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Les stations-services vont se faire rares

Matthieu Courtecuisse, mis à jour le 13.04.2010 à 2 h 33

Après les raffineries, les réseaux de stations-services vont connaître une profonde mutation. Leur nombre continuera à diminuer sur tout le territoire français.

L'actualité a mis en avant la restructuration inévitable du raffinage français. Mais une autre transformation, plus importante encore, se déroule en silence, celle des réseaux de stations-services. Elle est fondamentale sur les plans sociaux, économiques et environnementaux. Elle va également aboutir à une augmentation inévitable du prix du plein à la pompe.

Il apparait désormais évident que les raffineries sont en surcapacité et il est inéluctable que les réseaux de stations-services feront l'objet d'un redimensionnement à court terme. La très forte pression sur la marge de ces réseaux est le résultat de trente années de concurrence, liée notamment à l'accroissement de la place de la grande distribution et ses stations à faible coût. Le résultat est clair  la France est passée de plus de 40.000 à moins de 15.000 stations dont un tiers détenues par les grandes surfaces.

A l'exception des stations-services longeant les autoroutes, les marges de distribution du réseau se trouvent globalement à un point bas, oscillant entre des marges parfois négatives dans les stations-services de la grande distribution jusqu'à quelques petits pourcents dans celles des grands pétroliers. Cet équilibre est particulièrement fragile et il le devient d'autant plus qu'il est soumis à un certain nombre de facteurs de changement.

Comme pour les raffineries, la baisse de la consommation d'essence est le résultat du kilométrage moyen annuel par véhicule, le caractère toujours plus économe du parc de voitures et le développement de la conduite apaisée qui permet d'augmenter le nombre de kilomètres entre deux passages à la pompe.

S'ajoute à cela un autre élément majeur propre à la grande distribution. Celle-ci vit une grande phase de transformation qui consiste à réinvestir les centres urbains et désarticule progressivement le couple sacré voiture/courses. La pression financière s'accentue aussi sur les acteurs de la grande distribution pour obtenir un meilleur rendement des capitaux investis et aujourd'hui, certaines enseignes réalisent 5% à 10% de leur chiffre d'affaires avec une marge quasiment nulle et une immobilisation en capitaux de plusieurs centaines millions d'euros. En toute logique, si la pompe à essence située sur le parking du supermarché n'est plus un produit d'appel, pourquoi continuer à la subventionner avec les autres ventes et laisser prospérer les clients clandestins qui ne se rendent pas dans les rayons? On a d'ailleurs déjà commencé à percevoir un mouvement de réduction des écarts de prix entre les stations low-cost et celles des pétroliers.

La faible rentabilité des métiers de distribution ont déjà amené les majors pétrolières comme Shell ou très récemment BP à se désengager du marché français. Cette révision stratégique va s'étendre aux supermarchés qui vont devoir sérieusement envisager soit de sortir de la vente à prix coûtant soit céder leurs propres stations-services à des opérateurs spécialisés ou des acteurs déjà installés soit d'inventer de nouvelles formes de partenariats avec les pétroliers.

Enfin, les évolutions programmées sur la prochaine décennie ne sont pas neutres non plus. Sur le plan technologique s'amorce la rupture liée à la mise en circulation massive des véhicules électriques. Si comme certains le prédisent, le parc de véhicules électriques atteint 10% du marché automobile en 2020, cela nécessitera peut-être de gérer des stocks de batteries dans les stations services voire de s'équiper de systèmes de rechange de batteries et ces investissements seront significatifs. D'autre part, les normes environnementales rendent indispensables de nouveaux investissements dans les pompes et vont accélérer la fermeture de centaines de points de vente. C'est le cas notamment à Paris.  Enfin, la fiscalité ne va pas s'améliorer, avec un retour sous une forme ou une autre de la taxe carbone ou les certificats d'économie d'énergie du Grenelle II.

La conséquence est claire: à prix du baril constant, les écarts de prix entre les différents réseaux de stations-services vont diminuer et le prix moyen à la pompe va augmenter de 6 à 8%, du fait de la combinaison de la consolidation des réseaux de distribution et de la mise en place de nouvelles taxes. Le coût politique sera sans nul doute important, il est donc nécessaire que les pouvoirs publics intègrent bien le signal prix global envoyé aux automobilistes avant de confirmer les nouveaux alourdissements fiscaux.

Les stations-services constituent un concentré de l'évolution de notre système économique. D'un point de vue sociétal, c'est la place de la voiture qui est en jeu, les modes de déplacement avec l'émergence de la multimodalité réelle ou de l'autopartage. Sur le plan économique, c'est le lieu d'un des premiers chocs entre les stratégies low-cost fonctionnant sur les subventions croisées et ce que l'on croyait être une rente de situation. Sur le plan environnemental, c'est la place de la fiscalité écologique qui commence et souvent s'arrête à la pompe à essence et demain la stratégie fiscale autour du carburant électrique. Sur le plan politique, c'est le symbole du pouvoir d'achat.

Mathieu Courtecuisse

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Image de Une: Darren Staples / Reuters

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