Economie

L'euro disparaîtra comme l'Union latine, il y a 93 ans

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 05.04.2010 à 9 h 53

Il y a 93 ans, les Européens renonçaient déjà à une Union monétaire. Le destin de la monnaie unique sera le même si chaque pays suit son propre intérêt égoïste.

Les élections régionales françaises et italiennes sont passées. Vivement le 9 mai, afin que les élections allemandes soient elles aussi terminées. Cela permettra peut être à l'Europe de recommencer à penser à un avenir commun... Peut être faudrait-il d'ailleurs coordonner les calendriers électoraux des 27 afin d'éviter que les attaques de nationalisme durent trop longtemps...

Il faut aussi espérer que la Grèce pourra tenir jusque là, malgré ses très urgents besoins de refinancement de son énorme dette publique: elle doit emprunter 16 milliards d'euros d'ici à la fin mai. Si ce n'est pas le cas, où ira l'Union européenne et sa création principale, l'euro? Peut être faut-il rappeler l'histoire de l'Union latine, préfiguration de l'Union européenne. Cette union monétaire a vu le jour le 23 décembre 1865 entre la France, la Suisse, l'Italie et la Belgique. C'était, pensait le ministre des Finances de Napoléon III, Félix Esquirou de Pardieu, le «prélude aux fédérations pacifiques du futur». Cette convention monétaire posait que les monnaies de ces pays contiendraient toutes le même poids d'or, sur le modèle du Napoléon (5,801 gramme d'or) créé sous le Premier Empire avec l'ambition qu'il ait cours dans toute l'Europe - ou d'argent . Ces monnaies gardaient chacune leur nom, franc français, franc suisse... mais pouvaient circuler en toute liberté dans ces pays et permettaient d'y acquitter des achats, ayant le même cours. Autre caractéristique de l'Union latine, les pays membres pouvaient s'en retirer à volonté.

En fait, ce fut un immense succès et ce sont les adhésions qui affluèrent. A commencer, ironie du sort, par celle de la Grèce, en 1868. Suivirent 25 autres pays, de la Finlande à l'Argentine et à la Russie, sans compter les pays qui, sans être membres de l'Union, avaient adopté le même poids d'or dans leur monnaie... Les seuls réfractaires furent la Grande- Bretagne, l'Allemagne et les Etats-Unis, qui avaient pourtant, un temps, étudié leur entrée dans l'Union latine. Las, la guerre franco allemande de 1870 et la défaite française à Sedan coupèrent court à ce projet.

Malgré tout, l'Union latine allait vivre encore longtemps, puisqu'elle parvint même à survivre à la guerre de 1914- 1918. Certes, l'élan était tombé. Mais ce fut surtout la découverte d'énormes gisements d'argent qui furent fatale à l'Union latine. Le bi- métallisme subit de dangereux déséquilibres lorsque furent découverts d'énormes gisements d'argent, notamment en Alaska. Après quelques années, en 1876, la France annonce la fin de la frappe de pièces en argent. Le reste de l'Union latine y renonce en 1878.

Après la première guerre mondiale, ce sont les endettements consécutifs au conflit, la non convertibilité en or des monnaies et leur dévaluation massive qui ont précipité la fin de l'Union. Celle-ci est formellement dissoute le 1er janvier 1927. Elle aura tout de même résisté plus de soixante ans à des chocs économiques pratiquement sans précédent -dont le décollage des Etats-Unis - et à une guerre meurtrière. L'euro peut- il aujourd'hui prétendre faire mieux? Si chaque état-membre de l'Union veut jouer sa seule partition, l'Union monétaire européenne finira comme la précédente tentative.

Marie-Laure Cittanova

LIRE EGALEMENT SUR LA CRISE DE L'EURO: Quand l'Europe est en panne, l'euro est attaqué, La Grèce entre en cellule de dégrisement et Grèce: le FMI dans la bergerie européenne.

Image de Une: Euro destruction / Makusram via FlickrCC


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