Société

Ils sont tous devenus fous à Marseille ou quoi?

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Dans la cité phocéenne, les réactions suscitées par les mesures gouvernementales dénotent une détérioration de la vie démocratique.

Des propriétaires de bars et restaurants manifestent à Marseille, le 25 septembre 2020. | Nicolas Tucat / AFP
Des propriétaires de bars et restaurants manifestent à Marseille, le 25 septembre 2020. | Nicolas Tucat / AFP

Ils carburent à quoi les Marseillais au juste? Au Pastis sous intraveineuse? Au Mistral version Autant en emporte le vent? À l'hydroxychloroquine par paquets de douze? Il fallait les voir l'autre soir quand furent annoncées les mesures visant à lutter contre le coronavirus. On eût dit un régiment de parachutes sous acide. Une vraie bouillabaisse populiste où les politicards de tous bords s'en sont donné à cœur joie, unanimes à dénoncer le diktat des élites parisiennes coupables de vouloir punir les habitants de la cité phocéenne.

Mais punir de quoi?!!! De la victoire de l'OM sur le PSG? De la popularité du docteur Raoult? Du bon air de la Canebière? L'exercice d'un mandat électoral exige avant tout du sang-froid, de la maîtrise et de la pondération. Et non des glapissements de volaille à l'heure de la saignée. Faut-il vraiment avoir dit adieu à l'intelligence pour hurler aux loups de la sorte? Et doit-on s'habituer à vivre sous le règne de l'énervement outragé quand à chaque décision adoptée, on s'imagine être victime d'un complot généralisé?

Que les propriétaires de bars ou de salles de sport s'émeuvent de devoir fermer leur établissement, on le comprend aisément. On pensait être sorti d'affaire et voilà que le coronavirus nous rappelle à son triste souvenir. Quoi de plus humain que d'en ressentir une certaine forme d'amertume surtout quand on se sait être de tout l'hexagone les seuls à subir pareille infortune? Parfois, il est des violences verbales qui s'excusent. Mais les élus, quelle mouche les a piqués pour sortir ainsi de leurs gonds?

On présume que si le gouvernement en est venu à adopter de telles restrictions, c'est que la situation sanitaire, à leurs yeux, le commandait. Sinon quoi? Il y aurait au ministère de la Santé des hordes barbares qui auraient juré de plonger Marseille dans le chaos dans le seul but d'assouvir une vengeance née des positions pour le moins baroques du docteur Raoult lequel entretient avec le principe de réalité des relations dont on peut dire qu'elles sont équivoques voire même parfois grand-guignolesques?

Il est fort possible que le gouvernement se trompe quand il impose de telles mesures mais de là à lui prêter des intentions malveillantes, c'est verser dans le populisme de bas-étage, cette aberration mentale qui consiste désormais à voir le mal partout quitte à lui prêter des origines complotistes. Un divorce complet avec le discours de raison remplacé par une apoplexie langagière où l'on se complaît à s'imaginer un destin de martyrs.

Quand comprendra-t-on que ce genre de rhétorique est mortifère pour la démocratie? Que de la pratiquer sans raison sape les fondements même de la République, du vivre ensemble, de la nécessaire cohésion nationale sans laquelle tout pays finit par se disloquer, vaincu par des luttes fratricides où chacun se méfie de son voisin, de ses amis, de ses parents pour finir par douter de tout, à commencer de soi-même?

Folie de l'époque qui remplace la science par des commérages de cage d'escalier et où les plateaux de télévision se transforment en immense agora envahie de quelques bonimenteurs professionnels qui y viennent fanfaronner avant de parachever leur œuvre sur leur fil Twitter. Un délitement de la raison magnifié par un personnel politique qui au lieu de hisser leurs administrés vers le haut exaltent chez eux leur rancœur et leur petitesse, cette exaltation de la persécution, unique refuge à leurs espoirs déchus.

Décidément, les Marseillais méritaient mieux que ces vociférations inopportunes.

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