Société

Les pétitions en ligne, ce fléau des temps modernes

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] De nos jours à chaque fois que l'on se sent l'envie de pousser une gueulante, on en partage une sur le net.

Par principe, je ne les signe jamais. |  Jonathan Rolande via Flickr
Par principe, je ne les signe jamais. |  Jonathan Rolande via Flickr

Qui n'a jamais reçu dans sa boîte mail ou sur sa page Facebook une de ces annonces vous suppliant de signer là, maintenant de suite, une pétition sur tous les sujets possibles et imaginables: la libération de Toto, le perroquet de tante Jacqueline détenu en toute illégalité par les autorités indonésiennes. Le droit pour les nudistes de voter à poil le jour des élections. Le rétablissement de la peine de mort pour les vendeurs de fleurs qui saccagent les bocages normands. La création d'une haute autorité sur les problèmes hémorroïdaires qui empoisonnent la vie des Français.

Quand ce n'est pas le souhait tout personnel de voir Gérard se laisser pousser la moustache.

Tout y passe: de la création d'une nouvelle école à la dénonciation d'une injustice en passant par les mille et une causes dont chacun comprendra l'impérieuse nécessité de la soutenir. C'est ainsi que de nos jours à chaque fois que l'on se sent l'envie de pousser une petite gueulante, au lieu de hurler sur les enfants ou de secouer son chien ou les deux à la fois, on sort de sa poche une pétition et attention Messieurs les puissants, Mesdames les décisionnaires, fini de plaisanter, le vent de l'histoire est en train de tourner.

Auparavant, pour se faire entendre, de son bureau, on tirait son plus beau papier et d'une écriture soignée, en des termes plus ou moins circonstanciés, on se permettait d'attirer l'attention de Monsieur le maire sur les travaux de voirie de l'avenue Jean-Jaurès «qui provoquent un tel vacarme qu'on est obligé d'augmenter le son du téléviseur pour entendre le journal de Jean-Pierre Pernaut et encore, parfois même cela ne suffit pas, et on doit se contenter des images pour comprendre de quoi il en retourne».

Aujourd'hui fini ces blablas. En trois clics, et sans rien débourser, on sort direct la bombe atomique, la putain de pétition qui envoie du lourd, du très lourd même. «Halte aux travaux de l'avenue Jean Jaurès!» Et voilà, qui m'aime me signe. Moi par principe, je ne signe jamais. Jamais. Un principe de vie et de précaution où la finalité suprême est d'être le moins emmerdé possible. Donc, vous êtes gentil avec votre pétition, mais ce sera sans moi.

Je suis anti pétitionnaire dans l'âme. D'ailleurs je ne les lis jamais, convaincu de leur parfaite inutilité voire de leur supercherie. À qui fera-t-on croire que quelques signatures apposées à la suite d'une pétition ont déjà occasionné un quelconque changement de cap? Pétitionner, c'est reconnaître sa défaite et admettre son impuissance. Certes on jouit de voir son indignation ainsi étalée au grand jour mais pour quel résultat si ce n'est quelques accommodements rapiécés que les décideurs jetteront à l'opinion comme un signe d'apaisement avant de tranquillement mener à bien le projet tant décrié?

Les pétitions sont les postillons de la démocratie. Elles donnent l'illusion du pouvoir mais débouchent immanquablement sur des déconvenues. Parfois on les signe même sans savoir de quoi il en retourne, par amitié ou désœuvrement. Le temps d'un instant, on se sent important, et puis l'euphorie retombée, on reste seul avec son indignation comme ces malheureux dans la rue qui vous interpellent d'une voix sonore, et qui défaits, restent là dans leur coin à maugréer quelques insultes ou à pleurer sur leur infortune.

Pourtant devant les injustices qui nous révoltent, il nous faut bien entreprendre quelque chose, sinon à quoi bon vivre? C'est peut-être le seul aspect positif de la pétition, elle redonne de la dignité aux gens, un brin d'espoir, une soupape à cette colère qui sans elle se retourne sur elle-même, grignotant l'âme de relents amers. Soudain, on se trouve des milliers et dans cette ivresse qui monte à la tête, on se voit déjà triomphant, déjà vainqueur, déjà sur le podium.

Et puis le temps passe, les appuis hier enthousiastes vous abandonnent, ils se sont égarés vers d'autres combats. Vous voilà seul. Bientôt l'écho de votre colère disparaît. Vous étiez à la tête d'une armée de fantômes qui en fait –vous vous en rendez compte trop tard– n'ont jamais vraiment existé. Votre combat n'est pas le leur, il ne le sera jamais et dans cette amertume qui vous saisit tout entier, c'est aussi un peu sur vous-même que vous pleurez.

Non, les pétitions ne servent à rien si ce n'est à se donner de faux espoirs.

Ceci dit, le premier qui en lance une sur le thème: «Débarrassez Slate de ce crétin de Stabilovitsch», je la signe sur-le champ.

Au boulot, bande de doux rêveurs!

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