Monde / Culture

Plus de 100 sites sacrés autochtones menacés de destruction par les compagnies minières en Australie

Temps de lecture : 2 min

Les autorisations de destruction des sites sont souvent accordées aux compagnies sans qu'aucune expertise sérieuse ne soit menée sur le terrain.

Un chantier de Rio Tinto, dans le parc de stockage de Yandicoogina, dans la région de Pilbara, en Australie-Occidentale, en 2009. | Christian Sprogoe / Rio Tinto / AFP
Un chantier de Rio Tinto, dans le parc de stockage de Yandicoogina, dans la région de Pilbara, en Australie-Occidentale, en 2009. | Christian Sprogoe / Rio Tinto / AFP

Les grottes de Juukan étaient l'un des sites archéologiques les plus importants d'Australie-Occidentale, et constituaient un lieu sacré pour les populations autochtones. Site préhistorique de plus de 46.000 ans, il a été dynamité en mai dernier par le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, qui souhaitait agrandir l'une de ses mines de fer.

L'indignation soulevée alors par la destruction du site a coûté un peu plus de 4 millions d'euros de primes au PDG français de la boîte, Jean-Sébastien Jacques, et à deux autres dirigeants –une compensation qui, aux yeux de certains actionnaires et des groupes de défense du patrimoine autochtone, est loin de compenser la destruction du site.

Autorisations délivrées à tour de bras

Rio Tinto avait pourtant reçu en 2013 une autorisation ministérielle de procéder à un dynamitage de certaines zones des grottes de Juukan. D'après Marcia Langton, l'une des figures universitaires aborigènes les plus reconnues du pays, professeure d'études indigènes australiennes à l'université de Melbourne, la seule chose qui empêche les compagnies minières d'anéantir les sites autochtones est l'attention du public.

Aujourd'hui, c'est plus de cent sites sacrés, dont certains datent d'avant la dernière période glaciaire, comme Yirra, Weelamurra ou Tharbadu, qui sont menacés de destruction en Australie-Occidentale, différentes sociétés minières ayant déjà obtenu l'autorisation légale d'y développer leurs activités.

«Les entreprises qui possèdent [ces autorisations] ne font que gagner du temps et attendre que l'attention du public se porte sur autre chose, puis elles iront de l'avant et détruiront des centaines de sites, parmi lesquels des sites aussi importants que la gorge de Juukan», estime Marcia Langton.

Au cours des dix dernières années, ce sont 463 autorisations qui ont été délivrées. Le ministre des affaires aborigènes de l'Australie-Occidentale, Ben Wyatt, a déjà déclaré qu'il n'avait pas l'intention de vérifier chaque autorisation en vertu des lois de l'État sur le patrimoine; tout au plus a-t-il affirmé qu'il faudrait que «l'opinion sincère» des propriétaires autochtones puisse être ouvertement connue. Les compagnies Rio Tinto, BHP et Fortescue ont affirmé pour leur part qu'elles consulteraient ces derniers, mais garderaient le dernier mot.

Absence d'encadrement légal et scientifique

Au total, Rio Tinto possède 13.300 sites ethnographiques et culturels sur ses concessions minières de Pilbara, BHP en gère environ 8.000, et Fortescue plus de 5.900.

La plupart du temps, les sites ne font pas l'objet d'une expertise très poussée avant que les autorisations soient accordées. C'est alors surtout lorsqu'une fouille de sauvetage est organisée que l'on se rend compte de leur importance archéologique.

Ce fut le cas pour les grottes de Juukan, qui furent fouillée en urgence six mois après que Rio Tinto ait reçu son mandat: on découvrit alors que l'abri sous roche avait été habité pendant 46.000 ans, et l'on y retrouva plus de 7.000 artefacts. Cela ne permit pas néanmoins de changer les plans de Rio Tinto.

«Il n'y a pas de réelle protection qui puisse passer par des mécanismes législatifs pour préserver ces sites», déplore Kathryn Przywolnik, la responsable du patrimoine pour la Wintawari Guruma Aboriginal Corporation (WGAC). D'après elle, il est inévitable que de prochains sites soient détruits pour laisser place à de nouvelles mines.

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