Sports

Le Tour de France est-il vraiment polluant?

Temps de lecture : 4 min

La compétition, loin de faire la part belle à un usage populaire du vélo, est devenue le signe d'un capitalisme dérégulé et égoïste.

Les cyclistes lors de la 12ème étape du Tour de France, entre Chauvigny et Sarran, le 10 septembre 2020. | Anne-Christine Poujoulat / AFP
Les cyclistes lors de la 12ème étape du Tour de France, entre Chauvigny et Sarran, le 10 septembre 2020. | Anne-Christine Poujoulat / AFP

Alors que la 107e édition du Tour de France a débuté le 29 août dernier, après avoir été décalée en raison de l'épidémie de Covid-19, le maire de Lyon, l'écologiste Grégory Doucet, a fait parler de lui dans la presse locale en se déclarant opposé à un tel événement, qu'il a qualifié de «polluant et machiste».

Selon lui, la célébrissime course cycliste ne ferait pas d'effort en faveur de l'environnement, et alimenterait au contraire une gabegie mercantile et productiviste. Sont notamment mises en cause les tonnes de déchets produits et déversés lors des vingt-et-une étapes du Tour par la caravane, immense totem du capitalisme moderne, marqueur du consumérisme à outrance et de la consommation de masse, secondée par les déplacements de tous les staffs et supporters.

De surcroît, alors que le Tour de France féminin a été abandonné 2009 faute d'audiences, les personnes à la tête de l'organisation ne feraient aucun effort pour favoriser l'intégration et la médiatisation d'une élite féminine. Rien pour les femmes, rien pour l'environnement, rien pour la planète, mais tout pour les hommes: la Grande Boucle serait donc polluante et machiste.

341.000 tonnes d'empreinte carbone

Le Tour, au même titre que de nombreuses compétitions sportives internationales, pollue. Ce constat est une évidence, et on ne saurait reprocher à Grégory Doucet de le faire. Selon une étude parue en 2013, chaque édition du Tour présenterait une empreinte carbone de 341.000 tonnes.

Certes, ce bilan est bien loin de la Coupe du monde de football ou des Jeux olympiques, qui avec leurs importants travaux, leurs lourds investissements et leurs afflux massifs de populations, enregistrent une empreinte carbone de plusieurs millions de tonnes. Mais cela reste considérable.

Il faut bien comprendre que le Tour, bien qu'il fasse la part belle au vélo, moyen de locomotion non-polluant et idolâtré des écologistes, pâtit de sa popularité et de son modèle économique. Entre 10 et 12 millions de spectateurs et de spectatrices se rassemblent chaque année le long des routes –c'était du moins le cas jusqu'à ce qu'une pandémie mondiale n'impose des restrictions sanitaires–, et se déplacent le plus souvent en voiture, consommant abondement sur place, et laissant une trace impérissable sur l'environnement.

Cette foule attirant de très nombreux sponsors, la fameuse caravane du Tour répand sur son chemin long de 3.483 kilomètres une multitude de cadeaux publicitaires et de goodies, récupérés et collectionnés par les fans. On estime, chaque année, que 18 millions d'objets sont ainsi distribués, offerts et jetés. La plupart du temps, ils sont fabriqués en Chine et importés jusqu'en France, sous un emballage plastique, polluant et non-biodégradable.

Avalanche de goodies et mascottes en plastique

Dans une tribune publiée en juin 2019, une soixantaine de député·es, associés à six ONG, critiquaient déjà «la distribution d'une avalanche de produits en plastique, qui viendront bien vite encombrer les décharges ou polluer les océans».

«[Chaque année], des millions de goodies sont distribués et jetés dans la nature! De pitoyables breloques en plastique fabriquées en Chine, trop souvent sous blisters, terrifiants emballages en plastiques inutiles», dénonçaient les signataires.

Depuis, les gestionnaires du Tour se sont engagé·es à nettoyer derrière la caravane à chaque passage, afin de récolter les déchets, qu'ils viennent du public ou des cyclistes eux-mêmes. Il n'empêche: ces goodies, même ramassés, restent produits, et donc marqués environnementalement. Et rien ne semble indiquer que cela changera.

Une part importante de l'économie du Tour de France, détenue par un organisateur privé, ASO, provient de ces ressources de marketing et de sponsoring. Cette part représente 37,5 millions d'euros des 150 millions d'euros de chiffre d'affaires générés chaque saison, soit 25%. Y renoncer reviendrait aussi à altérer durablement l'organisation de la compétition. C'est le cœur même de son fonctionnement, son histoire et sa manière d'être.

Le Tour de France ne favoriserait pas l'usage du vélo

L'autre point critique du Tour de France est l'image renvoyée par le vélo. Les partisan·es les plus convaincu·es de la bicyclette voudraient l'imposer au quotidien, afin qu'elle devienne une alternative évidente à la voiture polluante. Seulement, selon différentes associations d'usagèr·es à vélo, le Tour ne favoriserait pas du tout cela, bien au contraire.

La Grande Boucle défend l'idée de compétition, éventuellement de loisir; pas de déplacement ou d'usage régulier. Dit autrement, soutenir le Tour, ça n'est pas soutenir le vélo, et inversement. D'ailleurs, malgré son immense succès, depuis plus d'un siècle, seulement 3% des Français·es pratiquent le vélo quotidiennement, notamment pour aller au travail, contre plus de 25% de la population des Pays-Bas, qui peut monter jusqu'à 27% dans certains pays Scandinaves.

Pour Stein Van Oosteren, représentant de l'ambassade des Pays-Bas en France, la raison est essentiellement culturelle: «En France, le vélo n'est pas considéré comme un moyen de déplacement mais comme un loisir. Je vais vous donner un exemple: si vous tapez le mot “cycliste” dans Google ou dans n'importe quel moteur de recherche, vous allez immédiatement voir des images d'homme en lycra, entre 30 et 40 ans, sportifs, en train de faire du vélo de course. Si vous tapez le même mot en néerlandais, vous allez voir des femmes, des hommes, des personnes âgées, des enfants, qui sont en train de se déplacer, d'aller au théâtre, de faire des courses.»

Le Tour de France n'aurait donc absolument pas participé à la démocratisation du vélo et de son usage. Bien au contraire. Il aurait plutôt renforcé la distinction et l'idée que le cyclisme était avant tout un sport, masculin, risqué et dangereux, à l'esprit de compétition, défendant l'individualisme: en somme, tout l'inverse de l'esprit défendu par les écologistes.

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