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L'image de la Chine a été méchamment abîmée par le Covid-19 (et pas que)

Temps de lecture : 7 min

Le pays se retrouve dans une situation de mise en cause internationale à laquelle il n'est pas habitué.

Le Palais du Peuple, siège du pouvoir à Pékin, le 8 septembre. | Nicolas Asfouri / AFP
Le Palais du Peuple, siège du pouvoir à Pékin, le 8 septembre. | Nicolas Asfouri / AFP

La pandémie de Covid-19 a considérablement détérioré l'image de la Chine dans le monde. L'opinion internationale a très mal jugé que les autorités chinoises aient commencé par cacher l'apparition du coronavirus à Wuhan et qu'elles aient mis un mois et demi, entre décembre 2019 et janvier 2020, avant de reconnaître que cette pandémie d'un type nouveau commençait à se développer. Par la suite, la théorie développée par Pékin selon laquelle des athlètes américains auraient amené le coronavirus en Chine dès octobre 2019 au cours de jeux sportifs à Wuhan n'a guère été crue. Sauf en Chine.

Le chiffre officiel de 4.632 morts annoncé par les autorités chinoises est largement mis en doute en Occident. Surtout depuis que le Covid-19 s'est répandu dans de nombreux pays d'Europe et d'Amérique, causant un nombre considérable de décès. La stricte discipline que la Chine a imposée à sa population début 2020 soulève également des interrogations en Occident.


Dans ce contexte, le sondage réalisé par PEW Research Center indique qu'il y a dans le monde une évolution nette et négative de l'opinion à l'égard de la Chine. Cet institut américain est l'un des rares à enquêter régulièrement sur les évolutions de perceptions dans différents pays[1].

14.000 personnes ont été interrogées entre juin et août 2020. Globalement, la Chine est vue de manière négative par 73% des personnes interrogées. La vision la moins défavorable se situe en Italie, à 62%. Le pays avait accepté de coopérer avec les routes de la soie chinoises et par ailleurs, lorsqu'il a été touché par la pandémie, il a bénéficié d'une aide médicale chinoise. Au Japon, en revanche, 86% des personnes interrogées ont une mauvaise image de la Chine, pays dans lequel, au milieu du XXe siècle, les Japonais étaient en guerre.

En France, la Chine est mal vue à 70%. En 2008, c'était plus, 72%. Cette année-là, la Chine avait durement réprimé des émeutes au Tibet, et le président Nicolas Sarkozy avait rencontré le Dalaï-lama. La réaction furieuse de la Chine –qui avait notamment organisé le boycott des magasins Carrefour sur son territoire– l'avait grandement desservie. L'image de la Chine en Allemagne est comparable à celle de la France: 71% d'opinions négatives. En Grande-Bretagne, le chiffre est passé en un an de 50% à 75%, notamment après l'intervention chinoise à Hong Kong en mai dernier. Hong Kong était une colonie anglaise de 1841 à 1997 et ce qui s'y passe reste sensible en Grande-Bretagne.

Aux États-Unis, la dénonciation par Donald Trump des pratiques commerciales chinoises a sans doute contribué à ce que l'opinion américaine ait à 73% une vision défavorable de la Chine. Le chiffre était de 47% en 2018.

Absence de transparence

Le Covid-19 est évidemment au centre du sondage du PEW Research Center. 61% des personnes interrogées estiment que l'apparition de la pandémie a été mal gérée par la Chine. Elles sont 37% à avoir au contraire un avis favorable sur la question. Il est vrai que, par ailleurs, et à part au Japon et en Corée du sud, les autorités américaines sont à 84% considérées comme ayant particulièrement mal appréhendé la crise du coronavirus. En France, elles sont 44% à estimer que la Chine a bien réagi face à la maladie alors qu'elles n'accordent que 15% aux États-Unis. La gestion de l'épidémie par les pays de l'Union européenne est approuvée par 60% des personnes sondées.

À ses débuts, la propagation du virus a été entourée d'un total secret en Chine. Cette absence de transparence a provoqué une importante défiance envers les dirigeants chinois, et donc envers Xi Jinping. Lorsque, dans les pays d'Europe, il est demandé qui inspire le plus confiance pour gérer les affaires du monde, il n'y a que 19% des personnes interrogées à juger positivement le président chinois. Et, à 17%, la cote de Donald Trump est encore plus basse. En France ces chiffres sont quelques peu différents: 11% pour Xi Jinping et 16% pour Donald Trump. Tandis qu'en Allemagne, le manque de confiance est à 78% pour Xi Jinping contre 89% pour Donald Trump.

Xi Jinping lors d'une session de l'Assemblée nationale populaire, à Pékin, le 25 mai. | Noel Celis / AFP

En comparaison, dans les pays consultés, la confiance en Angela Merkel pour bien gérer les affaires du monde est de 75%. Elle est de 63% pour Emmanuel Macron, de 50% pour Boris Johnson et de 23% pour Vladimir Poutine.

La défiance semble confortée dans les pays qui ont un différend précis avec la Chine. En Suède, le gouvernement a vivement protesté en 2018 lorsque Gui Minhai, éditeur suédois d'origine chinoise a été emmené de force en Chine. Il tenait une librairie à Hong Kong où se vendaient des ouvrages interdits par Pékin sur les dirigeants chinois. En février 2020, un tribunal chinois l'a condamné à dix ans de prison pour «avoir fourni illégalement des informations à l'étranger». 85% des Suédois·es ont une image négative du régime de Pékin.

La relation de la Chine avec le Canada est également tendue. Un ancien diplomate et un homme d'affaire canadiens ont été arrêtés début 2019 à Pékin. Ils sont accusés de «se livrer à des activités mettant en danger la sécurité nationale de la Chine». Tout indique qu'il s'agit en fait d'une réponse chinoise à l'arrestation en décembre 2018 par la police canadienne de Meng Wanzhou, directrice financière et fille du fondateur de la société chinoise de téléphonie Huawei.

Elle est actuellement assignée à résidence à Vancouver et les États-Unis demandent son extradition en l'accusant d'avoir utilisé des sociétés écran pour contourner les sanctions contre l'Iran et vendre dans ce pays des matériels téléphoniques. Le Canada ne se précipite pas pour livrer Meng aux États-Unis tandis que Pékin demande qu'elle soit délivrée immédiatement. Par ailleurs, le Canada se dit «profondément préoccupé par la détention arbitraire» de ses ressortissants en Chine. Ce à quoi, le 12 octobre, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a répliqué qu'il «s'opposait fermement aux déclarations erronées du Canada» sur les termes de détention arbitraire. Résultat, selon le sondage du PEW Research Center, 73% des Canadien·nes sont aujourd'hui défavorables à la Chine alors qu'en 2018, ils n'étaient que 45%.

Canberra cherche à réduire la dépendance du pays à l'économie chinoise.

En Australie, les opinions défavorables à l'égard de la Chine sont passées de 32% en 2017 à 81% aujourd'hui. En mai dernier, le Premier ministre conservateur, Scott Morrison, a exigé, sans l'obtenir, qu'une enquête indépendante soit ouverte auprès de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) sur les origines du coronavirus en Chine. La colère chinoise face à cette démarche a été immédiate: elle a fortement réduit les achats de produits agricoles australiens, notamment en augmentant grandement les taxes sur l'orge, le bœuf ou les vins. De plus, le 12 octobre, Pékin a fait savoir que les sidérurgistes chinois n'importeraient plus de charbon australien.

Encouragé par l'Amérique de Donald Trump et par la mauvaise image de la Chine dans les sondages, le gouvernement de Canberra cherche à réduire la dépendance du pays à l'économie chinoise. En août, l'acquisition par une société chinoise d'un important groupe laitier australien a été bloquée, le gouvernement australien la jugeant «contraire à l'intérêt national». Pour la même raison, toutes sortes d'accords passés par des provinces australiennes avec des entreprises chinoises sont actuellement scrupuleusement examinés et pourraient être annulés.

Un contrôle renforcé de la société

La Chine se retrouve dans une situation de mise en cause internationale à laquelle elle n'est pas habituée. Le plus souvent dans l'histoire récente, l'importance de ce qui était fabriqué et exporté par la Chine l'a nettement emporté sur l'image que la pouvoir chinois pouvait donner à l'étranger. La question ne se posait pas quand le régime est devenu communiste, en 1949: la Chine était tenue à l'écart des principaux circuits économiques internationaux. Et en 1966, elle s'est elle-même coupée du monde en se lançant dans le tumulte de sa Grande révolution culturelle prolétarienne. Celle-ci n'a cependant pas empêché en 1972 un rapprochement avec les États-Unis dont l'un des objectifs, pour la Chine, était de se protéger d'une possible attaque de l'URSS.

En prenant les rênes du pouvoir chinois à partir de 1978, Deng Xiaoping a entamé une incontestable ouverture du régime. Qui s'est heurtée en 1989, à la brutale répression de l'occupation de la place Tian'anmen à Pékin par des étudiant·es. Se trouvant fortement critiqué sur la scène internationale, le pays a décidé d'opérer un vaste mouvement de développement économique dont le maître-mot adressé par Deng Xiaoping aux Chinois était: «Enrichissez-vous!». Ce qui a été parfaitement compris en Chine et a vivement intéressé les milieux économiques internationaux.

Si bien qu'en 2001, l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce a été largement approuvée dans le monde. Il semblait que la participation chinoise à la marche de l'économie internationale ne pouvait qu'entrainer une évolution de ses comportements politiques: le régime cesserait d'être autoritaire, une démocratie comparable à celle des pays d'Europe et d'Amérique allait apparaître en Chine. Ce n'est pas ce qui est arrivé.

Le pouvoir chinois actuel pratique un contrôle renforcé de la société. Il peut se prévaloir auprès de sa population d'être parvenu, après un début tardif, à éradiquer l'épidémie de Covid-19. Est-ce que, dans les cercles du pouvoir à Pékin, on essaie d'analyser les raisons qui ont considérablement abîmé l'image de la Chine? Le coronavirus n'est sans doute pas seul en cause. Le comportement chinois à Hong Kong ou la sévère répression des musulmans Ouïghours au Xinjiang jouent sans doute un rôle.

Le système de gouvernance à la chinoise a souvent montré qu'il est capable de gérer, et au besoin de réprimer, toute contestation en Chine. Il peut lui être plus difficile de réagir à un rejet de son mode de fonctionnement qui vient de l'étranger. D'autant plus que le Parti communiste ne tient pas à abandonner son objectif affirmé de faire passer la puissance économique chinoise au premier rang mondial, devant celle des États-Unis.

1 — Le centre Pew research Center a travaillé aux États-Unis, en France, Australie, Grande-Bretagne, Belgique, Canada, Danemark, Allemagne, Italie, Japon, Pays-Bas, Corée du Sud, Espagne, Suède. Retourner à l'article

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