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La jeunesse thaïlandaise brave la loi et ose critiquer son roi

Temps de lecture : 2 min

Des manifestations étudiantes remettant en question la monarchie agitent le pays d'Asie du Sud-Est depuis plusieurs semaines.

Rassemblement à l'université Thammasat, près de Bangkok, le 10 août 2020. | Lillian Suwanrumpha / AFP
Rassemblement à l'université Thammasat, près de Bangkok, le 10 août 2020. | Lillian Suwanrumpha / AFP

Si pendant des années, il était formellement interdit de critiquer la monarchie en général et le roi en particulier, sous peine de quinze ans de prison pour crime de lèse-majesté, les manifestations quasi quotidiennes à Bangkok tendent à montrer que les Thaïlandais·es sont désormais résolu·es à se faire entendre.

«Aujourd'hui, nous parlons ouvertement de la monarchie, a déclaré la leader étudiante Panusaya Sithijirawattanakul lors d'un rassemblement organisé le 10 août à l'université Thammasat. Dans le passé, on nous a fait croire que les personnes nées au sein de la famille royale sont des incarnations de dieux ou d'anges. Avec tout le respect que je vous dois, êtes-vous sûr que les anges ou les dieux ont ce genre de personnalité?»

«Ce qui se passe actuellement est inédit dans l'histoire de la Thaïlande moderne, assure Matthew Wheeler, analyste à l'International Crisis Group basé à Bangkok. Nous sommes définitivement dans un nouvel environnement, dans lequel le rôle politique de la monarchie est discuté de manière critique en public.»

Les têtes pensantes du mouvement de protestation ont établi une liste de dix revendications-clés, comprenant la révocation de la loi sur la lèse-majesté, l'interdiction pour le roi de jouer un rôle politique, la réduction du budget de la monarchie et l'ouverture d'enquêtes sur les disparitions d'opposant·es.

Colère populaire croissante

Personne ne sait encore comment va réagir le pouvoir royal: même si des officiels du régime ont affirmé qu'ils donneraient un peu plus de liberté au peuple, les autorités ont arrêté le 7 août deux leaders du mouvement de contestation, l'avocat spécialiste des droits civiques Arnon Nampha et le militant étudiant Panupong Jadnok, les accusant notamment de sédition. Tous deux ont été libérés sous caution.

Le 10 août, le ministre thaïlandais Buddhipongse Punnakanta a averti les manifestant·es «de ne pas porter atteinte aux droits d'autrui ni d'offenser la plus haute institution du pays. Personne ne l'acceptera».


La colère gagne du terrain depuis le coup d'État militaire de 2014 et la crise du Covid-19, qui a plombé une économie déjà mal en point et en proie à d'importantes inégalités.

Le roi Rama X, 68 ans, réside principallement en Allemagne; il a ordonné des modifications de la nouvelle Constitution pour gouverner depuis l'étranger, ainsi qu'une série de mesures ayant fait de lui le souverain le plus riche au monde. Ces décisions n'ont pas manqué de nourrir le mécontentement des Thaïlandais·es, qui voient en lui un monarque davantage soucieux de ses propres intérêts que des besoins de son peuple.

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