mobiliser politiquement à gauche à la suite du passage, en 2010, d'une loi qui encourageait la police à faire du profilage ethnique.

Mais dans ce même État, parmi les jeunes hommes latinos de moins de 45 ans, environ 40% disent songer à voter Trump. On peut noter que de nombreux hommes latinos travaillent dans les secteurs de la police et des agences de contrôle de l'immigration et des frontières, des institutions dont les membres ont tendance à voter à droite. Quant aux femmes d'origine hispanique, qui ont plus tendance à être diplômées, elles penchent plutôt pour Biden.

«Il faut parler de ces dynamiques raciales comme d'une arme utilisée par les riches pour diviser et conquérir.»
Ian Haney López, professeur de droit

La situation est différente en Floride, un État décisif pour la présidentielle, où la population cubaine-américaine vote Républicain à 58%, en partie car cette communauté, qui a fui le communisme de Fidel Castro, se retrouve dans le discours farouchement antisocialiste des Républicains et de Trump. Une pub pro-Trump récemment diffusée en espagnol à la radio accuse Joe Biden d'être l'ami des régimes socialistes à Cuba et au Venezuela et se termine sur ces mots: «On ne veut pas de socialisme ici!»

L'élection présidentielle américaine se joue souvent à des dizaines de milliers de voix dans certains États décisifs, et l'électorat latino peut faire la différence dans ces «swing states» (États pivots) comme la Pennsylvanie, où de nombreux Porto-Ricains se sont récemment installés après avoir fui l'ouragan Maria.

Unir l'électorat américain

Pour faire augmenter le vote démocrate chez les Latinos et Latinas, Ian Haney López pense que la meilleure stratégie n'est pas la dénonciation du racisme de Trump, mais un message qui permet d'unir les électorats blancs et non blancs contre les inégalités de classe.

Selon lui, depuis les années 1960, le Parti républicain manipule les anxiétés raciales de l'électorat pour diviser la classe ouvrière –Blancs contre Noirs et Latinos– et mettre ensuite en place des politiques contraires aux intérêts économiques de la majorité de la population. Or la riposte des Démocrates a souvent été d'accuser le Parti républicain, et ses électeurs, de racisme, une stratégie qui ne fonctionne pas, même auprès des électeurs hispaniques.

«Il faut arrêter de parler des questions raciales comme d'un conflit entre Blancs et personnes de couleur, préconise Ian Haney López, et commencer à parler de ces dynamiques raciales comme d'une arme utilisée par les riches pour diviser et conquérir.»

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