Economie

Geely, le petit constructeur qui offre Volvo à la Chine

Richard Arzt, mis à jour le 03.04.2010 à 8 h 28

L'entreprise de Li Shufu ne construit des voitures que depuis 1998, mais il a su s'entourer pour s'emparer de la marque suédoise.

Il suffit de regarder les images prises à Göteborg le 28 mars lors de la cérémonie de vente: le sourire des dirigeants de Ford et de Volvo est empreint de gravité tandis que celui de Li Shufu est rayonnant. A lui tout seul, le président de Geely semble ouvrir une nouvelle page du capitalisme chinois. En Chine, l'opinion partage sa fierté. Des journaux admiratifs ont écrit que «le serpent Geely a avalé un éléphant».

La marque suédoise Volvo date de 1927. L'américain Ford l'a achetée en 1999. Geely ne fabrique des voitures que depuis 1998 et se classe en onzième position parmi les constructeurs chinois. Son développement s'est appuyé sur le marché des petites villes chinoises et sur l'exportation vers la Russie, les pays d'Asie centrale et l'Indonésie.

L'art de trouver des soutiens

A 46 ans, Li Shufu, né dans une famille paysanne du Zhejiang dans le sud-est du pays, a les audaces d'un entrepreneur n'ayant connu que la croissance économique.  A 20 ans, il vendait des réfrigérateurs. Puis à Hangzhou, chef lieu de la province, il fonde une usine de motocyclettes qui deviendra Zhejiang Geely Holding Group lorsqu'elle commencera à produire des automobiles.

Geely n'est qu'un petit constructeur, mais Li Shufu a l'art de trouver des soutiens. L'an dernier, la banque américaine Goldman Sachs lui prête 250 millions de dollars. Et, en vue du rachat de Volvo, il emprunte l'équivalent d'un milliard de dollars à un groupe de banques chinoises d'Etat. Dans les milieux financiers occidentaux de Pékin, on se demande si cette aide n'est pas en contradiction avec les règles de concurrence de l'OMC.

Politiquement, à ses débuts d'industriel, Li Shufu s'est rapproché de Xi Jinping, alors gouverneur du Zhejiang. Celui-ci appartient aujourd'hui au groupe des neuf dirigeants du Parti communiste et doit conforter sa position de principal prétendant à la succession du président Hu Jintao. Le 28 mars, se trouvant comme par hasard en voyage officiel en Suède, Xi Jinping est venu à la cérémonie d'achat de Volvo profiter, au côté de Li Shufu, du retentissement de l'évènement. En Chine, les amitiés régionales restent un fondement de la politique.

Une campagne de pub inespérée

A l'évidence, la renommée de la firme Geely vient d'être décuplée. Le site Auto-ifeng.com estime que la masse de reportages réalisés autour de l'acquisition de Volvo équivaut à une campagne de publicité de 2 milliards de dollars. De nombreux médias chinois détaillent la stratégie de Li Shufu: posséder une marque mondialement réputée pour son souci de sécurité et de protection de l'environnement va lui permettre de valoriser ses propres fabrications non seulement en Chine mais dans le reste du monde.

Les félicitations sont cependant mêlées de craintes. La presse chinoise se demande comment l'achat va être rentabilisé. Le chiffre d'affaire de Volvo est en déclin et la crise économique a accentué les pertes financières du groupe. Les rapprochements envisagés avec des «vieux aristocrates européens de l'automobile» -comme les qualifie le journaliste Wei Jinqiao- ont échoué. Fin 2008, ni Mercedes ni BMW ni Renault n'ont accepté l'offre de vente que leur proposait Ford. L'achat par Geely s'est conclu à 1,8 milliard de dollars alors que Ford avait acquis Volvo pour 6,4 milliards.

Li Shufu estime que les difficultés de Volvo sont venues de la taille réduite de sa production. Le 31 mars à Pékin, lors d'une conférence de presse, il a expliqué: «Une capacité de production limitée signifie une augmentation des coûts par unité.» La solution est donc d'avoir confiance dans «la croissance rapide du marché chinois en pleine expansion et d'y positionner  Volvo comme une marque leader», dit-il. Les chaines existantes en Suède et en Belgique seront maintenues. Et une usine Volvo va être installée en Chine avec l'objectif de sortir 300.000 véhicules par an.

Les Chinois inquiets des charges sociales

En Chine populaire, les pratiques du capitalisme européen sont une autre source d'inquiétude. Plusieurs journaux  recommandent de regarder de près le montant des charges sociales. Dans China news, le journaliste Zhao Jie résume un sentiment répandu: «Le rachat de Volvo n'est  qu'un premier pas. L'étape suivante sera de faire face aux syndicats.» Li Shufu répond qu'il a été en contact avec les syndicats de travailleurs de Volvo durant les 2 ans qu'a duré la négociation d'achat et qu'ils se disent satisfaits de l'accord signé avec Ford. Pour les rassurer, Geely annonce notamment que le réseau de distribution et de fournisseurs de Volvo ne sera pas remis en cause.

Les lendemains de l'accord passé à Göteborg vont être suivis à la loupe, à la fois par les industriels chinois qui désirent racheter des sociétés étrangères et par les occidentaux qui cherchent à vendre leur entreprise. Pour sa part, Li Shufu est déjà sur une autre piste: Geely a pris la majorité dans le capital de Manganese bronze, qui fabrique les taxis londoniens. Cette société britannique est actuellement en déficit.

Richard Arzt

Photo: Li Shufu, le 30 mars 2010 à Pékin. REUTERS/Jason Lee

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