Société

Ne pas se souvenir des victimes juives de l'Hyper Cacher, c'est les tuer une seconde fois

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Il faut associer dans la mémoire collective ceux tombés à Charlie Hebdo avec ceux assassinés ailleurs.

Hommage aux victimes de l'attentat de l'Hyper Cacher, le 9 janvier 2018 à Paris. | Jacques Demarthon / Pool / AFP
Hommage aux victimes de l'attentat de l'Hyper Cacher, le 9 janvier 2018 à Paris. | Jacques Demarthon / Pool / AFP

Ils n'étaient pas dessinateurs. Ni écrivains, économistes, polémistes ou éditorialistes. Ils n'avaient jamais rien demandé à personne et ne s'immisçaient pas dans le débat public. C'était des citoyens ordinaires, dont le seul tort fut d'être juifs.

Pour cette «faute», ils ont été lâchement abattus par l'un de ces enragés qui semèrent la terreur de Montrouge à Vincennes, en passant par la rédaction de Charlie Hebdo. Comme tant d'autres avant eux, des millions et des millions, ils ont été assassinés parce que juifs.

À l'heure de l'ouverture du procès consacré aux tueries qui endeuillèrent Paris en janvier 2015, il serait bon de ne pas les oublier. Trop souvent, quand des juifs viennent à mourir lors d'épouvantables tragédies, on a comme une certaine tendance à ne pas s'émouvoir outre mesure.

Après tout, que des juifs soient assassinés, au nom de leur croyance ou de leurs traditions, n'est pas à proprement parler une nouveauté. C'est même un bégaiement de l'histoire, qui depuis la nuit des temps se répète de génération en génération et auquel on finit par s'habituer.

Nul doute que s'ils avaient été les seules victimes des agissements des frères Kouachi et autres Coulibaly, les rues de Paris eurent été bien vides à l'heure de saluer leur mémoire. Comme chaque fois en de pareilles occasions, les juifs se seraient retrouvés entre eux. On aurait allumé quelques bougies, des discours de circonstances auraient été tenus –la France sans les juifs, ce n'est plus la France; chaque fois qu'on tue un juif sur le territoire national, c'est la République qu'on assassine–, puis après ces belles paroles, chacun serait retourné chez soi. Le lendemain, la vie de la nation aurait repris son cours, et les juifs seraient restés seuls avec leur peine et leur douleur.

Comme pour les enfants de l'école Ozar Hatorah. Comme pour Mireille Knoll. Comme pour Ilan Halimi. Comme pour toutes les fois où un citoyen français de confession juive est tombé sous les coups d'assaut de la barbarie la plus crasse, de la folie la plus sanguinaire. Dans l'indifférence générale, de celle que l'on réserve d'habitude aux chiens écrasés ou aux accidents domestiques. Comme une fatalité dont nul ne pourrait être tenu responsable. Des juifs ont été assassinés? La belle affaire.

On tue les juifs par inadvertance ou par ennui, parfois par idéologie. À coups d'explosifs ou bien d'une balle en plein cœur. Le dimanche comme le mercredi. Des enfants comme des adultes. Comme cela. Sur un coup de tête. À l'intérieur d'un supermarché ou d'une école. Gratuitement. Sans aucune raison. Pour la simple satisfaction d'avoir débarrassé la terre d'un juif en trop. Parce que Israël. Parce que l'argent. Au nom de la Palestine. Pour le bien de tous. D'ailleurs, pourquoi s'en priverait-on, puisque le monde entier s'en moque?

Un juif qui meurt d'être juif est aussi anodin que l'énoncé d'un plan de licenciement à l'usine du coin ou que la construction d'une nouvelle ligne de TGV. Et encore, de ces derniers, on en entendra parler pendant quelques semaines. Les juifs assassinés eux glissent, silencieux et solitaires, dans leur tombeau de martyrs. Les feuilles qui tombent là les regardent à peine, et dans ce chuchotis de la mort qui s'en vient, c'est toute l'indifférence du monde qui s'abat sur eux.

D'eux, on ne saura jamais rien. Voilà, ils ont vécu et ils sont morts. C'est triste mais c'est ainsi. Ce ne sont ni les premiers ni les derniers. D'autres bientôt les rejoindront. Ainsi va le monde.

Et moi, devant ces silences qui ont la froideur du poignard et la pâleur de leur potence, j'ai envie de crier. Et de pleurer.

L'histoire juive est un cauchemar qui jamais ne s'arrête.

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