Société

«Je ne supporte pas de voir quelqu'un plus de trois fois»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Céline, qui se demande s'il est normal qu'elle n'ait jamais vraiment envie de se fixer avec un homme.

«Je me demande alors si je suis devenue l'une de ces personnes qui cherchent uniquement le frisson.» | J Stimp via Flickr
«Je me demande alors si je suis devenue l'une de ces personnes qui cherchent uniquement le frisson.» | J Stimp via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je suis une femme de bientôt 30 ans et je suis, sur le papier, célibataire.

Je n'ai pas eu de longue relation de couple dans ma vie avant l'année dernière où je me suis installée et ai vécu avec la personne qui me semblait être «la bonne». Seulement, la vie n'est pas toujours aussi simple et cet homme, que je nommerai H., est tombé en dépression, ce qui a grandement mis de l'eau dans le gaz. Il traînait son mal-être depuis très longtemps derrière lui, comme une sorte de boulet dont il refusait de s'occuper.

J'ai de mon côté un passif assez rocambolesque, ayant été internée à de multiples reprises pour de la dépression. J'ai aussi été anorexique. Mais durant notre couple et même avant, je suivais une thérapie qui m'aidait et m'aide encore aujourd'hui beaucoup et je me considère comme en rémission avancée.

Tout ça pour dire que cette dépression pesait énormément sur notre couple. Alors qu'on avait une alchimie sexuelle rare avant de se mettre officiellement en couple, on a cessé quasi immédiatement de coucher ensemble et ce pendant les huit mois qu'a duré notre relation. H. n'avait pas envie, ni de moi, ni de rien. J'ai finalement rompu au terme de mois extrêmement durs qui m'ont énormément pesé. J'étais son infirmière psy, sa mère, son coupable idéal.

En sortant de cette relation, j'avais juste besoin de plaire, d'exister, de sortir, de vivre. J'ai commencé à draguer. Ces rendez-vous m'ont pas mal apporté. J'ai pu sortir, discuter alors que je n'avais que très peu de connaissances dans ma ville.

Puis il y a eu le confinement.

J'ai recommencé ensuite à donner des rendez-vous. Mais je ne supporte plus de voir quelqu'un plus de trois fois. Comme si au bout de trois rendez-vous, j'étais lassée.

Je me demande si c'est normal de dire à un énième date que non, je ne veux rien de sérieux, que oui, pour moi se voir plus de deux fois par semaine c'est sérieux et j'ai du mal à expliquer, assumer, vivre mon manque d'intérêt pour ces mecs-là.

Je pense que ce que je recherche, c'est le frisson de rencontrer du monde, de coucher avec quelqu'un, de me sentir en communion avec cette personne, de me sentir désirée, appréciée. Sauf que je trouve toujours quelque chose qui me fait vite déchanter.

Entre ceux qui ne s'intéressent qu'en surface à qui je suis, ce que j'aime et je fais, ceux qui sont en attente perpétuelle d'attention, ceux que je dois consoler comme des enfants, je suis juste fatiguée qu'on attende quoi que ce soit de moi. Je me demande alors si je suis devenue l'une de ces personnes qui cherchent uniquement le frisson, le sexe et la découverte et qui disparaît une fois la lassitude arrivée.

Mon dernier date (que j'appellerai J.) m'a envoyé des messages tout le mercredi après-midi pour qu'on se voie le soir et je n'avais envie que d'une chose: rester chez moi, ne pas avoir à supporter la conversation inintéressante de ce brave homme contre qui je n'ai rien au demeurant. Une fois que je lui ai répondu que j'avais du travail et que je voulais juste me reposer, J. m'a dit à quel point il voulait passer le début de ses vacances avec moi et à quel point il était déçu.

Plus tard dans la soirée, je lui ai demandé ce qu'il faisait, innocemment, il a pris ça pour une invitation et m'a proposé plusieurs fois de passer. Refuser à chaque fois me met très mal à l'aise et finalement, je me retrouve à culpabiliser, à lui dire «on se verra demain». On est demain, je n'ai pas envie.

Suis-je trop difficile? Suis-je effectivement dans une recherche de plans cul pas très demandants? Ai-je juste peur de revivre une relation? Est-ce seulement mon besoin d'être dans une relation?

Voilà, j'espère que tu pourras me guider, j'ai peu d'expérience sentimentale, je crois que ça se voit.

Céline

Chère Céline,

Il n'y a pas de mal à être dans une phase où on apprécie la facilité des rencontres sans lendemain. Vous venez de découvrir ce désir, cette envie en vous et votre capacité à plaire à des hommes. Aucun homme à votre place ne se sentirait honteux de ça ni ne douterait. Vous pouvez peut-être clarifier vos intentions sur votre présentation dans l'application que vous utilisez.

Si vous ne cherchez pas une relation stable et juste des rencontres d'un soir, vous pouvez le préciser. Et là, si une personne outrepasse vos limites et en demande plus, vous n'aurez alors aucun scrupule à l'ignorer. L'important est de ne pas se faire cannibaliser par tous ces hommes. Vous devez être sûre de ce que vous désirez, de ce que vous êtes prête à donner et refuser tout ce qui sort de ces limites.

D'un autre côté, et puisque vous avez un passif psy particulier, vous n'êtes probablement pas étrangère au concept d'addiction au sexe. Quand on reçoit des messages en ligne, des likes ou une attention quelconque d'un inconnu sur une appli de rencontres, on reçoit un shot de dopamine, une hormone qui excite le cerveau. Les relations d'un soir procurent quant à elles des shots d'adrénaline. On peut développer une dépendance à ces formes de plaisir facile et immédiat.

À vous de voir, avec votre thérapeute, si votre comportement est sain et si vous profitez uniquement de cette phase ou si elle vous enferme comme dans une spirale. Souvent pour le découvrir, il suffit de se poser la simple question: et si ça s'arrêtait maintenant, est-ce que j'en souffrirais?

Quoi qu'il arrive, vous n'avez pas à vous forcer de voir quelqu'un si vous n'en avez pas envie. Vous n'avez pas à vous rendre à un rendez-vous, à répondre à des messages ou à avoir un rapport sexuel avec quelqu'un qui ne vous plaît pas vraiment. Il n'y a pas de politesse qui compte, de «il faut» ou de «je m'ennuie donc autant m'occuper». Respecter l'autre en partageant ses véritables sentiments, c'est aussi se respecter soi. Dire «je n'ai pas envie de toi, de parler avec toi ou partager un café avec toi» n'est pas plus douloureux que de faire ces choses à contrecœur puis couper les ponts sans explication.

Dans toutes ces interactions et ces histoires, vous avez surtout besoin de trouver ce qui compte vraiment pour vous, où sont votre désir et votre plaisir. De cette manière, vous aurez ainsi moins de mal à définir vos limites et à savoir quand une personne est bonne pour vous et quand elle ne l'est pas.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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