Parents & enfants / Santé

Peut-on continuer à boire du café quand on est enceinte?

Temps de lecture : 7 min

Cinq expertes répondent.

Pendant la grossesse, il faut adapter sa consommation de café. | Fallon Michael via Unsplash
Pendant la grossesse, il faut adapter sa consommation de café. | Fallon Michael via Unsplash

En matière de grossesse, les recommandations sont si nombreuses qu'il est parfois difficile de s'y retrouver. Un grand nombre de personnes consomment du café au quotidien, il n'est donc pas surprenant que les femmes enceintes cherchent à être savoir si ce stimulant peut poser problème.

Étant donné que les directives concernant la consommation de caféine pendant la grossesse varient d'un pays à l'autre, voire au sein d'un même pays, il peut s'avérer difficile d'évaluer les risques.

Nous avons demandé à cinq de nos expertes si boire du café quand on est enceinte est sans risque. Quatre ont répondu par l'affirmative, mais à certaines conditions.

Toutes ont émis quelques réserves: la caféine ne représente pas un danger pour les femmes enceintes, à condition d'être consommée avec modération.

Il est également important de se souvenir que le thé, le chocolat et les boissons énergétiques contiennent aussi de la caféine. Il faut donc en tenir compte dans l'estimation de sa consommation quotidienne.

Voici leurs réponses détaillées.

Clare Collins, professeure en nutrition et diététique: non

Étant donné qu'on ne peut répondre «oui» inconditionnellement à cette question, il me semble que «non» est la réponse la plus sûre.

En 2017, une importante revue de littérature scientifique a révélé que la consommation de grandes quantités de café s'accompagnait de l'augmentation de plusieurs risques: faible poids à la naissance, prématurité et fausse couche. Cet effet n'était pas retrouvé dans le cas où l'ingestion de café était plus modérée, ou lorsque les femmes n'en consommaient pas.

Une autre revue s'est focalisée quant à elle sur les quantités de caféine provenant de toutes les sources alimentaires –boissons comme nourriture solide. Pour des doses ne dépassant pas 300 milligrammes (mg) par jour, aucun effet adverse sur la grossesse, la naissance ou le développement des enfants n'a été mis en évidence chez des femmes enceintes et en bonne santé.

D'autres aliments contiennent de la caféine: le thé, les sodas de type cola, le chocolat et les boissons énergisantes.

Le message à retenir est donc qu'il ne faut pas dépasser les 300 mg de caféine par jour. Et c'est là que le bât blesse: il est quasiment impossible de savoir précisément quelles quantités de caféine sont consommées quotidiennement.

Un café pris au bar peut par exemple contenir jusqu'à 250 mg de caféine, selon la taille de la tasse et la façon dont il est préparé. Une tasse de café instantané en contient quant à elle de 50 à 100 mg, tandis qu'une tasse de café filtre ou de café infusé en contient de 100 à 150 mg. Il est aussi important de se souvenir que d'autres aliments contiennent de la caféine. C'est notamment le cas du thé (10 à 90 mg par tasse), des sodas de type cola (40 à 50 mg par cannette), du chocolat (30 à 40 mg par 50 grammes) et des boissons énergisantes (80 à 130 mg de caféine par cannette).

Treasure McGuire, pharmacienne: oui

Oui, on peut boire du café lorsqu'on est enceinte, mais avec modération.

L'Organisation mondiale de la santé et le Collège américain de gynécologie-obstétrique conseillent aux femmes qui attendent un enfant de limiter leur consommation quotidienne de caféine à 200 ou 300 mg.

En effet, la capacité d'une femme à métaboliser la caféine diminue durant la grossesse. Qui plus est, la caféine passe facilement du placenta dans le corps du futur bébé qui, lui, n'a pas encore les moyens de l'éliminer. Elle peut donc s'accumuler dans son organisme et dans son cerveau.

On ne peut toutefois pas affirmer avec certitude que la consommation de caféine durant la grossesse a des conséquences négatives sur le développement du fœtus, puisque la plupart des études pharmacologiques sur le sujet ne sont qu'observationnelles. Cela signifie que les scientifiques se contentent d'assurer un suivi des femmes qui tombent enceintes afin de détecter les conséquences positives ou négatives de la consommation de caféine sur leur santé ou celle de leur futur enfant. Ce type d'étude est capable d'identifier une association (entre un comportement alimentaire et un risque par exemple), mais ne peut prouver avec une absolue certitude que le facteur suivi est bien impliqué dans une relation de cause à effet.

Pour chaque augmentation de la consommation quotidienne de caféine de 150 mg, le risque de fausse couche s'accroîtrait de 19%.

Si la consommation de 200 mg de caféine par jour ne semble pas être un facteur majeur de prématurité, une étude de 2014 a révélé une association entre une consommation quotidienne supérieure à 200 mg et un poids de naissance plus faible que la normale.

En ce qui concerne l'augmentation du risque de fausse couche, les indices sont contradictoires. Une étude a cependant suggéré que, pour chaque augmentation de la consommation quotidienne de caféine de 150 mg, le risque de fausse couche s'accroîtrait de 19%.

Jusqu'à ce que des preuves plus concluantes permettent de déterminer quel est précisément le seuil le plus sûr, les femmes enceintes devraient donc idéalement limiter leur consommation de caféine à 200 mg par jour.

Ian Musgrave, pharmacologiste: oui

Oui, mais à condition de tirer un trait sur les doubles expressos et de ne pas s'empiffrer de chocolat.

La caféine est l'un des stimulants les plus répandus. C'est aussi l'un des plus sûrs que l'on puisse consommer. Elle est présente dans de nombreux aliments et boissons, dont les plus populaires sont probablement le café et le chocolat. Une consommation de café modérée a été associée à certains bénéfices pour la santé, tels qu'une diminution des risques de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2.

Consommer de la caféine avec modération est généralement sans danger. Cependant, certains travaux indiquent que durant la grossesse, la caféine pourrait augmenter le risque de fausse couche ou affecter de façon négative le développement de l'enfant à naître. Certaines études plus anciennes avaient suggéré qu'ingérer moins de 300 g de caféine par jour lorsqu'on est enceinte aurait été sans danger, cependant les données disponibles étaient limitées.

Si vous préférez le café infusé au café instantané, vous devrez restreindre davantage votre consommation.

Ce seuil a cependant été confirmé par une récente et exhaustive revue de littérature scientifique: pendant la grossesse, des doses quotidiennes inférieures à 300 mg semblent effectivement ne pas présenter de risque. Les recommandations de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sont néanmoins encore plus drastiques, puisque cette agence recommande de ne pas dépasser 200 mg par jour.

Même si vous choisissez de suivre les strictes recommandations de l'EFSA, vous pouvez encore vous autoriser jusqu'à trois tasses de café instantané par jour. Gardez cependant à l'esprit que le café infusé contient des quantités de caféine plus importantes, comprises entre 95 et 165 mg. Si vous préférez le préparer de cette façon, vous devrez donc restreindre davantage votre consommation.

Evangeline Mantzioris, diététicienne: oui

Oui, il est possible de continuer à boire du café lorsqu'on est enceinte, cependant vous risquez de devoir revoir à la baisse votre consommation.

L'un des problèmes est que la caféine peut traverser le placenta et passer dans la circulation sanguine du bébé à naître. Or, ce dernier ne peut l'éliminer, elle s'accumule donc dans son sang. Autre problème: à mesure que la grossesse se développe, le métabolisme de la mère se modifie et celle-ci élimine moins vite la caféine, ce qui augmente potentiellement la durée d'exposition du fœtus.

Des études ont montré qu'une forte consommation de caféine est associée à une restriction de la croissance du fœtus, à un poids de naissance réduit, à une augmentation de la prématurité et à un risque accru de mortinatalité (enfants nés sans vie après six mois de grossesse). Sur la base de ces travaux, l'OMS a recommandé aux femmes enceintes de ne pas consommer plus de 300 mg de caféine par jour. Le Collège américain de gynécologie-obstétrique conseille quant à lui de ne pas dépasser 200 mg.

On pourrait aussi conseiller aux mères qui allaitent d'envisager de limiter leur consommation de caféine.

En Australie, en 2014, le National Health and Medical Research Council (principale agence publique de financement de la recherche médicale) conseillait de limiter la consommation de caféine à 300 mg durant la grossesse. Cependant, ce seuil est en train d'être réévalué; étant donné les seuils mis en place par d'autres organisations de santé publique, il pourrait être abaissé.

Concrètement, pour respecter le seuil de 300 mg, les femmes enceintes doivent limiter leur consommation quotidienne à une tasse de café fort (de type expresso) ou à deux tasses de café instantané. On pourrait aussi conseiller aux mères qui allaitent d'envisager de limiter leur consommation de caféine. En effet, de petites quantités de caféine passent dans le lait maternel, et certaines preuves scientifiques révèlent qu'elles pourraient rendre les bébés plus irritables, plus sujets aux coliques et moins susceptibles de dormir paisiblement [en France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail conseille de faire preuve d'une vigilance particulière vis-à-vis des apports en caféine, notamment pour les femmes enceintes et allaitantes, ndlr].

Hannah Dahlen, professeure d'obstétrique: oui

Oui, mais le café doit être consommé avec modération pendant la grossesse et l'allaitement.

Avant que les voyages ne soient restreints à cause de l'épidémie de Covid-19, j'ai visité la Scandinavie. La consommation de café y fait office de sport national, ce qui a fini par perturber mon sommeil... Je me suis alors demandé si les conseils donnés aux femmes enceintes variaient d'un pays à l'autre, mais les sages-femmes suédoises m'ont assuré que ce n'était pas le cas. Leurs directives disent à peu près la même chose que les directives australiennes: la caféine est un stimulant, elle est présente dans d'autres aliments et boissons que le café, et les preuves concernant la sécurité de sa consommation durant la grossesse sont contradictoires.

Un maximum de 150 à 300 mg par jour est recommandé, la plupart des directives établissant le seuil de sûreté à 200 mg (soit environ une à deux tasses de café).

Il semblerait que parfois, la nature soit bien faite: les femmes ressentent souvent une aversion pour le café au cours des premières semaines de grossesse, lorsque le risque de fausse couche est le plus élevé. Cependant, si vous avez toujours besoin de votre tasse quotidienne, le café et le thé décaféinés peuvent vous aider à assouvir votre envie, en vous procurant le goût de votre breuvage favori, sans ses effets secondaires.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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