Santé / Sports

Le golf connaît un regain d'intérêt grâce à la crise sanitaire

Temps de lecture : 5 min

Activité de plein air, le golf profite pleinement des contraintes sanitaires actuelles pour mener son offensive et séduire un nouveau public.

Le golf cherche son nouveau public. | Mike Ehrmann / Getty Images North America / AFP
Le golf cherche son nouveau public. | Mike Ehrmann / Getty Images North America / AFP

«Changez d'air», «le golf c'est une passion pour la vie, dans la nature, en famille, avec ses amis»… Quasiment tous les jours, les messages publicitaires en faveur du golf affluent dans le journal L'Équipe, en opposition aux salles de sport, de nouveau fermées depuis la remontée du virus. La Fédération française de golf, qui vient de lancer sa nouvelle campagne de publicité, a bien compris l'enjeu de la période actuelle.

«On ne peut se satisfaire des nouvelles contraintes imposées, c'est la première chose qui vous vient forcément à l'esprit», se défend Christophe Muniesa, directeur général de la Fédération française de golf (FFGolf). «Mais le réflexe a rapidement été de produire un protocole sanitaire. Il fallait que l'on tire notre épingle du jeu. On est présents dans tous les territoires, avec sept-cent clubs en France, et cent petits équipements, des petites structures dans les centres-villes… Avec l'un des rares sports autorisés (sur le plan sanitaire), pour ceux qui ont eu un jour envie de s'y mettre, cela a clairement été le bon moment», affirme-t-il.

En fait, l'offensive ne date pas du confinement, mais avait déjà démarré il y a quelques années, notamment avec la célèbre Ryder Cup, la plus grande compétition de golf au monde opposant les Européens aux Américains, qui avait eu lieu en France en 2018, à Saint-Quentin en Yvelines. Le secteur avait alors profité de cet énorme coup de projecteur pour convertir le plus de Français·es au golf et rendre ce sport plus accessible.

C'est à Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille ou Marseille intra-muros, qu'ont été créés ces cent nouveaux équipements, de tout petits parcours accompagnés de practices et d'aires d'entraînement, sur des terrains allant de cinq à dix hectares.

Le coût de construction est encore incertain, entre 500.000 et 1 million d'euros nous dit-on, financés par le privé à 70% via des acteurs déjà présents dans l'écosystème sportif (salles de sport, Décathlon…), et par les collectivités à hauteur de 30%. Une initiative lancée à la fin des années 2000, qui a pleinement servi les intérêts du golf post-confinement.

Retour au jeu et nouveaux profils

Dans les clubs dits classiques, avec un parcours de 18 trous, le retour au jeu avait eu lieu dès le 11 mai: «On a vu, lors du déconfinement, le retour de la quasi-totalité de notre clientèle, tellement heureuse de pouvoir respirer et prendre l'air», avance Romain Hullard, directeur du UGOLF de Bethemont dans les Yvelines.

«Du coup, certains ont tellement joué qu'ils se sont blessés: tendinites, problèmes musculaires au niveau des genoux... On a eu beaucoup de personnes, encore en télétravail ou en chômage partiel, avec des journées à plus de 300 joueurs. Mais à mes yeux, la plus belle histoire du déconfinement, c'est l'un de nos membres, un homme de 67 ans touché par le coronavirus, placé sous assistance respiratoire, qui s'est vu partir et ne s'imaginait jamais pouvoir reprendre le golf. Lors de la réouverture de notre parcours et après douze jours d'hospitalisation, il a été l'un des premiers à vouloir rejouer. Il s'est senti revivre, il était presque au bord des larmes», raconte Hullard.

Dans les différents golfs, de nouveaux et nouvelles joueuses ont eu envie de s'y mettre: une façon de se retrouver en plein air, après avoir été enfermé·es pendant deux mois. «Des personnes ont des amis golfeurs qui leur ont raconté leur sortie de confinement chez nous, puisqu'on faisait partie des rares activités à avoir repris. Ça leur a fait envie. Des gens qui avaient des aprioris sur notre sport sont venus nous voir cet été. Nous sommes en train de remplir notre académie d'adultes, avec une petite particularité: plus de la moitié de non-sportifs et de couples», poursuit Hullard.

Comme si l'enfermement avait réveillé les frustrations et insatisfactions de la vie à deux et provoqué, avec de nouvelles envies, des changements de loisirs, pour mieux s'épanouir dans cette nouvelle vie masquée et pleine d'interdictions.

L'arrivée de golfeurs et golfeuses estivales n'a cependant pas suffi à éponger les fortes conséquences économiques de la crise sanitaire. À Bethemont, club de 750 membres qui avait réalisé un chiffre d'affaires de 340.000 euros en 2019, la sortie du confinement a laissé le club à -50% de chiffre d'affaires. Il finira l'année avec une baisse totale de 10%.

L'image bling-bling du golf désacralisée?

Se mettre au golf par envie et pour répondre aux contraintes de la vie d'aujourd'hui, oui, mais à quel prix? Car les aprioris ont la vie dure. Élitiste, ultra-conservateur, discriminatoire... Que répondre à ces étiquettes collées aux basques de ce sport un temps réservé aux plus riches?

«Il y a une différence entre la perception et la réalité du coût, assure Muniesa de la FFGolf. Le triathlon, le ski, l'équitation coûtent plus cher. Après, il y a un travail de fond à faire pour démontrer que c'est un sport accessible, et détruire toutes ces idées très anciennes. Dans les années 1970, pour entrer dans un club, il fallait passer par des comités d'admission, il était impossible de rentrer sans être coopté.»

«Il y a tant d'éléments pour changer l'image du golf: solliciter l'aide des pouvoirs publics, des entreprises et des médias… Et c'est vrai, il y a une chose que l'on n'a pas réussi à faire autour de la Ryder Cup 2018 en France, c'est sensibiliser des médias grand public, concède Muniesa. France Télévisions avait assez peu couvert l'événement, alors que l'on avait tapé à la porte. À l'époque ministre des Sports, Laura Flessel l'avait demandé à la chaîne du service public. La compétition avait uniquement été diffusée sur Canal+, avec exceptionnellement quelques plages en clair, cela nous avait laissé un goût d'inachevé.»

Aujourd'hui, le virus nous oblige à changer toutes nos habitudes pendant des mois, peut-être des années. Dans cet environnement si spécial, les sports de plein air peuvent servir de bouffées d'oxygène. Comment la pratique sportive peut-elle se réinventer face à la crise sanitaire? Quelle sera la place du golf en France dans dix ans, face au foot et au rugby, ou à d'autres sports de plein air, mais avec contacts? Face au tennis, à la voile, au cyclisme?

Sport individuel le plus pratiqué au monde, le golf est au 6e rang en France, avec 410.000 licencié·es (2 millions de footballeurs et footballeuses, et 900.000 personnes à la Fédération française de tennis). Pour comparaison, en Suède et au Canada, le golf est le sport le plus pratiqué. Il y a vingt ou trente ans, dans l'Hexagone, la très grande majorité des enfants qui jouaient au golf avaient eux-mêmes des parents ou grands-parents golfeurs. Aujourd'hui, dans les académies, ils sont près de la moitié à ne pas avoir ce genre d'antécédents. Le prochain objectif affiché est d'attirer des enfants issu·es de quartiers difficiles et des minorités.

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