Santé / Monde

L'ingérence politique de Trump met à mal la crédibilité de la FDA

Temps de lecture : 3 min

[TRIBUNE] La Food and Drug Administration est aujourd'hui écartelée entre les pressions politiques du gouvernement Trump et les impératifs scientifiques de la recherche contre le Covid-19.

Le commissaire de la FDA, Stephen M. Hahn, donne une allocution sur l'état des recherches sur le Covid-19 en présence du président Donald Trump, à la Maison-Blanche, à Washington D. C., le 21 avril 2020. | Mandel Ngan / AFP
Le commissaire de la FDA, Stephen M. Hahn, donne une allocution sur l'état des recherches sur le Covid-19 en présence du président Donald Trump, à la Maison-Blanche, à Washington D. C., le 21 avril 2020. | Mandel Ngan / AFP

Les critiques à l'encontre de la Food and Drug Administration (FDA), la célèbre agence américaine qui gère les mises sur le marché des médicaments et des dispositifs médicaux, ne sont pas récentes. On lui a déjà reproché pêle-mêle sa toute puissance et sa bureaucratie, sa perméabilité aux ingérences politiques et aux intérêts particuliers, en pointant du doigt le fait que nombre d'ex-cadres de l'agence avaient été recrutés par des entreprises dont ils et elles avaient géré le dossier. Son action a aussi été mise en cause lors de la crise des opioïdes ou à propos des cigarettes électroniques.

Jamais les critiques n'auront pourtant été aussi vives qu'aujourd'hui. Jamais aussi sans doute l'ingérence politique n'avait été aussi forte. En voici quelques exemples.

Les pressions de la Maison-Blanche

La FDA vient de délivrer une autorisation en urgence de la transfusion de plasma sanguin de personnes guéries du Covid-19 à des patients hospitalisés. Cette autorisation a été délivrée la veille de la Convention républicaine, sur la demande insistante du président Trump, alors que plusieurs hauts responsables de la santé, dont son très respecté conseiller, l'immunologue Anthony S. Fauci, s'étaient demandé si les données étaient suffisantes pour délivrer une telle autorisation. La crédibilité de la FDA sera d'autant plus altérée dans cette affaire que le commissaire de la FDA, l'oncologue Stephen Hahn, justifiera l'autorisation par des données erronées.

Quelques mois auparavant, la FDA avait aussi autorisé l'utilisation d'urgence de la chloroquine et de l'hydroxychloroquine, des antipaludéens souvent vantés par le président américain, avant de révoquer cette autorisation, en raison de graves effets cardiaques indésirables.

Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises qu'un vaccin pourrait être disponible avant le 3 novembre, jour de l'élection présidentielle. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) viennent d'aviser les responsables de la santé publique des cinquante États et des cinq plus grandes villes du pays de se préparer à distribuer un vaccin contre le coronavirus aux personnels de la santé et à d'autres groupes à haut risque dès la fin octobre ou le début novembre.

Les vaccins des sociétés Pfizer et Moderna semblent tenir la corde. Il est probable qu'à cette date, la phase numéro trois des essais cliniques ne sera pas terminée. Les Russes ne seront donc plus les seuls à avoir autorisé un «vaccin» avant la fin des essais!

La politique au mépris de la science

Politiser la science médicale n'est pas sans risques. Cela coûtera des vies aux États-Unis, a mis en garde un groupe de journalistes dans une tribune parue dans le New York Times, le 24 août dernier.

Jamais sans doute un chef d'État, de surcroît sans compétences particulières, ne se sera ingéré à ce point dans des choix médicaux. Le summum a été atteint lorsqu'au cours d'une conférence de presse, Donald Trump suggérera, au grand dam de ses conseillèr·es, pas moins que de faire ingérer de l'eau de javel aux malades du Covid-19.

Qu'il s'agisse d'Angela Merkel ou d'Emmanuel Macron, les dirigeants européens auront fait preuve de plus de retenue en s'abritant derrière les recommandations de leurs experts.

La façon dont la FDA va gérer la question des vaccins sera scrutée à la loupe. L'approbation d'un nouveau vaccin est généralement un processus long et complet, qui requiert un examen méticuleux des données des essais cliniques afin d'examiner si le vaccin est à la fois sûr et efficace. Il faut savoir que le seuil d'approbation des vaccins est généralement plus élevé que pour les médicaments, parce qu'ils seront utilisés chez des millions de personnes qui sont en bonne santé.

Neufs compagnies pharmaceutiques viennent de s'engager à «se tenir aux côtés de la science», et à ne mettre sur le marché un vaccin qu'après que son innocuité et son efficacité ont été soigneusement évaluées. La prudence doit être d'autant plus de mise que le laboratoire Astra Zeneca, que l'on pensait proche de la ligne d'arrivée, vient d'annoncer une pause dans ses essais en raison d'une réaction indésirable grave présumée chez un participant au Royaume-Uni.

Les craintes d'une politisation de la course au vaccin sont pourtant bien réelles, avec le risque de saper un peu plus la confiance de la population dans tout vaccin autorisé. Une aubaine pour les conspirationnistes de tous poils, et surtout un danger pour la santé publique, au moment où la barre des 900.000 morts vient d'être franchie dans le monde!

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