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Patrick Roy, le député chanteur de metal

Patrick Roy à l'Assemblée nationale, le 15 mars 2011. REUTERS/Charles Platiau

Patrick Roy à l'Assemblée nationale, le 15 mars 2011. REUTERS/Charles Platiau

C'était la rock star de l'Assemblée, le mauvais garçon qui chahutait l'UMP et défendait inlassablement le metal dans l'hémicycle. Il est décédé dans la nuit de lundi à mardi.

Le socialiste Patrick Roy est mort. Le député-maire de Denain est décédé dans le service des soins palliatifs dans la nuit du 2 au 3 mai. Il souffrait d'un cancer du pancréas.

Nous republions à cette occasion un portrait du député métalleux, écrit avant l'annonce de sa maladie.

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Christine Boutin avait brandi la Bible à l'Assemblée en 1998 lors du débat sur le Pacs. Douze ans après, Patrick Roy a brandi le magazine Rock Hard lors d'une incroyable séance de questions au gouvernement mardi 29 mars. Le député socialiste voulait dénoncer les attaques violentes de Philippe de Villiers et Christine Boutin (tiens, encore elle) contre le festival de rock metal Hellfest qui se déroulera du 18 au 20 juin à Clisson.

Précisons, pour la bonne compréhension de la séquence, qu'il n'y a pas de micro d'ambiance dans l'hémicycle et que le raffut des députés UMP est en fait 10 fois plus fort que ce l'on peut entendre sur la vidéo. Manquait plus que quelques bières et un slam dans le public de Mitterrand et on était dans l'ambiance du Hellfest. © LePost.fr

La séquence s'est taillée un joli succès, avec plus de 35.000 vues sur Dailymotion et une reprise dans la chronique matinale de Caroline Cartier sur France Inter. Mais elle n'a rien d'inédit: le fougueux député du Nord avait déjà brandi Rock Hard à deux reprises à la tribune lors des débats sur Hadopi en 2009. Voici la première, le 11 mars.

© Rock Hard

Si on fait le compte, Patrick Roy a défendu 6 fois le metal à l'Assemblée, dont une ahurissante intervention en commission élargie des Finances et des Affaires culturelles pour l'examen du budget 2010: «Je souhaite savoir quelle est concrètement la part réservée au metal rock dans ce budget 2010. Si vous me répondez, comme je le crains, qu'il n'y a rien, peut-on espérer dans un avenir très proche, non pas quelque propos lénifiant, mais quelque chose de concret, comme la création d'un groupe de travail?», avait-il lancé à Frédéric Mitterrand.

Pourquoi cette obsession pour le metal? «J'écoute du hard rock depuis le premier album de Led Zeppelin en 1969, raconte-t-il. Aujourd'hui, mes groupes préférés sont plutôt à chercher du côté du metal progressif, comme Dream Theater et Opeth. On sort d'une élection où le parti majoritaire était celui de l'abstention. Il y a des franges entières de la population qui ont des vraies passions auxquelles personne ne s'intéresse. Je pense aux métalleux, mais on peut dire la même chose des fans de rap. »

Un petit extrait d'Opeth pour se mettre dans l'ambiance:

Les interventions répétées de Patrick Roy ont une autre explication: le député, connu pour être le gueulard officiel du groupe socialiste, n'aime rien tant que de provoquer ses petits collègues de l'UMP. Ses interventions sur le metal sont devenues un running gag dans l'hémicycle et il prend —il le reconnaît— un malin plaisir à qualifier Rock Hard de «mensuel culturel» sous les huées de la droite.

«J'aime faire le show, il faut savoir aussi être décalé», dit-il, flanqué de son éternelle veste rouge. Ses manières de mauvais élève ne l'empêchent pas d'être 14e au classement des députés les plus assidus. «Je ne m'intéresse pas qu'au metal: mes dossiers prioritaires sont le chômage, l'emploi, les petites retraites et le logement», répète-t-il sans cesse pour être bien sûr que l'on prenne le chahuteur au sérieux.

Et si défendre le metal était un bon coup électoral? Le député du Nord en rigole: «Dans ma circonscription, franchement, ça a un impact limité. Mais nationalement, c'est peut-être intéressant pour le PS: avec mes interventions, il y a des centaines de milliers de personnes qui se sentent défendues alors qu'elles ne le sont jamais.» Et il n'est pas le seul à le penser. Obtenir un créneau pour poser une question au gouvernement devant les caméras de télévision est très compliqué: le PS ne dispose que de 6 questions et il faut donc des sujets porteurs. Si le patron du groupe PS, Jean-Marc Ayrault, l'a encouragé à poser sa question, ce n'est pas que parce que le Hellfest est dans son département mais certainement aussi parce qu'il voyait un intérêt à s'adresser à l'électorat jeune.

Un festival Patrick Roy dans le Nord

Le plus surprenant est que Patrick Roy ne se limite pas à ses shows à l'Assemblée, il essaie aussi d'agir en coulisses: «Gojira, le principal groupe de metal français, a eu une proposition pour faire la première partie de la tournée européenne de Metallica. C'est un très gros coup, mais il manque de l'argent pour financer la tournée. J'ai été défendre ce dossier au ministère de la Culture», raconte-t-il, confiant sur ses chances de réussite. Patrick Roy a même créé un festival de metal (Les Métallurgicales) dans sa bonne ville de Denain dont il est maire depuis 2008. Il égrène avec fierté les noms de la programmation 2009: Trust, Adagio, Eths. Incorrigible, il reconnaît faire lui-même la programmation.

Évidemment, le one-man-show Patrick Roy n'est pas fini. Le député le plus rock'n'roll du Palais Bourbon compte encore faire entendre la cause des métalleux à l'Assemblée: «En politique, c'est comme en pédagogie, la répétition fixe la notion», se justifie-t-il. Le débat sur la réforme des collectivités territoriales devrait lui offrir une belle fenêtre de tir. La suppression annoncée de la clause générale de compétence pour les départements et les régions empêcherait la région Nord-Pas-de-Calais de financer son festival de metal. De quoi brandir Rock Hard au nom de la diversité culturelle.

À ce propos, vous me permettrez de relayer une petite annonce:

«Député PS ch. hors-série Rock Hard spécial Hellfest 2009 après l'avoir offert à F. Mitterrand. Prix à négocier.»

Contactez la rédaction qui transmettra.

Vincent Glad

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