Monde

Un mois après l'explosion de Beyrouth, des signes de vie repérés sous les décombres

Temps de lecture : 5 min

Une équipe chilienne de secouristes a repéré ce qui pourrait être le corps d'un enfant toujours vivant, enseveli sous un immeuble. L'opération de sauvetage est toujours en cours, et tout le Liban est suspendu à l'espoir d'un miracle.

Des secouristes libanais et chiliens fouillent les décombres d'un bâtiment très endommagé, dans le quartier de Gemmayzeh, à Beyrouth, à la recherche d'un éventuel survivant, un mois après l'explosion du port, le 4 septembre 2020. | Ibrahim Amro / AFP
Des secouristes libanais et chiliens fouillent les décombres d'un bâtiment très endommagé, dans le quartier de Gemmayzeh, à Beyrouth, à la recherche d'un éventuel survivant, un mois après l'explosion du port, le 4 septembre 2020. | Ibrahim Amro / AFP

Un mois après l'explosion du port qui a ravagé Beyrouth et abattu tout le pays, une vague d'espoir a traversé les habitant·es de la ville: jeudi soir, sous les décombres d'un immeuble du quartier de Gemmayzeh, une équipe de secouristes venue du Chili a repéré ce qui semblerait être des battements de cœur.

Alors qu'une opération de sauvetage et de déblayement se poursuit depuis trois jours, c'est comme si Beyrouth avait été projetée un mois en arrière, lorsque la population attendait, minute après minute, heure après heure, les nouvelles de potentiel·les survivant·es.

L'immeuble où viennent d'être détectés les signes d'un·e potentiel·le survivant·e, dans le quartier de Gemmayzeh, à Beyrouth. Photo prise au lendemain de l'explosion du 4 août 2020. | Jennifer el Hage

L'espoir d'un miracle

Depuis plusieurs semaines déjà, des habitant·es du quartier avaient alerté les autorités à propos d'une forte odeur, probablement celle d'un cadavre en décomposition, qui émanait de l'immeuble effondré. Leurs demandes répétées de mener des recherches avaient été ignorées. Il aura fallu qu'une équipe chilienne de secouristes arrive sur place, accompagnée de Flash, un chien de sauvetage, pour qu'une action soit entreprise.

Chaussé de petites bottines rouges censées protéger ses pattes des éclats de verre et des débris, le chien aurait senti l'odeur d'un humain encore présent sous les décombres, chose que des capteurs sembleraient confirmer: il y aurait deux corps piégés sous les débris, dont l'un serait celui d'un enfant encore vivant, ensevelis à plusieurs mètres de profondeur. Jeudi soir, les appareils des secouristes enregistraient un signal de 18 battements de cœur par minute.

«Voici le chien renifleur chilien qui a détecté la présence d'au moins un cadavre et un potentiel survivant sous les décombres d'un bâtiment à moitié effondré à Gemmayzeh, à Beyrouth. D'après l'équipe, ce chien est entraîné à identifier les éventuels survivants humains, et non les animaux de compagnie.» | Luna Safwan, journaliste indépendante.

Aujourd'hui, tout le monde compte sur un miracle, qui a très peu chances de se produire. L'événement est symboliquement très fort, dans la mesure où il survient un mois après l'explosion de Beyrouth, le 4 août 2020, et illustre une nouvelle fois l'incurie du gouvernement libanais, et sa gestion désastreuse de la crise.

Des autorités incompétentes

Le 3 septembre au soir, alors que les secouristes travaillaient sur le chantier depuis plusieurs heures, l'armée a annoncé que les recherches devraient être interrompues pendant la nuit et ne reprendre qu'au petit matin, car les autorités étaient dans l'incapacité de fournir une grue. Ce n'est qu'aux alentours de trois heures du matin qu'une grue sécurisée a pu être acheminée sur place, à la suite de la pression populaire et grâce à des activistes de la société civile.

Melissa Fathalla, une des figures très présentes durant les manifestations, a aidé à acheminer une grue pour poursuivre l'opération de sauvetage, tandis que l'armée souhaitait suspendre toute action jusqu'à huit heures du matin. | Tamara Qiblawi, journaliste à CNN International.

Alors que les recherches se poursuivaient vendredi 4 septembre, trois bulldozers sont arrivés sur place. La situation a ravivé les tensions de la veille et suscité les protestations de certains membres de l'équipe de secouriste, assurant que les bulldozers ne pourraient être utilisés en même temps et ne feraient qu'embrouiller le théâtre des opérations. Deux d'entre eux, qui ont fini par repartir, avaient d'ailleurs été envoyés par la municipalité, et arboraient sur leur carrosserie des affiches avec le logo d'Al-Jihad Group for Commerce and Contracting (JCC), une entreprise fortement marquée politiquement, affiliée au Courant du futur, le parti de l'ancien premier ministre Saad Hariri.

«La municipalité de Beyrouth a envoyé deux bulldozers recouverts du logo d'une société contractuelle affiliée politiquement. Ils n'ont pas été utilisés, et n'ont servi qu'à encombrer le théâtre des opérations. Les deux viennent de partir.» | Timour Azhari, correspondant d'Al Jazeera English à Beyrouth.

Depuis un mois, les Libanais·es n'ont cessé de dénoncer l'inaction des autorités et leur absence de soutien dans les opérations de secours, de déblaiement et de reconstruction. Les critiques ont également porté sur des mises en scène de l'armée et de certains partis politiques, diffusant des photos et des clips balais en main, alors même que les autorités s'étaient illustrées par leur passivité au lendemain de l'explosion.

Ce dernier imbroglio ne fait que ressortir le ressentiment et la colère des habitant·es de Beyrouth envers l'ensemble de la classe politique, tenue pour responsable du désastre qui a frappé le pays.

La corruption, le système clientéliste et confessionnaliste ainsi que le népotisme qui réglaient les affaires du pays, apparaissent désormais insupportables pour la population. Depuis la révolution d'octobre, le Liban a progressivement sombré dans une crise économique sans précédent, à laquelle est venue se greffer la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19, puis l'explosion des 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium qui étaient stockées dans le port depuis sept ans dans des conditions insalubres, malgré des rapports alarmants sur leur dangerosité.

À cette heure, les recherches de l'équipe chilienne se poursuivent toujours. Après avoir perdu le signal du pouls, et fait évacuer la zone à plusieurs reprises afin que les téléphones et les caméras des journalistes et des habitant·es rassemblé·es sur place ne brouillent pas les signaux, les secouristes ont retrouvé un signal de 18 battements par minute.

Le responsable de l'équipe refuse encore de se prononcer sur l'issue, positive ou négative, des recherches, afin de ne pas alimenter de faux espoirs, ou de les enterrer trop tôt. En l'état, le signal pourrait provenir de n'importe quoi. Depuis plus de 48h, le Liban est suspendu à l'espoir d'un miracle; mais depuis un mois, chaque miraculé·e ne fait qu'ajouter à la colère de la population.

***

Mise à jour du 06/09/2020: Dans la nuit de samedi à dimanche, le chef de l'équipe chilienne de secouristes a annoncé qu'après avoir fouillé tout l'immeuble, aucun corps n'avait pu être retrouvé. Après plus de 72 heures de recherches, les secouristes ont évacué la zone.

Newsletters

En Chine, un homme a dû verser 6.300 euros à son ex-femme pour les tâches domestiques effectuées

En Chine, un homme a dû verser 6.300 euros à son ex-femme pour les tâches domestiques effectuées

Depuis le 1er janvier 2021, une loi permet au conjoint qui s'occupe des tâches ménagères et des enfants de demander une compensation financière lors du divorce.

Certains organismes terrestres pourraient survivre sur Mars

Certains organismes terrestres pourraient survivre sur Mars

Les bactéries ont été envoyées dans la stratosphère terrestre, dans des conditions similaires à celles de la planète rouge.

Ce que la damnatio memoriae, cancel culture de la Rome antique, nous dit sur l'après-Trump

Ce que la damnatio memoriae, cancel culture de la Rome antique, nous dit sur l'après-Trump

En souhaitant effacer de l'histoire certaines personnalités, les Romains ont fait tout le contraire. Une leçon à méditer, surtout avec des ex-dirigeants comme Trump.

Newsletters