Santé

«Je n'arrive pas à avoir deux relations en même temps»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille C., trentenaire qui zigzague sentimentalement entre le père de ses enfants et un supérieur hiérarchique qui se joue d'elle.

«Je souffre toujours, mais différemment.» | Konstantin Tilberg via Flickr
«Je souffre toujours, mais différemment.» | Konstantin Tilberg via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 35 ans, un gentil compagnon avec qui ce n'est pas toujours facile et deux jeunes enfants.

Et il y a J.

Je l'ai connu via mon boulot, c'est mon supérieur hiérarchique. Marié, deux enfants, sa fille a presque mon âge. Quand je l'ai rencontré, c'est comme si quelque chose chez moi reconnaissait tout chez lui. Pour une fois, tout matchait, alors que j'avais depuis longtemps renoncé à cela. J'avais d'ailleurs choisi mon compagnon de façon raisonnable et raisonnée pour être le père de mes enfants, mais je savais que je ne pourrais jamais tout partager avec lui –mes folies, mes idées, mes questions.

J'ai beaucoup souffert des sentiments que j'éprouvais pour J. et que je tenais enfermés. J'ai fait une dépression, je suis allée consulter une psy, j'ai fait de l'anorexie mentale... jusqu'au moment où je lui en ai parlé et où ça s'est concrétisé. Depuis, je souffre toujours, mais différemment.

Comme je n'arrive pas à avoir deux relations en même temps, j'ai expliqué à mon compagnon que je souhaitais que l'on arrête, que la vie que je vivais avec lui n'était pas ce à quoi j'aspirais. Que je l'aimais, oui, mais pas de la façon dont je voulais aimer quelqu'un, et que j'avais besoin d'être heureuse. Il m'a suppliée de rester et lâchement, je l'ai fait.

En parallèle, ma relation avec J. évoluait –beaucoup et très vite. Il avait été très clair dès le début: il ne changerait pas sa vie pour moi et «jamais personne ne lui manquait». Je crois que je lui ai appris à s'ouvrir petit à petit, à vivre sans filet, à laisser les émotions le parcourir. La complicité que nous partageons aujourd'hui est extraordinaire, sans limite. Mais s'il ne dit plus qu'il ne changera pas sa vie pour moi, il dit: «On verra bien, on ne peut pas savoir», ce qui pour moi revient encore à ne pas faire de choix.

J'engage beaucoup de moi, je lui écris beaucoup pour le rassurer; il dit des choses en retour mais n'écrit pas ou peu. Il semble se satisfaire de son imaginaire quand je ne suis pas là. Il ne ressent pas de manque, mais d'un autre côté, il dit qu'il m'aime très fort et je pense que c'est vrai. Je suis sans cesse à l'initiative de nos rencontres, je passe mon temps à anticiper et planifier. Lui non. En clair, j'ai l'impression que je donne toujours plus pour quelqu'un qui ne le fait que peu.

Parfois, je me dis que s'ouvrir, c'est déjà beaucoup pour lui et que je dois arrêter d'en attendre toujours plus. Et puis d'autres fois, je pense à ces mots tendres par lesquels il conclut nos échanges SMS, qu'il continue à envoyer aussi à son ancienne maîtresse –bien qu'il affirme qu'il ne se passe plus rien entre eux– et qu'il a dû envoyer à toutes les précédentes, parce qu'il y en a eu beaucoup. Il dit que je suis différente, parfois je le crois.

Je m'en veux de faire souffrir mon compagnon et mes enfants, je m'en veux de souffrir de l'absence de J., je m'en veux d'exister pour quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'affection mais d'exister au mieux à mi-temps pour quelqu'un que j'aime profondément.

Je suis en train de me détruire et de tout détruire, et je ne sais plus quoi faire.

C.

Chère C.,

Que regretterez-vous le plus dans quelques années? Vous ne pouvez pas prévoir ni maîtriser les sentiments ou les réactions des deux hommes de votre vie. Les seules choses sur lesquelles vous avez une influence et une action directe, ce sont vos choix personnels.

Est-ce que vous êtes d'une nature à tenter le coup de poker avec J.? Est-ce que vous avez besoin de vous retrouver vous, toute seule et libre, car les deux hommes ne vous conviennent pas totalement? Est-ce qu'un retour à la vie de famille et à la sérénité qu'elle procure est envisageable? Vous avez des options. La question, c'est de savoir ce que vous êtes le plus prête à assumer.

Je ne parle même pas de choisir la voie la moins douloureuse. Votre vie actuelle l'est déjà, avec ce quotidien tronqué de différentes manières et qui vous écartèle. Ce que vous vivez aujourd'hui ne semble pas être une solution: jongler entre les deux vies, avec les deux hommes, n'est pas une véritable option pour vous, semble-t-il.

Il faut maintenant prendre une décision. Il n'est pas dit que ce sera la bonne ou même qu'il y en a une bonne, mais ce sera votre action, votre choix et vous ne subirez plus le statu quo. Il y aura encore des larmes et des doutes, mais vous pourrez vous raccrocher à l'idée que vous avez été maîtresse de votre destin.

Dans ce genre de situation, rien ne sert d'attendre. L'attente ne sert qu'à repousser le moment où il faudra agir et assumer. En réalité, cette attente accumule même la peur, la douleur et le ressentiment. Ce n'est jamais reculer pour mieux sauter, mais reculer et avoir devant soi un abîme plus grand encore, avec une difficulté supplémentaire à passer sur l'autre rive.

Vous êtes pour le moment dans une impasse. Prenez le temps seule de réfléchir à une solution qui vous ressemble et que vous assumerez ensuite. Vous ne pouvez pas en tout cas laisser la décision de votre avenir à deux autres personnes. Malgré les sentiments, il est toujours important de penser à soi, de ne pas s'oublier dans les histoires ou le fantasme.

Retrouvez-vous, questionnez-vous et passez à l'action. C'est la seule manière de vous sortir de ce dilemme personnel.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

Newsletters

Non, 1.200 calories par jour ne suffisent pas au corps pour fonctionner

Non, 1.200 calories par jour ne suffisent pas au corps pour fonctionner

Un mythe qui a la dent dure.

Le couvre-feu à 18h: trop, c'est trop

Le couvre-feu à 18h: trop, c'est trop

Même en classe de quatrième, j'avais le droit de rentrer à la maison plus tard que ça.

Grâce au Covid, je peux enfin déprimer tranquillement

Grâce au Covid, je peux enfin déprimer tranquillement

[BLOG You Will Never Hate Alone] La dépression est devenue tendance. Quiconque n'en souffre pas est désormais considéré comme suspect.

Newsletters