France

Ces identitaires qui veulent se faire une place au soleil

Armelle Muraour, mis à jour le 06.04.2010 à 15 h 44

En 2006, la distribution de soupe au cochon, à Paris, Nice et Strasbourg, avait fait sortir les identitaires de l'ombre. Alliés à la Ligue du Sud durant les élections régionales, ce mouvement d'extrême droite a sauté le pas pour se constituer en parti politique et émerger comme un nouvel acteur politique. Quel avenir peut-il envisager?

Le Bloc identitaire, nouvelle menace pour le FN? «L'extrême droite est coutumière de cette effervescence spontanée», relativise Jean-Marie Le Pen. Le leader frontiste, qui a récolté au second tour des élections régionales 22,87% des voix n'est «pas du tout inquiet» face aux scores «anecdotiques» des Identitaires. Et il l'assure à Slate.fr: «D'où tireront-ils leur audience hors du terrain local? Comme terrain de bataille, le marché Saleya à Nice, ce n'est quand même pas Wagram. Avec l'âge, ces militants rejoindront le  FN lorsqu'ils s'apercevront de l'inanité de leur action.»

Des tribunaux aux urnes

Le Bloc identitaire est né en avril 2003, fondé par Fabrice Robert, ancien conseiller municipal FN à La Courneuve, devenu en 1998 membre du conseil national du Mouvement national républicain dissident. L'ambition du mouvement? Défendre les cultures locales, régionales et européennes, face au «rouleur compresseur» de la mondialisation. Fonctionnant en réseau, il fédère des mouvements locaux, indépendants les uns des autres, tels qu'Alsace d'Abord, La vague normande, Nissa Rebela ou encore le mouvement de jeunes Cannois Reconquista à Cannes. Dans son bureau exécutif figure Philippe Vardon, un commerçant niçois, fondateur en 2002 des Jeunesses identitaires, dont l'objectif visait à «défendre notre terre et notre peuple menacés comme la peste par l'immigration et le choléra mondialiste». Un peuple défini, en référence à une citation du Général de Gaulle, comme «européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne». Les jeunesses identitaires furent dissoutes fin 2007 par le tribunal correctionnel de Nice (Alpes-Maritimes) pour «reconstitution de ligue dissoute», en référence au groupuscule Unité radicale auquel appartenait Maxime Brunerie, qui avait tenté de tirer sur le président Jacques Chirac le 14 juillet 2002. En appel en septembre 2008, la cour d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) alourdira l'amende à 60.000 euros tandis que Philippe Vardon sera condamné à six mois de prison avec sursis et deux ans de privation de droits civiques.

La «Nissart Pride»

Anticapitaliste, le bloc identitaire se mâtine d'écologie en prônant la production et consommation de produits locaux. La moyenne d'âge de ses 2.000 adhérents au plan national ne dépasse pas 40 ans. A Nice, où l'association Nissa Rebela, fondée par Philippe Vardon, est solidement implantée depuis 2005, un tiers des quelque 300 à 400 adhérents a moins de 25 ans. Ils s'y retrouvent depuis 2004 au sein d'une «maison de l'identité», dont le nouveau local de 130 m2, qui hébergera notamment des cours de niçois, ouvrira dans deux mois dans le quartier du vieux-port. Chaque année, le mouvement organise une «Nissart Pride» et depuis peu des rondes de sécurité dans les trains régionaux. A Nice, l'opposition au projet de mosquée et la lutte contre le racisme «anti-blanc» font figure de chevaux de bataille. La lutte contre l'immigration et l'islamisation est le seul point commun du bloc identitaire avec le Front national (FN), jugé «jacobin» et «nationaliste». Là où le FN voit dans l'Union européenne une menace contre l'Etat nation, le Bloc identitaire y décèle la concrétisation d'une «histoire et d'une civilisation communes» dont «la puissance doit être encouragée». Dernier point: les identitaires digèrent mal la déclaration de Jean-Marie Le Pen selon laquelle «les cinq piliers de l'islam sont compatibles avec le mode de vie à la française». Plus royalistes que le roi, en quelque sorte.

Les identitaires se structurent

Durant les élections régionales, les identitaires ont vécu leur lune de miel avec la Ligue du Sud, qui leur réserva sur la liste, 32 places sur 123. Malgré un score modeste de 2,69%, les deux mouvements ont décidé de se constituer en partis politiques, avec en ligne de mire les élections cantonales de 2011. «Les statuts seront constitués avant l'été. Malgré une campagne courte, nous avons réalisé 8,3% des voix dans le Vaucluse alors que nous n'étions pas connus. Cela laisse à penser que nous pouvons faire beaucoup mieux», explique André-Yves Beck, porte-parole de la Ligue du Sud. Désireux d'être «crédible», le Bloc identitaire qui a trouvé dans la campagne des régionales «une caisse de résonance» à ses idées a fait de même. Déjà en ordre de bataille, il ouvrira en septembre deux permanences dans les Alpes-Maritimes, à Cannes et à Menton.

Des scores honorables à Nice

Pas question toutefois de se faire de l'ombre. «Notre parti a un fonctionnement plus classique et une ligne moins régionaliste que les identitaires. Nous ne sommes pas concurrents. Il y a de la place pour tout le monde», assure Beck, qui n'exclut pas de «travailler ponctuellement» avec le Bloc identitaire. Ce dernier présentera au total «une cinquantaine de candidats», dans les territoires où il est déjà implanté (Alsace, Paca et Languedoc-Roussillon), et en test dans des territoires ruraux. Là encore, l'enracinement local, cher au Bloc identitaire primera. «Il y aura une répartition du territoire en fonction de nos implantation géographiques respectives. A Nice, la Ligue du sud soutiendra le candidat de Bloc identitaire-Nissa Rebela tandis que le Bloc identitaire soutiendra le candidat Ligue du Sud dans le Vaucluse», précise Philippe Vardon. Depuis 2007, Nissa Rebela a présenté des candidats lors des élections municipales, législatives et cantonales partielles. Aux élections municipales de mars 2008, Philippe Vardon avait recueilli 3,03% des voix. En septembre dernier, le secrétaire général de Nissa Rebela, Benoît Loeuillet, a capté 7,68% des suffrages dans le sixième canton de Nice contre 5,09% un an plus tôt. «Cela signifie que notre message commence à être entendu», estime Loeuillet. Qui refuse de se positionner en concurrent du FN: «Nous avons des positions différentes et dans les élections où le Front national était absent, nous ne faisions pas plus de voix.»

Il n'est pas le seul à éviter d'insulter l'avenir. A l'automne, Fabrice Robert, le président du Bloc identitaire, a rencontré Marine Le Pen, pour «faire connaissance», avec celle qui devrait succéder à son père en 2011. «Il demeure des divergences profondes sur la conception de l'identité et de l'Europe. Pour l'heure, aucune collaboration n'est possible», indique Benoit Vendoire, le porte-parole du Bloc. Pour l'heure.

Armelle Muraour

Photo: La promenade des Anglais, à Nice, en octobre 2009. REUTERS/Eric Gaillard

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