Sciences

L'île de Géorgie du Sud, un trésor de biodiversité

Temps de lecture : 3 min

Pendant la saison de reproduction, d'octobre à décembre, les plages y sont tellement pleines d'animaux sauvages qu'ils semblent tapisser le sable.

Une colonie de couples de manchots royaux sur l'île de Géorgie du Sud. | Pismire via Wikimedia
Une colonie de couples de manchots royaux sur l'île de Géorgie du Sud. | Pismire via Wikimedia

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Quels sont les endroits du monde les plus étonnants en matière de biodiversité?»

La réponse de Claire Heinrich:

L'île de Géorgie du Sud est une île britannique inhospitalière, au relief montagneux et accidenté, qui émerge de l'océan Austral. On n'y trouve pas de résident·es indigènes, très peu de gens y vivent de manière permanente et seuls ceux qui sont vraiment motivés pour faire le voyage y parviennent.

Cet endroit est l'un des plus éloignés du monde, à 4.000 km au nord de l'Antarctique et à 2.700 km à l'est de l'Amérique du Sud. L'océan Austral est l'un des plus rudes au monde, avec des tempêtes qui peuvent rendre malade même le marin le plus endurci.

Bordés par l'océan Atlantique Sud, entre l'Argentine et l'Antarctique, les pics glacés et les herbes de la toundra de l'île de Géorgie du Sud offrent une scène spectaculaire. Bien que l'île en forme de croissant soit juridiquement un territoire britannique d'outre-mer, elle est revendiquée par l'Argentine. Mais elle est tellement lointaine et si difficile d'accès que beaucoup de personnes au Royaume-Uni n'en ont même jamais entendu parler. En l'absence d'aéroport, le seul accès se fait par bateau depuis la Terre de Feu ou les îles Malouines, un voyage d'au moins deux jours et deux nuits à travers certaines des mers les plus agitées du monde.

Mais l'éloignement de l'île de Géorgie du Sud est une vraie bénédiction, car ici, bien loin des êtres humains, la nature est florissante. Elle abrite une biodiversité hors du commun. À tel point que cette oasis proche de l'Antarctique est souvent appelée «Les Galapagos des Pôles».

Néanmoins, l'île n'a pas toujours été cet environnement propice au déploiement de la vie sauvage. Au XIXe et au XXe siècle, elle était avant tout le centre des industries de la chasse à la baleine et au phoque dans l'océan Austral, avec l'installation de Grytviken, la plus grande des sept stations baleinières implantées sur son territoire. Depuis sa fondation en 1904 et pendant plus de soixante ans, des dizaines de milliers de baleines ont été capturées, ramenées à terre et traitées pour en extraire l'huile. Des centaines de milliers de pingouins et de phoques ont également été abattus pour leur huile, leur fourrure et leur viande.

L'église du chasseur de baleines à Grytviken. | Wofratz via Wikimedia

Aujourd'hui, il ne reste plus de cette époque que les carcasses rouillées des grands brûleurs cylindriques de l'ancienne usine de lard, où ce dernier était arraché aux baleines que l'on chauffait pour produire de l'huile.

La nature reprend désormais ses droits et, depuis le départ des êtres humains, l'île se transforme en joyau de biodiversité.

Une oasis pour la vie sauvage

À présent, elle abrite environ 7 millions de manchots de différentes espèces (notamment des manchots à jugulaire), 250.000 albatros, 2 millions d'otaries à fourrure de l'Antarctique et 400.000 éléphants de mer du sud –la moitié de la population mondiale– qui viennent ici chaque année pour se reproduire. Pendant la saison de reproduction, d'octobre à décembre, les plages sont tellement pleines d'animaux sauvages qu'ils semblent tapisser le sable.

Pendant cette période, on pense que l'île abrite la plus grande densité d'animaux sauvages par mètre carré au monde. Il y en a tellement que les les personnes qui la visitent doivent faire preuve de prudence: les otaries à fourrure adultes sont agressives et peuvent infliger de vilaines morsures.

Une famille d'otaries à Salisbury Plain en Géorgie du Sud. | BluesyPete via Wikimedia

Les baleines sont également de retour. Alors que les scientifiques estimaient à 500 la population de baleines à bosse dans tout l'Atlantique Sud-Ouest après qu'elles aient été décimées par la chasse en Géorgie du Sud, les dernières estimations suggèrent qu'il y en a maintenant 25.000 dans l'Atlantique Sud-Ouest, ce qui représente une récupération de plus de 90%. Lors d'une surveillance en février 2020, les chercheurs et chercheuses ont également repéré un nombre étonnant de cinquante-cinq rorquals bleus, une espèce en voie de disparition, contre une seule observation en 2018.

L'île abrite également l'une des plus grandes colonies de manchots royaux au monde, qui peuvent atteindre 500.000 oiseaux. Sur le plus grand site de la baie de St Andrew, environ 150.000 couples reproducteurs reviennent chaque année pour élever leurs poussins. Avec autant d'oiseaux entassés, le bruit et l'odeur sont parfois difficilement supportables!

Dorénavant, hormis les animaux, il n'y a presque plus personne sur le site. La pandémie de Covid l'a frappé à la fin de la saison estivale, et les visites touristiques ont cessé. La plupart des saisonniè·res ont dû rentrer dans leur foyer et il ne reste qu'une petite poignée de personnes isolées du reste du monde dans ce coin de paradis.

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