Égalités / Monde

Les pères gays dans la ligne de mire des autorités russes

Temps de lecture : 2 min

Le pays présidé par Vladimir Poutine projette d'arrêter les hommes ayant eu recours à des mères porteuses. Mais pas tous les hommes...

Drapeau brandi lors de la Marche des fiertés organisée à Saint-Petersbourg le 26 juillet 2014. | Olga Maltseva / AFP
Drapeau brandi lors de la Marche des fiertés organisée à Saint-Petersbourg le 26 juillet 2014. | Olga Maltseva / AFP

La Russie est en train de planifier l'arrestation d'un certain nombre d'hommes gays qui auraient eu recours à des mères porteuses pour fonder leur famille, raconte The Independent. Un informateur travaillant au sein d'un comité d'enquête et de lutte contre le trafic d'enfants a tenu à alerter la presse sur un sujet à propos duquel la Russie reste pour l'instant muette.

Lors du point presse de vendredi dernier, Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a refusé d'aborder le sujet, ce qui est loin de signifier qu'il n'existe pas. L'avocat Igor Trunov, qui défendait des parents adoptants lors d'un procès faisant suite à la mort (naturelle) d'un jeune enfant, met en tout cas l'opinion en garde contre la fausse bienveillance affichée par la Russie: «Ne croyez pas les enquêteurs lorsqu'ils affirment agir dans l'intérêt des enfants. Ils ont notamment choisi d'envoyer des bébés âgés de 3 mois dans des établissements psychiatriques».

Pour Igor Trunov, combattre le trafic d'enfants n'est pas la priorité des membres du pouvoir russe, qui entendent avant tout combattre les personnes LGBT+. «Ils veulent relier le trafic de bébés à la notion d'orientation sexuelle, en sachant bien que cela va convaincre la plus large partie de la population, avertit l'avocat. Ils ont conscience que personne ne va se lever pour les droits des gays».

Homophobie non assumée

La loi russe autorise explicitement la fécondation in vitro pour les couples ainsi que pour les femmes célibataires, mais ne mentionne à aucun moment les hommes célibataires. Cependant, à plusieurs centaines de reprises, ces derniers ont obtenu gain de cause au tribunal. Cela semble confirmer que le problème n'est pas l'adoption par un homme, mais bel et bien l'adoption par un homme appartenant à la communauté LGBT+.

Si les derniers sondages montrent que la jeune population russe se dit moins homophobe que les générations précédentes, le pouvoir en place ne semble pas près d'aller dans ce sens. C'est ainsi qu'en juillet dernier, Vladimir a profité d'une réforme de la Constitution russe pour faire interdire le mariage pour tous. Moscou a également empêché l'ouverture d'une enquête concernant les meurtres et les actes de torture perpétrés sur des personnes identifiées comme homosexuelles en Tchétchénie.

Une dizaine d'arrestations de pères officiellement célibataires serait d'ores et déjà planifiée, mais Igor Trunov avertit: cela n'est sans doute qu'une étape parmi d'autres au sein d'une gigantesque entreprise de lutte contre les familles homoparentales en particulier... et contre les personnes LGBT+ en général.

Newsletters

La redéfinition du mot «transphobe» étouffe-t-elle le débat?

La redéfinition du mot «transphobe» étouffe-t-elle le débat?

Le sens du mot a été tellement élargi que de nombreuses personnes trans sont maintenant considérées comme transphobes.

Pourquoi des interprètes hétéros continuent à jouer des personnages LGBT+

Pourquoi des interprètes hétéros continuent à jouer des personnages LGBT+

Cet hiver cinématographique ne manquera pas de romances gays et lesbiennes. Mais le fait que la plupart des personnages soient joués par des hétéros fait sérieusement tiquer les personnes concernées.

«Détester les hommes», le nouveau cool de l'édition féministe?

«Détester les hommes», le nouveau cool de l'édition féministe?

Dans cet épisode de Poire et Cahuètes, on se penche sur deux livres de la rentrée qui ont fait beaucoup parler: Moi les hommes, je les déteste, de l'écrivaine et féministe Pauline Harmange (Éditions du Seuil), et Le Génie lesbien, de la...

Newsletters