Economie

La Grèce entre en cellule de dégrisement

Gérard Horny, mis à jour le 04.04.2010 à 9 h 52

Les enfants du Pirée ont fini de chanter et de danser. Ils ont vécu l'entrée dans la zone euro comme une fête. C'est l'heure de la gueule de bois.

Dur retour à la réalité. Pour les Grecs, l'entrée dans la zone euro le 1er janvier 2001 a été une vraie bénédiction. Sur l'ensemble de la période 1999-2008, ils ont connu une croissance annuelle moyenne de 4%. A titre de comparaison, les performances respectives de la France et de l'Allemagne ne se sont établies dans le même temps qu'à 2% et 1,5%. Mais, alors que les grands pays de l'Union européenne renouent avec la croissance (molle, certes, mais croissance tout de même), la Grèce s'achemine vers une nouvelle année de récession. Il n'est même pas exclu que le PIB recule encore en 2011: il sera difficile d'avancer vite en serrant les freins budgétaires.

Une potion (presque) magique

En fait, la performance passée de la Grèce n'a rien d'exceptionnel: tous les pays qui se sont accrochés au train européen ont enregistré des taux de croissance élevés: 5,7% en moyenne  sur cette même période 1999-2008 pour l'Irlande, 5,1% pour la Slovaquie, 3,5% pour l'Espagne. Il n'y a guère que le malheureux Portugal qui a dû se contenter d'un modeste 1,5%. Il faut dire que la potion pouvait paraître magique: vous recevez les aides dont bénéficient toutes les régions européennes dont le PIB par habitant est inférieur à la moyenne, vous y ajoutez des taux d'intérêt en baisse car vous bénéficiez de la politique monétaire commune; enfin, comme votre niveau de vie est encore inférieur à celui des autres, mais progresse, vous avez des prix qui grimpent relativement vite pour s'établir à des niveaux comparables à ceux pratiqués ailleurs en Europe, ce qui vous donne des taux d'intérêt réels (une fois l'inflation déduite) très faibles. En résumé, l'argent est abondant et vous avez l'impression que la vie est facile. Et vous faites un peu n'importe quoi.

Le fait est incontestable: le comportement de la Grèce n'a pas été très vertueux au cours des dernières années. Il ne l'avait été guère davantage avant et  le pays avait rejoint la zone euro avec des finances publiques déjà en mauvaise santé; les apparences n'avaient pu être sauvées que par quelques bricolages statistiques. La situation a continué de se dégrader du fait d'une forte hausse des dépenses courantes. En résumé, constatent les économistes de BNP Paribas, la Grèce «s'est montrée incapable de profiter de la forte croissance enregistrée au cours de la dernière décennie pour consolider ses finances publiques». La crise financière a donc frappé un pays vulnérable. D'autres pays présentent des niveaux de déficit public ou de dette tout à fait comparables et ne sont pas attaqués par les marchés avec autant de violence. Pourquoi la Grèce bénéficie-t-elle, si l'on ose dire, d'un traitement particulier? La rapidité de la dégradation de ses comptes depuis deux ans et l'aveu des tricheries commises semblent être les deux éléments qui ont le plus inquiété les investisseurs.

Personne sur qui compter

La situation est-elle aujourd'hui désespérée? Oui, pour des raisons essentiellement politiques. Angela Merkel ne pense qu'aux prochaines élections régionales en Allemagne et flatte l'humeur chauvine de son électorat. Que les entreprises allemandes aient été les grandes bénéficiaires de la fièvre acheteuse de la Grèce est passé sous silence. D'une façon générale, on constate d'ailleurs que l'Allemagne a encore engrangé l'an dernier de confortables excédents commerciaux avec tous les pays d'Europe du sud dont la situation budgétaire est aujourd'hui montrée du doigt, Espagne et Italie en tête. L'argent gaspillé n'a pas été perdu pour tout le monde. ...

Une évidence s'impose: la Grèce ne peut pas compter sur ses partenaires. Les limites de l'accord conclu entre les pays de la zone euro n'ont pas mis longtemps à apparaître. Que les décisions de prêts doivent être prise «à l'unanimité» et uniquement en dernier recours, lorsque «le financement de marché est insuffisant», cela suffit à montrer qu'en réalité il n'y aura pas d'aide. Le 29 mars, la Grèce a encore dû offrir un taux d'intérêt de 6,01% pour obtenir 5 milliards d'euros à sept ans. Peut-on conclure que le financement est «suffisant» alors qu'un taux de 6% l'an pour un pays en récession où la hausse des prix ne devrait pas excéder 3% cette année est tout simplement insupportable? Il est manifeste que les Européens laissent tomber la Grèce. C'est en tout cas comme cela que les derniers événements sont analysés dans les milieux financiers, où l'on constate qu'aucune banque allemande n'a participé au syndicat bancaire chargé de placer les titres grecs.

Le cercle vicieux austérité-récession

Le problème est donc loin d'être réglé. Ainsi que le remarquent les économistes du Crédit Agricole (très présent en Grèce via la banque Emporiki), «les effets de la rigueur sur l'activité économique domestique pourraient compromettre la réalisation des recettes budgétaires (...). A court terme, un cercle vicieux entre austérité et récession risque de s'enclencher». Autrement dit, les coupes dans les dépenses publiques ont pour effet de réduire la demande intérieure, donc la croissance, donc les recettes fiscales; donc il faudra encore réduire les dépenses, etc.

Pour beaucoup de financiers, un seul élément nouveau permettrait de rompre cette spirale descendante: un prêt du FMI à un taux supportable, autour de 3%. La façon dont les événements s'enchaînent montre que les marchés ne lâcheront pas leur proie avant qu'une solution de ce genre n'ait été mise au point. Sinon, l'Etat grec n'aura d'autre solution que de se déclarer incapable de faire face aux échéances de sa dette. Pour l'instant, cette dernière hypothèse n'est pas la plus probable, mais on ne peut plus l'exclure.

Selon les dernières nouvelles, les fonctionnaires ont été prévenus que la partie du treizième mois qu'ils touchent avant Pâques serait amputée de 50% et l'agence Moody's a dégradé la note accordée à cinq banques. Pendant ce temps,  l'Allemagne, qui bénéficie du report sur ses emprunts des capitaux en quête de sécurité, voit son taux à 10 ans évoluer gentiment autour de 3,10%. Un vrai bonheur!

Gérard Horny

Photo: Des comédiennes dans une danse de prêtresses antiques, en mars 2008 à sur l'ancien site d'Olympe. REUTERS/Mal Langsdon

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