Société / Tech & internet

Sur Instagram, des influenceuses complotistes

Temps de lecture : 2 min

L'esthétique visuellement agréable du réseau social flatte l'œil des adeptes de théories du complot.

L'œil de la providence, symbole attribué à certaines sociétés secrètes. | knollzw via Pixabay
L'œil de la providence, symbole attribué à certaines sociétés secrètes. | knollzw via Pixabay

Certaines influenceuses américaines utilisent Instagram et ses codes esthétiques pour diffuser des théories complotistes, parfois sans même le savoir, raconte The Atlantic.

Dans l'imaginaire commun, les théories du complot sont réservées aux sites marginaux et peu esthétiques. Mais depuis quelque temps, de plus en plus d'influenceuses, habituellement spécialisées en parentalité, produits de beauté ou thés minceur, relayent des théories du complot notamment liées à la traite d'enfants. Parmi celles-ci, on retrouve le Pizzagate, prétendant qu'il existe un réseau pédophile dans une pizzeria autour de l'ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton, ou encore la théorie QAnon –selon laquelle Donald Trump livre une guerre secrète à l'establishment américain.

Récemment, le compte Instagram anonyme @little.miss.patriot a partagé les supposées références au Pizzagate dans le clip de la chanson «Yummy» de Justin Bieber. La publication a été postée le 29 juin et a fait grimper en flèche son nombre d'abonné·es, qui est passé de 50.000 à 277.000 aujourd'hui.

Chacune des publications utilise une palette de couleurs pastel à l'esthétique instagramable, accompagnée de textes conspirationnistes au sujet de Tom Hanks, Taylor Swift ou John F. Kennedy.

Plateforme de choix des théories complotistes

Lana Michele est influenceuse mode, elle habite en Floride et compte 84.000 abonné·es sur son compte Instagram. Bien qu'elle ne publie pas directement à propos de QAnon, il lui arrive de commenter des posts en lien avec le trafic d'enfants. Elle fait également partie de conversations sur la traite des enfants sur Instagram, Facebook et TikTok. «[Ce sujet] est littéralement partout en ce moment... et tout le monde doit en prendre conscience, à mon avis», a-t-elle notamment confié. Même si certains membres avec qui elle échange sont des adeptes de la théorie QAnon, elle estime que toute initiative visant à diffuser un message de protection de l'enfance est utile.

Beaucoup d'influenceuses interrogées et préoccupées par la question des trafics d'enfants n'avaient pas une véritable connaissance de ce qu'est QAnon et ne sembaient pas être au courant que les personnes qu'elles suivaient en étaient partisanes. L'une d'elles a même affirmé: «Honnêtement, je ne sais rien de l'un ou de l'autre.»

Becca Lewis est doctorante à Stanford et spécialiste des sous-cultures politiques en ligne. Elle explique que «c'est une énorme erreur de croire que la désinformation et la théorisation du complot ne se produisent que dans les espaces marginaux ou les coins sombres d'internet». Et d'ajouter: «Si vous êtes capable de créer cette esthétique visuellement agréable puis d'y associer des théories du complot, vous normaliserez ces théories d'une manière très spécifique, Instagram est particulièrement bien adapté pour cela.»

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