Culture

En Espagne, un Pissarro pillé par les nazis restera au musée

Temps de lecture : 2 min

Les héritiers de la famille juive spoliée demandaient à ce que l'œuvre leur soit restituée. La cour d'appel chargée de juger l'affaire en a décidé autrement.

«S'il y a un point positif dans l'opinion, c'est la reconnaissance que l'Espagne n'est pas à la hauteur de l'image publique qu'elle veut projeter.» | Rue Saint-Honoré de Camille Pissarro (1897) Musée National de Thyssen-Bornemisza via Wikimedia commons
«S'il y a un point positif dans l'opinion, c'est la reconnaissance que l'Espagne n'est pas à la hauteur de l'image publique qu'elle veut projeter.» | Rue Saint-Honoré de Camille Pissarro (1897) Musée National de Thyssen-Bornemisza via Wikimedia commons

Cela faisait quinze ans que les héritiers d'une famille juive spoliée par les nazis réclamait un tableau du peintre Pissarro, détenu par la Fondation espagnole Thyssen-Bornemisza. La cour d'appel de Californie, chargée de juger l'affaire, a estimé que selon la loi espagnole, le tableau reste propriété de la Fondation, rapporte The Art Newspaper.

Un cas de spoliation

En matière d'œuvres d'art, les spoliations sont monnaie courante et révèlent souvent des périodes sombres de l'histoire. C'est le cas du tableau Rue Saint-Honoré du peintre impressionniste Camille Pissarro. Tout commence en 1939, lorsqu'une famille juive propriétaire du tableau et cherchant à quitter l'Allemagne le remet sous la contrainte à un fonctionnaire nazi. Une des membres de la famille, Lilly Cassirer Neubauer, a dû déposer la toile contre la modique somme de 360 dollars [304 euros] versés sur un compte bloqué auquel elle ne pouvait pas accéder. Selon l'avocat de la fondation, le gouvernement allemand aurait indemnisé Lilly Neubauer en 1958 pour le tableau à sa valeur marchande.

Le baron Hans-Heinrich Thyssen Bornemisza a ensuite racheté le tableau à un revendeur de New York en 1976. En 1993, le gouvernement espagnol fait l'acquisition de la collection du baron pour le musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, pour 350 millions de dollars. La collection était déjà prêtée à Madrid depuis cinq ans. Ce n'est qu'en 2005 que Claude Cassirer, le petit-fils et unique héritier de Lilly Cassirer Neubauer, revendique l'œuvre après l'avoir vue dans le musée en 2000.

Le comportement contradictoire de l'Espagne

Le procès a duré près de quinze ans. Maître Thaddeus Stauber, l'avocat qui représentait la fondation, a affirmé que sa portée était significative: «Il s'agit du premier procès sur le fond, impliquant en particulier un souverain étranger, basé sur le dossier historique et non sur un délai de prescription.» Si l'histoire du tableau n'était apparemment pas connue au moment de son acquisition par le baron Hans-Heinrich Thyssen Bornemisza, puis par le gouvernement epagnol, ce dernier n'a pas contesté durant le procès que le tableau avait été bel et bien été pillé.

Finalement, un panel de trois juges de la Cour d'appel du neuvième circuit de Californie a déclaré la Fondation Thyssen-Bornemisza propriétaire du tableau. Les juges ont cependant affirmé que l'Espagne avait signé les Principes de Washington de 1998, dans lesquels qurante-quatre pays appelaient (sans contrainte légale) à appliquer des normes morales aux œuvres confisquées par les nazis. Les juges ont cependant précisé: «Il peut être malheureux qu'un pays et un gouvernement puissent se vanter d'être moralisateurs dans leurs déclarations, sans toutefois agir selon ces déclarations, mais nous devons appliquer la loi.»

Pour l'avocat de Claude Cassier, E. Randol Schoenberg, «s'il y a un point positif, c'est la reconnaissance que l'Espagne n'est pas à la hauteur de l'image publique qu'elle veut projeter. Comme les Cranach du Norton Simon Museum en Californie, le Pissarro est un tableau volé à une famille juive qui ne lui a jamais été rendu. Fin de l'histoire».

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