Monde

Iran: l'heure de vérité approche

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 03.04.2010 à 12 h 57

Barack Obama et Nicolas Sarkozy sont décidés à mettre en oeuvre un régime de sanctions plus dures pour convaincre Téhéran de reculer sur le nucléaire.

L'heure de vérité approche pour l'Iran. C'est la seule information importante qu'il faut retenir de la rencontre à Washington entre Nicolas Sarkozy et Barack Obama. Sur la question du nucléaire iranien, dont tous les experts savent qu'il est aussi militaire, malgré les dénégations de Téhéran, Nicolas Sarkozy a pris des positions en pointe. Il l'a redit d'ailleurs à Washington: «Le temps est venu de prendre des décisions.» Car, a-t-il ajouté, «l'Iran ne peut pas continuer sa course folle». La nouveauté est que Barack Obama a déclaré qu'il serait en mesure de convaincre les Nations unies «d'agir avec force» dans les mois qui viennent. «Nous allons augmenter la pression» a déclaré le président américain vendredi 2 avril dans une interview à CBS. L'idée est de mettre au point un régime de sanctions plus dures qui soit de nature cette fois à isoler l'Iran et convaincre ses dirigeants de reculer. Jusqu'à présent, il y avait globalement un consensus entre Européens et Américains sur ce sujet. Manquaient à l'appel: la Russie et la Chine

Avec ou sans le Conseil de sécurité

L'autre nouveauté de cette semaine est que la Chine semble, elle aussi, faire mouvement. C'est ce qu'a indiqué Hillary Clinton, en soulignant qu'elle avait le sentiment d'une «conscience croissante», de la part de la Chine, des conséquences déstabilisatrices au niveau régional comme au niveau mondial d'un Iran qui se doterait de l'arme nucléaire. C'est aussi l'objet de l'entretien téléphonique qu'ont eu vendredi 2 avril Barack Obama et Hu Jintao: convaincre la Chine de rejoindre le camp des sanctions.

De leur côté, quelques officiels français, s'exprimant de façon non autorisée, laissaient entendre à Washington, qu'en cas de défection de la Chine et de la Russie (si donc il devenait impossible de rallier le Conseil de sécurité des Nations unies),  les pays européens et les Etats-Unis pourraient s'engager de façon unilatérale sur la voie des sanctions. En revanchre, Barack Obama a répété que la pression sur l'Iran s'excercerait «avec une communauté internationale unie».

Cette voie paraît la dernière chance d'éviter l'orage. Il faut se souvenir que, de leur côté, les Israéliens continuent de se préparer à des frappes aériennes ciblées contre les sites nucléaires iraniens. On a retenu de la récente visite du vice-président américain, Joe Biden, en Israël le camouflet qui lui a été infligé par le gouvernement de Tel-Aviv. Le jour de son arrivée était annoncé un programme immobilier à Jérusalem Est, qui était un véritable pied de nez aux ambitions américaines d'obtenir le gel de la colonisation et le réengagement d'un processus de paix. Cet épisode, ressenti aux Etats-Unis comme un véritable affront, est à l'origine d'une dissociation entre les gouvernements américain et israélien,  qui devrait avoir des conséquences politiques en Israël.

Infléchir la position israélienne

Mais du coup, on a oublié l'autre objectif essentiel de la visite de Joe Biden à  Jérusalem: faire part du veto américain à des frappes militaires unilatérales israéliennes contre l'Iran. Une position que l'on retrouve exprimée dans le témoignage, devant une commission du Sénat, du général Petraeus, qui supervise les forces américaines du Proche-Orient jusqu'à l'Afghanistan et à qui l'on doit le rétablissement de la situation militaire en Irak, avant peut-être des progrès en Afghanistan. Le général Petraeus a expliqué que la politique israélienne était désormais de nature à nuire à l'intérêt des Etats-Unis et conduisait à rendre plus difficile et plus périlleuse la tâche des militaires américains sur le terrain.

Ayant exprimé son refus d'une action préventive, Barack Obama doit faire la preuve qu'une autre voie est possible pour éviter que l'Iran ne déstabilise la région en se dotant de l'arme nucléaire. D'où l'annonce de sanctions imminentes, calibrées de façon telle qu'elles puissent influencer le jeu politique en Iran dans un sens qui soit favorable à la paix. Dans ce contexte, il sera très important de vérifier si la Chine accepte de prendre sa part des efforts collectifs ou si, à l'inverse, elle préfère se replier sur des intérêts strictement bilatéraux. Cela se jouera les 12 et 13 avril prochains: Hu Jintao sera à Washington pour un sommet consacré à la prolifération nucléaire. (La Chine est le premier pays exportateur en Iran devant l'Allemagne.)

En attendant, deux interprétations s'opposent. Pour l'Iran, dont le ministre chargé du nucléaire Saïd Jalili était à Pékin, les deux pays ont insisté pour récuser l'idée de sanctions. Les Etats-Unis au contraire soulignent que selon le compte rendu de l'agence officielle chinoise, la Chine a rappelé à l'occasion de cette rencontre avec un officiel iranien qu'elle accorde une «grande importance» au thème de la sécurité nucléaire et qu'elle entend s'opposer à la prolifération.

Jean-Marie Colombani

Photo: La conférence de presse de Nicolas Sarkozy et Barack Obama à la Maison Blanche le 30 mars 2010. REUTERS/Jonathan Ernst

Jean-Marie Colombani
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