Politique / Monde

Trump, Bolsonaro et López Obrador, acteurs grotesques d'une comédie tragique

Temps de lecture : 3 min

Ces trois dirigeants sont aussi différents dans leurs profils que semblables dans leurs idées irresponsables.

Trump et Bolsonaro ont préconisé l'utilisation d'amulettes de nature pharmaceutique pour se protéger du coronavirus. | Alan Santos / Brazilian Presidency / AFP
Trump et Bolsonaro ont préconisé l'utilisation d'amulettes de nature pharmaceutique pour se protéger du coronavirus. | Alan Santos / Brazilian Presidency / AFP

¡Three Amigos! Trois Amigos en version française, est le titre d'une comédie hollywoodienne sortie en 1986. Elle met en scène trois acteurs comiques (incarnés par Steve Martin, Chevy Chase et Martin Short) qui débarquent dans le village de Santo Poco déguisés en charros [cavaliers mexicains, ndt] pour y présenter un spectacle. Ils apprennent qu'une bande de barbus à cheval, sous la férule du très craint El Guapo, sème la terreur dans ce petit patelin mexicain.

Naturellement, les trois amis parviennent (avec l'aide de la valeureuse Carmen) à libérer Santo Poco d'El Guapo et de ses suppôts. Le scénario de Three Amigos verse dans tous les clichés, stéréotypes et préjugés possibles et imaginables au sujet de la population mexicaine, si répandus dans certains milieux étasuniens. De fait, El Guapo et les siens correspondent parfaitement à la description qu'a faite Donald Trump des immigrants mexicains: «Animals» [monstres, brutes, ndt], assassins, violeurs et «bad hombres [à sortir des USA]»!

Avant d'être élu président du Mexique, Andres Manuel López Obrador (AMLO), s'était indigné des propos du locataire de la Maison-Blanche:

«Trump et ses conseillers parlent des Mexicains comme Hitler et les nazis le faisaient des Juifs. Nous ne pouvons pas laisser la politique d'un pays [étranger] porter atteinte à la dignité des intérêts légitimes des Mexicains et de la nation.» AMLO avait également dénoncé le mur que les États-Unis construisent à la frontière, l'assimilant à «un monument à l'hypocrisie et à la cruauté». De son côté, Trump, le qualifiait de «beauté», précisant: «Le Mexique n'est pas notre ami.»

Les présidents américain et mexicain font copain copain

Mais ça, c'était avant. Maintenant qu'il est à la tête du Mexique, López Obrador a été accueilli à la Maison-Blanche où, en regardant fixement le président Trump, il lui a concédé: «Nous avons reçu de votre part compréhension et respect.» AMLO a également dit apprécier la façon dont Trump et son administration traitaient le Mexique et les Mexicain·es. Emboîtant le pas à son homologue, Trump n'a pas tari d'éloges sur le Mexique, son président et les millions de personnes immigrées d'origine mexicaine qui travaillent aux États-Unis.

Entre chefs d'État, les déclarations grandiloquentes, vides de sens et, parfois, manifestement mensongères sont monnaie courante. D'ailleurs, dans cette rencontre au sommet entre AMLO et Trump, ce ne sont pas tant les mensonges échangés que les vérités ignorées qui méritent d'être soulignées. La plus importante étant peut-être que les deux hommes dirigent des pays où la pandémie de Covid-19 fait les ravages les plus catastrophiques. Sur le critère du nombre de victimes tuées par le virus, les États-Unis sont le champion du monde, suivis du Brésil de Jair Bolsonaro. À peine plus loin sur cette liste tragique, figure le Mexique.

Amulettes et eau de Javel

C'est bien malheureux que le remake de ¡Three Amigos!, comédie dans sa version originale, soit devenu une tragédie. Les trois acolytes qui jouent dans la version moderne présentent à la fois des spécificités et des similitudes frappantes. Si leurs origines, leurs parcours et leurs idéologies sont on ne peut plus différents, ils se ressemblent comme trois gouttes d'eau en ce qui concerne leur narcissisme, leur populisme et leur irresponsabilité.

Tardant à réagir, tous trois ont au départ minimisé la gravité de la pandémie de coronavirus et se sont moqués des mesures sanitaires recommandées par les spécialistes. Ni distance sociale ni masques. «Il faut s'embrasser!», avait assené à la télévision le président mexicain. «Ce qui protège, c'est de ne pas permettre la corruption», avait-il affirmé en arborant des amulettes et autres estampes qui, selon lui, lui faisaient office de bouclier protecteur. Trump et Bolsonaro (que ses fidèles surnomment «le Trump Tropical») ont également préconisé l'utilisation d'amulettes, mais de nature pharmaceutique et non religieuse celles-là.

En effet, Trump est le premier à avoir prôné l'utilisation de l'hydroxychloroquine pour traiter les malades du Covid-19. Il a d'ailleurs annoncé qu'il testait personnellement ce traitement. Même chose du côté de Bolsonaro (qui a été infecté par le virus). Tous deux ont ordonné l'achat massif de ce médicament controversé et dont les propriétés curatives n'ont pas été scientifiquement prouvées, tandis que les preuves d'effets secondaires dangereux, elles, sont accablantes. Et n'oublions pas l'érudition médicale du président américain quand il a spéculé, en conférence de presse, sur la possibilité d'ingérer l'eau de Javel ou de s'irradier aux rayons ultraviolets pour éradiquer le virus.

À visage découvert

Les trois compères affichent leur profond mépris de la science et du corps médical. Ils sont aussi très enclins à instrumentaliser l'urgence sanitaire pour exacerber les divisions sociales. Qui a bien pu avoir l'idée de faire du port du masque un symbole visant à attiser les conflits politiques? Je vous le donne en mille: les trois amis, bien sûr.

On se souviendra de certaines photos emblématiques prises au plus fort de la pandémie de Covid-19. Celles de nos trois dirigeants et de leurs plus fidèles disciples exhibant, sans la moindre protection, leurs visages en signe de défi. Contraste marqué avec les images d'autres personnalités masquées, illustrant ainsi un monde divisé entre les pro et les anti-masques.

Seulement voilà, cet axe de champions du Covid n'est pas viable: la pandémie se chargera de saper le pouvoir dont jouissent encore les trois amis.

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