Société

La voiture tue trois fois plus de personnes par kilomètre que le vélo

Temps de lecture : 4 min

Au Royaume-Uni, une équipe de recherche a mesuré la dangerosité sur la route que représentait chaque mode de transport vis-à-vis des autres usagèr·es.

Pédaler un peu plus, c'est déjà des morts en moins. | Eduardo Enrietti via Unsplash
Pédaler un peu plus, c'est déjà des morts en moins. | Eduardo Enrietti via Unsplash

Dans le cadre d'une étude réalisée pour le secrétariat britannique aux Transports, nous avons comparé le risque de se blesser lorsque vous pédalez, conduisez une voiture ou marchez.

Nos travaux révèlent que les motards présentent le risque de décès le plus important, suivi par les piétons et les cyclistes. Les personnes qui circulent dans des camionnettes, des bus ou des camions semblent les plus en sécurité.

Mais cela ne livre que la moitié de l'histoire. Si notre analyse des données a dévoilé le danger auquel les motards sont exposés sur la route, elle établit également qu'ils représentent une menace considérable pour les autres. Par kilomètre, ces deux-roues tuent deux fois plus d'autres personnes que la voiture.

Par ailleurs, la majorité –plus de huit sur dix– des morts à vélo surviennent lorsqu'un véhicule motorisé percute les cyclistes. Dans la plupart des cas, ce n'est pas tant pédaler en soi qui tue, mais bien la collision avec des véhicules plus lourds et plus puissants.

Notre nouvelle étude établit le nombre de décès causés à des tiers selon le type de véhicule. Nous avons également examiné comment le genre de la personne au volant ou à vélo affectait le nombre de personnes tierces tuées.

Mille vies à sauver

Notre analyse calcule les décès infligés aux autres usagèr·es de la route par milliard de kilomètres en Angleterre, selon le type de véhicules utilisés. Il s'agit de déterminer le nombre de morts à partir d'une quantité donnée de voyages effectués. Il n'inclut pas les décès de passagèr·es dans des accidents n'impliquant qu'un seul véhicule.

Nombre de décès par kilomètre d'autres usagèr·es de la route par mode de transport: (de gauche à droite) vélo, camionnette, voiture/taxi, moto, camion, bus. | Aldred, Johnson, Jackson et Woodcock, 2020, avec l'autorisation des auteurs

Les résultats révèlent par exemple que conduire une voiture tue trois fois plus de personnes par kilomètre que pédaler à vélo. Utiliser la bicyclette pour des trajets courts, au lieu de prendre le volant, pourrait donc sauver des vies.

Presque un cinquième (18%) des kilomètres parcourus en voiture le sont dans le cadre d'un trajet de moins de 8 kilomètres. Imaginons que la moitié de ces trajets soient désormais réalisés à vélo.

Dès lors, nous remplaçons 9% de la distance actuellement parcourue en automobile sur des autoroutes par des trajets à bicyclette sur des routes secondaires, ce qui représente 14 milliards de kilomètres par an.

Nos données montrent que la voiture provoque chaque année 619 décès de personnes tierces. Une diminution de 9% des kilomètres parcourus devrait donc se traduire par 56 décès de moins par an.

L'occupation moyenne d'une voiture est de 1,6 personne, ce qui implique 22 milliards de kilomètres de plus parcourus à vélo annuellement si l'on fait la transition. C'est cinq fois plus que les niveaux actuels, qui sont très bas. Les Pays-Bas, dont la population représente un tiers de celle de l'Angleterre, ont réussi à accumuler 15,5 milliards de kilomètres à vélo en 2016.

Sur la base des taux calculés précédemment, on peut s'attendre à ce que 22 milliards de kilomètres parcourus à bicyclette entraînent 27 décès supplémentaires par an.

Au total, ce passage de la voiture au cyclisme se traduirait par 29 décès de moins par an.

Il existe de nombreuses raisons de soutenir cette transition. Une augmentation substantielle de l'usage du vélo aurait des avantages majeurs en matière d'activité physique. L'outil Impacts of Cycling, qui calcule les avantages de l'activité physique pour la santé, estime qu'une multiplication par cinq du nombre de cyclistes pourrait chaque année prévenir plus d'un millier de décès prématurés en Angleterre.

Fossé de genre

Nos travaux s'intéressent également aux différences entre hommes et femmes. Malgré la vieille croyance selon laquelle ces dernières seraient de mauvaises conductrices, la recherche révèle que leurs homologues masculins ont davantage de comportements contraires à la sécurité routière. Par exemple, ils se montrent plus enclins à la vitesse que les femmes.

L'égalité de genre croissante en matière de conduite de la voiture a pu contribuer à réduire les blessures routières, bien que cela soit encore peu étudié.

Malgré cela, les hommes demeurent majoritairement, et de façon disproportionnée, au volant des véhicules les plus dangereux. Au moins 90% des personnes conduisant une camionnette ou un bus sont des hommes, tout comme 95% de celles roulant en camion.

Si quelqu'un assis dans un camion peut être en sécurité dans sa grande boîte métallique, les gens qui se trouvent à l'extérieur du véhicule le sont beaucoup moins. Chaque kilomètre effectué en camion cause plus de six fois plus de décès que chaque kilomètre en camionnette.

Nos recherches ont mesuré l'impact que le genre avait sur les morts de tiers. Pour cinq des six modes de transports, les hommes représentent un danger bien plus élevé que les femmes. Dans le cas des bus, le risque par kilomètre associé aux chauffeurs masculins était plus important, mais la différence n'était pas statistiquement signifiante.

Du fait des données limitées dont nous disposons, nous ne pouvons pas avoir une aussi grande confiance dans les résultats pour les transports commerciaux et de service public.

Cependant, les risques liés aux voitures, aux motos et aux vélos –pour lesquels les données sont meilleures– révélant un fort écart entre les genres, il est probable qu'une telle disparité existe aussi pour les véhicules plus lourds, bien que l'on en ignore l'ampleur exacte.

Nombre de décès au kilomètre d'autres usagèr·es de la route par genre et par mode de transport: (de gauche à droite) vélo, camionnette, voiture/taxi, moto, camion, bus. | Aldred, Johnson, Jackson et Woodcock, 2020, avec l'autorisation des auteurs

Nous avons calculé comment un partage égal de la distance parcourue par les hommes et les femmes en camionnette et en camion influerait sur les décès. Sur les onze années de notre analyse, la parité hommes-femmes pour la conduite de camionnettes impliquerait 343 morts de moins infligés à des tiers, et 866 décès de moins pour la conduite de camions.

Cela suggère qu'on compterait environ 100 morts de moins par an si la conduite de camionnettes et de camions était paritaire, et non confiée aux hommes à plus de 90% comme c'est le cas aujourd'hui.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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