Monde

Une chef terroriste? Impossible

Brian Palmer, mis à jour le 31.03.2010 à 11 h 29

Le plafond de verre existe aussi en terrorisme. Les groupes islamistes ne sont jamais dirigés par des femmes.

Lundi matin, deux femmes se sont fait exploser dans des rames du métro de Moscou, faisant au moins 38 morts. Ces dernières années, plusieurs groupes terroristes islamistes ont utilisé des femmes, notamment al-Qaida en Irak, les Brigades des martyrs d'al-Aqsa, le Hamas ainsi que le Djihad islamique. En revanche, il est rare de voir des femmes à des postes de direction au sein des groupes terroristes. Ces organisations pratiquent-elles la «discrimination à l'emploi»?

Vraisemblablement. C'est un fait, les femmes n'occupent pas de postes de chef au sein des grandes organisations terroristes islamistes. Interrogé sur le plus haut rang tenu par une femme au sein d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri a répondu qu'aucune femme n'appartenait à l'organisation. Toutefois, le rôle de «femme au foyer» de l'épouse d'un djihadiste est colossal.

Emplois de djihadistes

Chez les auteurs d'attentats-suicides, les femmes peuvent devenir des citoyennes de seconde zone. Des interviews de femmes kamikazes ayant manqué leur attentat portent à croire que beaucoup ont été envoyées sur le terrain alors qu'elles n'étaient pas ou peu entraînées. Il arrive même que leur chef (un homme) ne leur dise pas où agir et où déclencher leurs explosifs. En outre, les femmes sont rarement entraînées au combat.

Il existe pourtant des emplois de djihadiste pour les femmes au-delà de leur fonction de mère et d'épouse. Nombre d'entre elles sont chargées du recrutement et de l'endoctrinement: Noralwizah Lee Abdullah, la femme du chef terroriste indonésien Hambali, est devenue active dans ce domaine lorsque son mari est parti en exil. Des femmes auraient également contribué à al-Hansa, l'ancien magazine en ligne d'al-Qaida destiné aux femmes, bien que d'aucuns soupçonnent les auteurs d'être des hommes utilisant un pseudonyme féminin.

Les femmes qui ambitionnent de prendre la tête d'un groupe terroriste ont des raisons de se sentir lésées. Dans les années 1950, les séparatistes algériens se sont servis de combattantes en burqa contre les forces françaises, mais elles ont ensuite été exclues des postes d'encadrement et de direction après l'indépendance de l'Algérie. Les leaders du PKK kurde et des Tigres tamouls du Sri Lanka ont expliqué aux femmes kamikazes que leurs sacrifices permettraient à leurs consœurs d'évoluer dans la hiérarchie de l'organisation. Ils n'ont pas tenu leurs promesses.

Les femmes de la famille al-Qaida sont souvent bonnes à marier, point. De nombreux terroristes de haut rang marient leurs filles à un collègue basé à l'étranger, ce qui permet de renforcer les liens entre les organisations terroristes régionales et internationales. Exactement comme le faisaient jadis les monarques européens. Oussama Ben Laden serait marié à la fille du mollah Omar et vice-versa. Autre exemple, le terroriste indonésien Haris Fadhilah a offert sa fille à Omar Al-Farouk, un éminent agent d'al-Qaida. Ces mariages arrangés serviraient à approfondir la collaboration et la communication entre les groupes terroristes. Mais les signes de véritable pouvoir exercé par les femmes font défaut. (De nombreuses combattantes tchétchènes ont également acquis leur statut à travers le mariage. Les Veuves noires sont un groupe de kamikazes qui s'efforcent de terminer les missions que leur mari, leur père ou leur frère martyr avait commencées.)

Le «féminisme» des années 1970

Par le passé, il y a eu quelques fonctions réservées aux femmes désireuses de gravir les échelons d'une organisation terroriste. En 1969, la combattante palestinienne pin-up Leila Khaled a planifié et exécuté un détournement d'avion. Le monde entier a été frappé par son outrecuidance: elle avait forcé le pilote à survoler Haïfa, sa ville natale qu'elle a dû quitter pour l'exil, et exigé que les contrôleurs aériens désignent le vol par «la Palestine arabe libre du Front populaire» et non TWA 840. Mais Leila Khaled appartenait au Front populaire de libération de la Palestine, et elle n'a pas eu à se battre contre une hiérarchie islamique patriarcale pour devenir l'une des terroristes les plus célèbres du XXe siècle. Zaynab Al-Ghazali (PDF), elle, exerçait une très forte autorité au sein des Frères musulmans en Egypte quand le président Nasser fit emprisonner tous les chefs terroristes (hommes) à la fin des années 1950 et au début des années 1960.

En Allemagne, c'est dans les années 1970 que les femmes terroristes pugnaces ont connu leur heure de gloire. Ulrike Meinhof et Gudrun Esslin, appartenaient à la Fraction armée rouge, un groupe terroriste d'extrême gauche qui a terrorisé l'Allemagne avec ses cambriolages, attentats à la bombe, enlèvements et assassinats. A la même époque, le groupe féministe Rote Zora («Zora la Rousse»), exclusivement composé de femmes, a fait les gros titres en incendiant des sex-shops et en faisant sauter des cabinets médicaux pour lutter notamment contre les lois allemandes sur l'avortement.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Deux femmes manifestant à Londres en 2005 contre l'extradition de Babar Ahmad aux Etats-Unis. REUTERS/Toby Melville

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