Société

Qui succédera au cardinal Barbarin?

Temps de lecture : 7 min

Le diocèse de Lyon attend un pasteur depuis la démission de Mgr Barbarin le 6 mars dernier, à la suite de sa mise en cause pour ses silences sur les agressions sexuelles du père Preynat.

Le cardinal Philippe Barbarin à la cathédrale Saint-Jean de Lyon le 28 juin 2020. | Jeff Pachoud / AFP
Le cardinal Philippe Barbarin à la cathédrale Saint-Jean de Lyon le 28 juin 2020. | Jeff Pachoud / AFP

La rentrée approche et il faut s'attendre à ce qu'un archevêque de Lyon soit nommé dans les toutes prochaines semaines. Le diocèse de Lyon est en attente d'un pasteur depuis la démission du cardinal Barbarin le 6 mars dernier. Certes, un administrateur apostolique a été nommé par le pape François le 24 juin 2019, Mgr Dubost, ex-évêque d'Évry-Corbeil-Essonnes, pour assurer la charge pastorale en lieu et place du cardinal, englué dans les affaires de couverture d'agressions sexuelles. Mais Mgr Dubost est âgé de 78 ans. S'il demeure dynamique, il n'a pas vocation à demeurer à Lyon ad vitam aeternam. Occasion pour nous de faire un tour d'horizon des candidats potentiels à cette charge.

Lyon est un diocèse particulier. Il est le premier fondé en Gaule et eut comme évêque (le deuxième), Irénée (IIe-IIIe siècle), un «Père de l'Église», c'est-à-dire un des premiers théologiens du christianisme, qui se distingua dans la lutte contre les hérésies, mort en martyr (sans doute en 202). C'est pourquoi l'archevêque de Lyon est «primat des Gaules» et, comme tel, c'est une tête de proue de l'Église en France.

Les plus capés

Parmi ceux qui peuvent prétendre à succéder au cardinal Barbarin, citons l'archevêque de Rennes depuis 2007, Mgr d'Ornellas, 67 ans. Formé par le cardinal-archevêque de Paris (1981-2005), Mgr Lustiger, de qui il fut le secrétaire particulier et l'auxiliaire, Pierre d'Ornellas, oncle de Charlotte, est aujourd'hui la voix des évêques de France sur les sujets de bioéthique. Tout dernièrement, il s'est opposé aux lois ouvrant la procréation médicale assistée (PMA) aux couples lesbiens et aux femmes seules, votées par l'Assemblée nationale. Il est, disons-le, celui qui a le vent en poupe pour cette charge. Mais Pierre d'Ornellas est aussi réputé froid, clérical, clivant, peu empathique finalement. Surtout, il a couvert le prêtre breton Gaël Carissan en l'exilant en 2008 dans une communauté de l'Arche après avoir eu connaissance de faits de pédophilie commis par ce prêtre. Cité comme témoin au procès de ce dernier le 17 juin 2019, il avait avancé pour sa défense que l'époque avait changé, que 2008 –année où le P. Carissan fut exilé dans une communauté de l'Arche– n'était pas 2019, alors que la Conférence des évêques de France (CEF) avait adopté dès 2002 un texte encadrant ces problématiques.

Citons également Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers depuis 2012, 61 ans. Il fut l'auxiliaire dans le Poitou de Mgr Rouet, figure réformatrice de l'Église en France. C'est un intellectuel, comme son illustre prédécesseur Hilaire de Poitiers (IVe siècle), un docteur de l'Église qui par ailleurs était marié. Justement, Pascal Wintzer vient d'éditer un ouvrage dans lequel il ne ferme pas la porte à l'ordination presbytérale d'hommes mariés. Figure assez insaisissable, très modéré, Pascal Wintzer sait ménager la chèvre et le chou, dialoguer avec des gens qui ne sont pas forcément de sa tendance sans pour autant trop en dire sur ce qu'il pense, lui. Après tout il est né à Rouen et s'y connaît en réponses de Normand... Pour Lyon, qui doit faire cohabiter des chrétiens formés par l'Action catholique, des charismatiques (de type Communauté de l'Emmanuel et Chemin Neuf), des traditionalistes, l'archevêque de Poitiers semblerait tout indiqué. Surtout, il saurait travailler avec le clergé lyonnais, réputé frondeur: il a lui-même réclamé la démission du cardinal Barbarin après sa condamnation début 2019.

L'archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, 63 ans, est lui aussi pressenti. Ordonné évêque de Saint-Étienne en 2006 par le cardinal Barbarin, il se murmure que Dominique Lebrun y pense en se rasant. Il est apparu sur le devant la scène lors de l'assassinat du P. Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray en juillet 2016 et a entrepris son procès en béatification auprès du Vatican (procès en bonne voie). Né à Rouen, fils de famille nombreuse (huit enfants), cet évêque traditionnel mais pastoral, friand de pompe liturgique, eut des mots forts quand éclatèrent les scandales d'agressions sexuelles dans l'Église; il parla même, dans un communiqué à l'attention de ses diocésains, de «pourriture au sein de notre Église catholique». Dominique Lebrun gèrerait sans doute très bien le diocèse de Lyon, mais il n'est pas certain qu'il y soit espéré. Vieille rivalité Lyon-Saint-Étienne sans doute... Mais aussi parce que l'archevêque normand est perçu à tort ou à raison comme un arriviste, donné un temps archevêque de Paris, comme si Rouen n'était qu'un tremplin...

Les revenants

Deux évêques, jadis auxiliaires du cardinal Barbarin, pourraient aussi devenir archevêque de Lyon. Le premier, Mgr Giraud, 63 ans, archevêque de Sens-Auxerre et prélat de la Mission de France depuis 2015, une branche «gauchisante» au sein de l'Église en France où l'on trouve encore des «prêtres au travail». Gros travailleur, Hervé Giraud s'est fait connaître pour ses tweets spirituels intitulés «twittomelies». Personnalité ouverte, ancien professeur au séminaire de Lyon, c'est un fort en thème, bon organisateur, qui connaît le diocèse de Lyon pour l'avoir géré –littéralement– entre 2003 et 2007 en lieu et place du cardinal Barbarin, à la santé fragile et perpétuellement ouvert à l'appel des médias. S'il n'a pas toujours été très heureux avec le clergé lyonnais à qui il rappelait qu'il fallait obéir, c'est un homme pragmatique, et l'on ne peut rien lui reprocher en matière d'agressions; il aurait les capacités pour réconcilier le diocèse fracturé de Lyon.

Le second, Mgr Batut, 66 ans, évêque de Blois depuis 2014, fut lui aussi auxiliaire du cardinal Barbarin (2008-2014), moins heureux que Mgr Giraud dans la charge. Jean-Pierre Batut, né à Paris, est considéré comme très imbu de sa personne, très traditionnel (il célèbre volontiers la messe en latin), qui était peu apprécié par ses collègues parisiens en raison de sa vanité. Il fut choisi par le cardinal Barbarin comme auxiliaire alors que l'Église, sous Benoît XVI, autorisait le retour de la messe ancienne, pierre d'achoppement avec les intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X. En réalité, le clergé lyonnais ne parvint jamais à «encadrer» l'auxiliaire et il est peu probable que Jean-Pierre Batut devienne demain primat des Gaules. Doué pour les langues, bardé de diplômes, il se fit connaître au moment du mariage pour tous, défilant avec Ludovine de La Rochère, entre autres. Il dénonçait alors le projet de loi Taubira comme un «mensonge [qui] laisse entendre que le mariage tel qu'il est défini jusqu'ici exclurait des personnes en raison de leur affectivité, alors que celle-ci ne regarde pas la loi; lorsqu'en 1895 André Gide épousait Madeleine Rondeaux, il ne venait à l'idée d'aucun officiel d'État civil de lui objecter qu'il n'en avait pas le droit du fait de son ‘‘orientation sexuelle”».

Les outsiders

Parmi les évêques de France, l'évêque d'Orléans depuis 2010, Mgr Blaquart, 69 ans, constituerait une bonne nouvelle. Ce serait assurément un mandat court (six ans), un évêque devant présenter sa démission le jour de ses 75 ans. Évêque chaleureux, social, Jacques Blaquart est considéré comme un homme dynamique, passionné de football; deux de ses frères firent d'ailleurs une carrière footballistique; François, comme directeur technique national à la Fédération française de football (FFF), et Bernard, ancien attaquant des Girondins de Bordeaux puis entraîneur emblématique du Nîmes Olympique. Jacques Blaquart connaît bien les agressions pour avoir dû gérer les manquements de son prédécesseur dans le Loiret, Mgr Fort, condamné en novembre 2018 à huit mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'actes pédophiles. Un mois auparavant, l'évêque d'Orléans devait aussi affronter le suicide d'un prêtre qu'il avait relevé, à titre préventif, de ses fonctions en raison de soupçons d'agressions. Il semble depuis meurtri par cet événement. Il n'empêche: Jacques Blaquart a bien des qualités pour devenir archevêque de Lyon, notamment celle d'écouter.

De même que Mgr Rivière, 66 ans, évêque d'Autun depuis 2006. Spirituel, simple et même humble d'abord, Benoît Rivière est un homme de culture qui soutient par exemple la Biennale d'art sacré d'Autun et a créé un prix littéraire. Aussi à l'aise avec les paysan·nes que les ouvrièr·es de son diocèse, Mgr Rivière fut membre des Fraternités monastiques de Jérusalem dont le fondateur, le P. Pierre-Marie Delfieux, est soupçonné d'agressions spirituelles (et peut-être sexuelles) sur de jeunes religieuses. C'est la seule ombre au tableau de Benoît Rivière dont on ne sait trop ce qu'il savait en définitive de ces agissements. Petit-fils d'Edmond Michelet, Garde des sceaux du général de Gaulle, l'évêque d'Autun reste malgré tout un bon candidat pour le diocèse rhodanien; il saurait recréer de la fraternité avec les prêtres, les fidèles et les victimes d'agressions.

Enfin, Mgr Aveline, 62 ans, archevêque de Marseille depuis août 2019, constituerait une vraie surprise. Jean-Marc Aveline, en effet, est en poste depuis peu de temps, même s'il fut évêque auxiliaire de Marseille de 2013 à 2019. C'est lui qui gérait le diocèse phocéen pendant que l'archevêque, Georges Pontier, présidait la CEF. Spécialiste du dialogue interreligieux, théologien reconnu pour sa puissance réflexive et sa vive intelligence, il connaît Lyon pour y avoir enseigné à l'université catholique tout en développant l'Institut catholique de la Méditerranée, très engagé dans le dialogue avec l'islam. Sa nomination serait appréciée dans le Rhône et trancherait avec les propos parfois brouillons du cardinal Barbarin. Une chose est certaine: ce ne sera pas Anne Soupa qui deviendra archevêque de Lyon. Alors que le nonce apostolique en France, Mgr Migliore, ambassadeur du Saint-Siège, se dit prêt à recevoir les candidates à des postes ecclésiaux, il apparaît qu'il ne souhaite pas rencontrer la cofondatrice du Comité de la Jupe. Faut-il voir dans ce signe d'ouverture relative de la part d'un représentant du Vatican une indication pour une proche nomination sur le siège primatial des Gaules? Beaucoup à Lyon l'espèrent et attendent avec impatience leur nouvel archevêque.

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