Culture

La conservation des œuvres contemporaines

Temps de lecture : 2 min

Ou quand le métier de conservateur et conservatrice de musée évolue.

Miami Beach, Etats-Unis, les visiteurs et visiteuses posent devant l'oeuvre de Maurizio Cattelan, décembre 2019 | Cindy Ord / Getty Images via AFP
Miami Beach, Etats-Unis, les visiteurs et visiteuses posent devant l'oeuvre de Maurizio Cattelan, décembre 2019 | Cindy Ord / Getty Images via AFP

Comme le dit si bien Graham Bowley dans le New York Times: «C’est une banane. C’est de l’art. Et maintenant c’est le problème du Guggenheim.» L’œuvre de Maurizio Cattelan, Comedian, qui consiste en une banane scotchée sur un mur, demande au musée un entretien particulier comme toutes les œuvres éphémères en vogue dans l'art contemporain.

L'œuvre Comedian a particulièrement fait réagir en étant vendue à Miami en 2019 trois fois, au prix de 120.000 dollars chacune (plus de 100.000 euros), pour -rappelons-le- une banane scotchée à un mur. L'une des trois a été cédée anonymement au musée Guggenheim de New York qui en a maintenant la responsabilité. En réalité, raconte le journaliste, l’œuvre vendue ne contient ni banane ni ruban adhésif mais un «certificat d’authenticité»: une liste de 14 pages avec des instructions très précises et des schémas pour expliquer de quelle manière la banane doit être présentée.

Quand est-ce que la banane doit être changée? Tous les 7 à 10 jours. Où l’accrocher? À 175 cm au-dessus du sol. Une mission qui ne semble pas perturber la conservatrice du musée, Lena Stringari: «C’est juste du scotch et une banane. De tous les travaux auxquels je suis confrontée, c’est finalement l’un des plus simples.»

Si Comedian de Maurizio Cattelan a eu un écho particulièrement fort, elle est loin d’être la seule œuvre du genre. L’artiste mexicain Damián Ortega propose une sculpture entièrement constituée de tortilla, Kader Attia, une reproduction d’une ville algérienne à l’échelle en semoule à couscous. Pour conserver cette dernière, il faut donc préparer une semoule particulière, refaire régulièrement la structure et nettoyer les grains éparpillés.

En plus de la nourriture, certaines œuvres censées être pérennes utilisent des logiciels qui un jour cessent de fonctionner, un type de matériau qui n’est plus vendu… Au New York Times, Melissa Chiu, conservatrice d’un musée spécialisé dans ce type d’œuvre contemporaine explique: «Si vous pensez l’art comme une idée, son matériau est secondaire et ce n’est pas grave s’il ne dure pas.»

C’est aussi une question de contexte, l’œuvre Apple de Yoko Ono -une pomme sur piédestal- n’a aucun intérêt si les objets sont séparés. La pomme peut donc être volée sans que l’œuvre perde en valeur puisqu’elle est de toute façon régulièrement changée.

Cette année, un autre musée américain a accueilli une exposition utilisant une quarantaine de fruits et légumes présentée comme des sculptures sur des piédestal en bois et achetés au marché local. Avant qu’ils ne perdent de leur fraicheur, ils étaient lavés, coupés et offerts aux visiteurs et visiteuses en salade, puis remplacés. L’intérêt? S’étonner de la beauté du vivant, admirer la nature avec autant d’intensité qu’une sculpture de Rodin.

Darren Bader, son auteur, était allé encore plus loin en 2012: Lasagna on heroin présentait une part de lasagnes dans laquelle il avait injecté de l’héroïne. Pour les lasagnes, la conservatrice allait à l’épicerie du coin mais pour l’héroïne, il fallut se fournir chez un dealer et procéder à l’injection. De plus en plus, les tâches des conservateurs et conservatrices incluent finalement beaucoup d'allers-retours à épicerie.

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