Société

Conso, wi-fi... Comment les restaurateurs gèrent les télétravailleurs

Temps de lecture : 4 min

En raison d'appartements minuscules ou de débits internet trop faibles, certaines personnes préfèrent télétravailler à l'extérieur de chez elles.

Où télétravailler lorsqu'on n'est pas bien chez soi? | Alex Kalligas via Unsplash
Où télétravailler lorsqu'on n'est pas bien chez soi? | Alex Kalligas via Unsplash

Après les deux mois de confinement, les Français·es ont pu retrouver quelques-unes de leurs habitudes, et une vie la plus proche possible de la normale –compte-tenu des circonstances. Du moins, côté personnel. Leur vie professionnelle a quant à elle été durablement bouleversée, en particulier pour celles et ceux qui travaillaient dans un bureau.

En effet, beaucoup d'entreprises, satisfaites du télétravail n'ont pas demandé à leurs salarié·es de retourner à 100% au bureau, pour leur plus grand bonheur d'ailleurs. Selon une étude menée par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT), 87% des répondant·es ont estimé disposer d'un équipement numérique suffisant, et 78% ont estimé avoir la possibilité d'adapter leurs horaires pour répondre à des contraintes personnelles.

Mais un autre chiffre laisse penser que travailler de chez soi n'est pas toujours une partie de plaisir: près d'un tiers des personnes interrogées ont également déclaré ne pas avoir un environnement de travail adapté. Ces dernières ont donc dû trouver des solutions pour continuer de travailler à distance, mais en dehors de chez elles.

Travailler au café

Certaines personnes ont donc fait le choix d'allier l'utile à l'agréable, en investissant les terrasses de cafés et de restaurants, pour travailler tout en profitant du beau temps estival –ou de l'air frais, selon la période. C'est notamment le cas de Nina, enquêtrice dans l'audiovisuel:

«Avec les mesures sanitaires, le télétravail deux fois par semaine a été mis en place dans ma société, nous explique-t-elle. Je vis en appartement. Les matinées chez moi passent assez vite, mais l'après-midi j'aime me préparer comme si j'allais au travail: ça me donne un rythme et de la motivation pour le reste de la journée. Ça me permet de me dégourdir les jambes pour me rendre dans le lieu que j'ai choisi, et de profiter de ce nouvel espace.»

Même son de cloche chez Amélie*, acheteuse pour un site de e-commerce: «J'aime travailler à l'extérieur plutôt que chez moi pour deux raisons. La première, c'est que mon appartement est petit. J'en fait rapidement le tour, et je n'ai pas d'espace de travail dédié, ce qui est compliqué quand il faut séparer vie privée et professionnelle. Ensuite, parce que j'ai des voisins plutôt bruyants. Entre ceux qui gardent des enfants et ceux qui font de la musique électronique, c'est parfois difficile de se concentrer, et de participer à des réunions par webcam.»

Jonathan, qui dirige une agence de relations publiques de quatre personnes, a opté pour du télétravail complet depuis le déconfinement: «Cela peut parfois générer un manque de cohésion, qui fait que nous travaillons très régulièrement dans des cafés et des restaurants. L'avantage de ces lieux, c'est clairement l'émulation qui en ressort.»

De nouvelles habitudes

En règle générale, ces nouveaux travailleurs de terrasses sont plutôt bien accueillis par les gérants de cafés ou restaurants où ils s'installent. «Je n'ai jamais fait face à des personnes qui refusaient que je m'installe. En revanche, quand le service du midi approche, je quitte le lieu pour laisser de la place à ceux qui viennent déjeuner», nous confie Nina.

Pour ce qui est de la consommation minimale, Amélie nous explique qu'il n'y a pas vraiment de règle: «Je consomme toujours une boisson chaude, et parfois une pâtisserie. Personne ne m'a jamais rien dit, alors que je peux parfois rester à la même place pendant trois à quatre heures. Le télétravail va prendre une place de plus en plus grande dans nos vies, et je pense que les cafés, terrasses et restaurants vont devenir les nouveaux lieux de rencontre pour les rendez-vous, les réunions ou les groupes de travail en petit comité.»

Jonathan, lui, nous explique qu'il «joue le jeu»: «Je prends en moyenne deux consommations, sans compter le déjeuner et les éventuels rendez-vous que nous faisons sur place.»

Des restaurateurs conciliants

Comment les établissements, qui n'ont au départ pas vocation à accueillir ces télétravailleurs et télétravailleuses nomades, gèrent-ils cette clientèle? Ils sont nombreux à offrir un accès au wi-fi illimité et n'imposent pas de consommation minimale.

«Vous pouvez tout à fait vous installer en terrasse, seul ou à plusieurs. Tout va dépendre de la place que l'on a. C'est exactement la même chose à l'heure du déjeuner: on ne voit pas d'inconvénient à ce que vous restiez, pour continuer à travailler, tout en consommant votre boisson», nous explique-t-on dans un restaurant du XVIIIe arrondissement parisien.

D'autres sont un poil moins souples, et préfèrent éviter les personnes en télétravail à l'heure du déjeuner: «C'est un peu compliqué de venir à l'heure du déjeuner, puisque ce sont les clients qui vont régler un repas complet que nous allons privilégier», nuance le gérant d'un établissement situé dans le XIVe arrondissement.

Depuis le déconfinement, les professionnel·les de la restauration n'ont cependant pas vraiment changé leurs habitudes. En effet, beaucoup disent ne pas avoir remarqué une augmentation particulière de la clientèle en télétravail.

Sale temps pour les espaces de coworking

Les télétravailleurs et télétravailleuses ne préfèrent-elles pas s'installer à la journée dans des espaces dédiés au coworking, où il est possible de payer à l'heure, à la journée ou à la demi-journée, selon les endroits, pour éviter d'être dérangées tout au long de la journée?

Pour chercher à le savoir, nous avons contacté l'un des établissements d'Anticafé, une chaîne qui a installé plusieurs cafés dans différentes villes de France. «Pour être honnête, on a presque moins de monde qu'avant le déconfinement», nous indique, timidement, un employé parisien de la chaîne.

D'autres recherches, par exemple les calendriers de réservation que l'on trouve en ligne, permettent de se rendre compte que les espaces de coworking sont loin d'afficher complets.

Compliqué, donc, de savoir où vont celles et ceux qui, ne souhaitant pas passer la journée dans un studio ou un petit appartement étroit, choisissent l'option de télétravail en extérieur. En tous cas, à Paris et en petite couronne, les cafés et les bars ne seront plus un lieu de refuge: pendant quinze jours ils resteront fermés en raison des nouvelles mesures de restrictions liées au Covid-19.

Newsletters

On ne vit pas si mal avec un masque, on en deviendrait même à l'aise

On ne vit pas si mal avec un masque, on en deviendrait même à l'aise

Nous vivons sous le regard des autres. Avec le port généralisé du masque, qu'est-ce qui change dans nos interactions sociales?

«Il disait qu'il me rendrait mon argent»

«Il disait qu'il me rendrait mon argent»

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Déborah, à qui l'homme qu'elle aimait a volé d'importantes sommes d'argent.

Ne parlez plus jamais de «pensions alimentaires»

Ne parlez plus jamais de «pensions alimentaires»

«Violences économiques». Le terme est apparu dans les médias en 2018, avec les manifestations des «gilets jaunes». Il désigne un phénomène lié au couple désormais bien connu dont il faut prendre conscience: de même qu'on ne doit pas accepter les...

Newsletters