Société

Nos animaux domestiques survivraient-ils à la disparition de l'espèce humaine?

Temps de lecture : 2 min

Domestiquées depuis des millénaires, certaines espèces pourraient ne pas retrouver leurs instincts sauvages.

Certains chiens sont quand même très (très) loin du loup. | Ashleigh Robertson via Unsplash
Certains chiens sont quand même très (très) loin du loup. | Ashleigh Robertson via Unsplash

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Sera-t-il facile pour les chiens et chats domestiqués de retrouver leurs instincts sauvages lorsque les humains auront disparu de la Terre ou mourront-ils de faim ?»

La réponse de Simon Labrunie:

Ça ne ferait aucune difficulté pour les chats. Les villes et les campagnes du monde entier sont pleines de chats harets, c'est-à-dire domestiques retournés à l'état sauvage (ou dont les ancêtres l'ont fait), à ne pas confondre avec les véritables chats sauvages (en particulier le chat sauvage européen ou chat forestier, animal assez rare, très méfiant envers l'homme et qui le fuit).

Un chat forestier. | Abujoy via Wikicommons

Il est bien possible que le chat domestique ait conclu, il y a des milliers d'années, une association avec l'homme, plutôt que d'avoir été choisi par lui comme le chien. Il a conservé la force de son instinct et sa vivacité de chasseur: les chats domestiques les mieux nourris attrapent des souris, même s'ils ne les mangent pas.

Vu leur taille, les chats seraient la proie de grands prédateurs qui ne manqueraient pas de revenir après la disparition de l'être humain. Mais ils sont très prolifiques, et en grimpant aux arbres ils sont à l'abri de la plupart des prédateurs, à l'exception des grands félins (selon les continents: lynx, pumas, jaguars…) et des ours (ces derniers sont assez peu carnivores, d'ailleurs).

Concurrence écologique

Je suis globalement moins optimiste pour les chiens. Non seulement leur domestication est plus ancienne, mais dans la plupart des races elle a consisté à sélectionner les individus qui avaient le moins de caractères de leur ancêtre sauvage, le loup. Dans beaucoup de races, on a inhibé l'instinct de chasse. Même les races les plus lupines (berger allemand, husky…) ont un cerveau qui porte la marque de vingt millénaires de domesticité. Elles sont moins intelligentes que les loups et ne résisteraient probablement pas à leur concurrence écologique –elles pourraient toutefois s'hybrider avec les loups avant de disparaître en tant que telles.

Quant aux races petites et moyennes, elles seraient en concurrence avec les renards, les coyotes, les chacals, les félins (y compris, pour les plus petites, les chats ex-domestiques) etc., et là encore il n'est pas sûr qu'elles en sortent gagnantes.

Sans doute, le résultat dépendra des nouvelles conditions écologiques résultant de la disparition de l'homme, et qui devraient varier selon les continents. Il est tout à fait possible qu'une population de chiens harets descendants de chiens domestiques subsiste quelque part sur terre. C'est même sûr, car il y en a déjà une, les dingos australiens. Mais il ne faut pas oublier que ceux-ci ont bénéficié de circonstances assez exceptionnelles: la concurrence était surtout faite de marsupiaux, animaux plutôt mous du genou; et à l'époque où les Aborigènes les ont apportés en Australie, ils n'avaient que quelques millénaires de domestication et étaient probablement bien moins transformés et dépendants de l'homme que la plupart des races modernes.

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